mardi 17 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2412146 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BTIHADI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 25 novembre 2024, le 26 novembre 2024 et le 2 décembre 2024, M. D B, représenté par Me Btihadi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de sa destination ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ", sous astreinte de 50 euros par jour de retard dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du présent jugement ;
3°) à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, le tout assortie d'une astreinte fixée à 100 euros par jour de retard à compter de la date de notification du présent jugement ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les arrêtés sont signés par un auteur qui n'est pas habilité ;
- ils sont entachés d'un défaut de motivation ;
- son droit à être entendu a été violé ;
- ils sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- ils sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaissent l'article 6 de l'accord-franco-algérien relatifs à ses attaches familiales en France ;
- ils violent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- ils sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 3 de la même convention et de l'article 6 de l'accord franco-algérien quant à son état de santé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.
Vu :
- la convention européenne des droits de l'homme ;
- le règlement n°604/2013 du parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C ;
- les observations de Me Btihadi, représentant M. B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 21 février 2005, est actuellement incarcéré et libérable à compter du 10 janvier 2025. Par la présente requête, il demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 22 novembre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. A E, qui bénéficiait, en sa qualité d'adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile à la préfecture des Bouches-du-Rhône, par un arrêté n°13-2024-10-22-00001 du préfet de ce département du 22 octobre 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, d'une délégation à cet effet. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire, qui manque en fait, doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de faits afférents à la situation familiale et au parcours personnel de l'intéressé lui permettant de comprendre les motifs pour lesquels le préfet des Bouches-du-Rhône, qui n'est pas tenu de reprendre chaque élément de la situation du requérant, a décidé son éloignement et, par suite, de les contester utilement. Il est, par suite, suffisamment motivé au sens et pour l'application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit ainsi être écarté.
4. En troisième lieu, le droit d'être entendu tel que garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne, qui se définit comme le droit de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief, n'implique pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales.
5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet des Bouches-du-Rhône a informé M. B de son intention d'édicter à son encontre une obligation de quitter le territoire et l'a invité à produire des observations par courrier du 20 novembre 2024, reçu par l'intéressé le 21 novembre 2024. M. B, a pu dans le cadre de cette demande présenter ses observations en indiquant le jour même par écrit que son titre de séjour était expiré, quels étaient ses projets à sa sortie de prison et ses difficultés de santé. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait informé le préfet d'un courrier ultérieur comportant des éléments nouveaux et pertinents à porter à sa connaissance par la conseillère d'insertion et de probation du centre de détention au sein duquel il est incarcéré, qui auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de la mesure d'éloignement qu'il conteste. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet l'aurait privé de son droit à être entendu garanti par le droit de l'Union européenne en édictant la décision contestée le 22 novembre 2024.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ; () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ". Si l'accord franco-algérien ne subordonne pas la délivrance d'un certificat de résidence aux ressortissants algériens à l'absence de menace à l'ordre public, les stipulations de cet accord, qui ont pour seul objet de définir les conditions particulières que les intéressés doivent remplir lorsqu'ils demandent à séjourner en France, ne privent pas l'administration du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale en vigueur relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour à un ressortissant algérien en se fondant sur des motifs tenant à l'ordre public.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
8. M. B soutient que l'obligation de quitter le territoire français qui lui est opposée par le préfet des Bouches-du-Rhône méconnaît les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné par le tribunal pour enfant à six reprises entre 2022 et 2023 pour des faits de vols aggravés, conduite sans permis et outrages à une personne dépositaire de l'autorité publique et rébellion, qu'il a violé en toute connaissance de cause l'interdiction qui lui avait été faite de paraitre dans le département des Hautes-Alpes ainsi que le contrôle judiciaire prononcé à son encontre le 26 mai 2023. En outre, alors qu'il était détenu à la maison d'arrêt de Gap, il a été trouvé dans sa cellule à plusieurs reprises en décembre 2023 et janvier 2024 des outils, un câble de chargeur de téléphone ainsi qu'un sachet contenant une substance s'apparentant à du cannabis et il s'est montré violent envers d'autres détenus lors de promenade, le tout ayant fait l'objet de plusieurs rapports d'incident de l'administration pénitentiaire. Par ailleurs, il a été condamné en tant que majeur le 3 octobre 2023 par le tribunal judiciaire de Gap et le 7 février 2024 par la cour d'appel de Grenoble à une peine de 6 mois d'emprisonnement pour refus d'obtempérer à une sommation et à une peine de 7 mois pour menace de crime et délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique, conduite d'un véhicule sans permis en récidive, évasion. L'arrêt de la cour d'appel de Grenoble souligne les nombreux passages à l'acte de M. B, son refus de respecter les règles de la vie en société ainsi que son ancrage dans la délinquance depuis son plus jeune âge. Eu égard au nombre et à la régularité des infractions dont M. B a été reconnu coupable, ainsi qu'à leur gravité et à la circonstance que les derniers faits reprochés sont récents, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en considérant que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public.
10. Bien que M. B fait valoir qu'il réside sur le territoire français depuis son plus jeune âge, qu'il y a été scolarisé jusqu'en terminale et que sa famille nucléaire, à savoir ses parents et ses deux sœurs, vit toujours sur le territoire français, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, âgé de près de 20 ans à la date de la décision attaquée, est célibataire et sans enfant à charge et qu'il n'a pas sollicité de titre de séjour à sa majorité. A cet égard, la circonstance qu'il soit incarcéré ne constitue pas un empêchement pour en faire la demande. En outre, il ne peut être regardé comme justifiant d'une insertion sociale et professionnelle par la seule promesse d'embauche établie par un membre de sa famille et, qui est postérieure à la décision préfectorale contestée. Par ailleurs, il ne démontre pas ne plus disposer d'attaches dans son pays d'origine où il peut retourner volontairement dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que ses parents, entrés en France à l'âge adulte, ont vécu plusieurs années en Algérie. Enfin, l'intéressé n'établit pas par les certificats médicaux produits, non circonstanciés quant aux motifs médicaux pour lesquels il ne pourrait pas retourner en Algérie et dont certains sont postérieurs à la date de la décision contestée, qu'il ne pourrait y bénéficier d'un traitement approprié à son affection en cas de retour. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et de ce que la décision attaquée aurait méconnu l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, et celles de l'article 3 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire qui lui est opposée. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.
La magistrate désignée,
Signé
F. C
La greffière,
Signé
H. Ben Hammouda
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière en chef
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026