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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2411934

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2411934

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2411934
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLEONARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 novembre 2024, M. A B, représenté par Me Leonard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 mai 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande d'admission au séjour sur le fondement de la " vie privée et familiale ", l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier, ce qui fait obstacle à ce qu'il puisse présenter un recours effectif, droit protégé par les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur de fait, une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L.435-1 du même code ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a également méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'il emporte sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation en méconnaissance des dispositions des articles 1 et 3 de la loi du 11 juillet 1979 et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- la décision méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu en ce qu'il n'a pas été en mesure de pouvoir présenter ses observations sur la mesure d'éloignement ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation en méconnaissance des dispositions de la loi du 11 juillet 1979 ;

- la décision méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu en ce qu'il n'a pas été en mesure de pouvoir présenter ses observations sur la mesure d'éloignement ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est tardive et, par suite, irrecevable ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 21 novembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 3 février 2025.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 novembre 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () / 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens () ".

2. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ". Aux termes de l'article L. 614-4 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. / L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation. / Le tribunal administratif statue dans un délai de trois mois à compter de sa saisine ".

3. D'autre part, aux termes du I de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application () des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément ". En vertu de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

4. En premier, lieu, il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste.

5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué, qui comporte l'indication des voies et délais de recours, a été notifié le 23 mai 2024 par lettre recommandée avec accusé de réception à M. B.

6. Dans son mémoire en défense, le préfet soutient que la requête de M. B, pour laquelle la demande d'aide juridictionnelle a été enregistrée le 8 novembre 2024, est tardive, dès lors que M. B a été avisé, le 23 mai 2024, du pli contenant la notification de la décision en cause.

7. M. B soutient que le préfet a commis une erreur dans la rédaction de l'adresse en indiquant " 24 avenue Jean Lombard, 13011 Marseille " en lieu et place de " 124 avenue Jean Lombard 13011 Marseille ". Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, édictée à l'encontre de M. B le 15 mai 2024 par le préfet des Bouches-du-Rhône, a été expédiée le 16 mai 2024 à la dernière adresse connue par l'administration, à savoir le 24 avenue Jean Lombard à Marseille. Cette adresse est celle figurant sur la fiche de situation rempli par M. B le 13 novembre 2023. Le pli a été retourné à la préfecture avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse ". Dans ces conditions, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle le pli a été présenté à l'adresse de l'intéressée. S'il ressort des déclarations de M. B que sa véritable adresse serait située au 124 avenue Jean Lombard 13011 Marseille, cette circonstance est sans incidence sur la régularité de cette notification, aucun des éléments produits ne permettant d'établir que cette information aurait été portée à la connaissance de l'administration antérieurement à la mesure d'éloignement. Il n'est pas davantage établi, au regard des seules pièces versées au dossier, que l'absence de réception effective du pli par l'intéressée résulterait d'une erreur commise par les services postaux. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier que la décision contestée ait été notifiée à une autre adresse que celle connue de l'administration. Dans ces conditions, M. B n'ayant pas retiré le pli dans le délai de quinze jours dont elle disposait, est réputé s'être vu notifier l'arrêté litigieux le jour de la présentation de ce pli à son domicile, le 23 mai 2024.

8. En second lieu, aux termes de l'article 43 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai () ".

9. S'il ressort des pièces du dossier qu'entre la notification de l'arrêté du préfet et l'enregistrement de la requête, M. B a demandé le bénéfice de l'aide juridictionnelle, il résulte de ce qui précède que cette demande a été présentée par l'intéressée le 11 octobre 2024, soit postérieurement à l'expiration du délai de recours de trente jours. Par suite, cette demande n'a pas eu pour effet d'interrompre le délai de recours à l'encontre de cet arrêté.

10. Par suite, la requête, enregistrée le 18 novembre 2024, est manifestement tardive et doit être rejetée en application des dispositions du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 4 février 2025.

Le Président de la 10ème chambre,

signé

J.-L. PECCHIOLI

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/ La greffière en chef,

La greffière

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