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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2411755

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2411755

vendredi 22 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2411755
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLEMAISTRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 novembre 2024, M. A C, représenté par Me Lemaistre, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation concernant la caractérisation de l'ordre public ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision de placement en rétention est insuffisamment motivée et disproportionnée ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 novembre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Arniaud pour statuer sur les mesures prises par l'autorité préfectorale en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 novembre 2024 :

- le rapport de Mme Arniaud, qui a informé les parties que le jugement était susceptible d'être fondé sur une substitution de base légale de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, laquelle pourrait être fondée sur les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui permettent à l'autorité administrative de prendre une telle décision en l'absence de décision portant refus de délai de départ volontaire ;

- les observations de Me Lemaistre qui a repris et précisé les moyens soulevés par écrit et celles de M. C, assisté de M. B, interprète en langue arabe, qui a apporté des précisions sur son parcours, son entrée en France accompagné de sa femme enceinte, laquelle a accouché et est désormais hébergée, et la présence de sa tante en France.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né en 1999, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

4. L'arrêté attaqué comporte les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'accord franco-algérien, et indique que l'intéressé est entré irrégulièrement sur le territoire, n'a pas sollicité de titre de séjour et n'entre pas dans les conditions pour obtenir un titre de séjour de plein droit. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement avec une précision suffisante pour permettre à l'intéressé d'en comprendre les motifs. La circonstance que ces motifs seraient infondés, en particulier s'agissant de la menace à l'ordre public, est sans incidence sur la motivation de l'acte en litige. Au surplus, il ne ressort pas de la décision en litige qu'elle ait été prise au motif que l'intéressé constituerait une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'acte attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

4. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

5. Si le requérant fait valoir que sa vie est en danger dans son pays d'origine, l'Algérie, il n'apporte aucune précision ni aucun élément au soutien de son moyen. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

7. La décision attaquée a été prise aux motifs qu'il existe un risque que l'intéressé se soustrait à la mesure d'éloignement dès lors qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, ne présente pas de garanties de représentations à défaut de passeport valide et de lieu de résidence permanent et a déclaré ne pas vouloir retourner en Algérie. L'intéressé fait toutefois valoir être entré sur le territoire français quelques jours avant la décision en litige, ce qui n'est pas contesté en défense, avec l'intention de déposer une demande d'asile, accompagné de son épouse enceinte et admise à l'hôpital pour y accoucher. A cet égard, il ressort de son procès-verbal d'audition du 14 novembre 2024 que l'intéressé a mentionné être marié, a précisé l'état de grossesse avancé de son épouse et un accouchement imminent. Il ressort également des pièces du dossier, et n'est pas contesté, que cette dernière a effectivement accouché le 17 novembre 2024 à l'hôpital Nord de Marseille. En outre, l'intéressé a fait valoir lors de l'audience que sa tante accepte de l'héberger et que son épouse bénéficie, depuis sa sortie de l'hôpital, d'un logement. Dans les circonstances particulières de l'espèce, compte tenu de la très récente date d'entrée sur le territoire de l'intéressé et alors que l'accouchement de son épouse était imminent, en prenant le 15 novembre 2024 une décision portant refus de délai de départ volontaire pour les motifs énoncés ci-avant, ne tenant notamment pas à la préservation de l'ordre public, le préfet des Bouches-du-Rhône a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à solliciter l'annulation de la décision portant refus de délai de départ volontaire, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés contre cette décision.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ".

10. La décision en litige a été prise sur le fondement de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mentionné ci-dessus. Or, comme il a été dit au point 8 du présent jugement, la décision portant refus de délai de départ volontaire est annulée. Par voie de conséquence, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit également être annulée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les moyens soulevés à son encontre.

Sur les effets de la présente décision :

11. Aux termes de l'article L. 614-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision de ne pas accorder de délai de départ volontaire est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin rappelle à l'étranger son obligation de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative en application des articles L. 612-1 ou L. 612-2. Ce délai court à compter de sa notification ".

12. Le présent jugement implique, en application des dispositions mentionnées ci-dessus, que soit mis fin à la rétention administrative dont fait l'objet M. C. Toutefois, ce dernier a l'obligation de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative.

Sur les frais liés au litige :

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 15 novembre 2024 du préfet des Bouches-du-Rhône est annulé en tant seulement qu'il porte refus d'accorder un délai de départ volontaire et en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français.

Article 3 : Le présent jugement implique, en application de l'article L. 614-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que soit mis fin à la rétention administrative dont fait l'objet M. C. Toutefois, ce dernier a l'obligation de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, Me Lemaistre et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera transmise pour information au directeur du centre de rétention administrative de Marseille.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. ArniaudLa greffière,

Signé

H. Ben Hammouda

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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