lundi 13 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2413268 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | TREBESSES |
Vu les procédures suivantes :
I. Sous le n° 2413268, par une requête et un mémoire enregistrés les 20 et 31 décembre 2024, M. B C, représenté par Me Trebesses, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé son transfert aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui remettre une attestation de demande d'asile et un formulaire de demande d'asile ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. C soutient que :
Les décisions litigieuses :
- sont entachées d'incompétence.
La décision portant transfert :
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux ;
- a été prise en méconnaissance du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il existe des défaillances systémiques dans la prise en charge de l'asile en Italie ;
- méconnaît l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- méconnaît l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013.
La décision portant assignation à résidence :
- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 décembre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône, conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.
II. Sous le n° 2413271, par une requête et un mémoire enregistrés les 20 et 31 décembre 2024, Mme A C, représentée par Me Trebesses, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé son transfert aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours
4°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui remettre une attestation de demande d'asile et un formulaire de demande d'asile ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme C soutient que :
Les décisions litigieuses
- sont entachées d'incompétence ;
La décision portant transfert :
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux ;
- a été prise en méconnaissance du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il existe des défaillances systémiques dans la prise en charge de l'asile en Italie ;
- méconnaît l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- méconnaît l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, dès lors qu'il n'est pas établi que l'entretien de vulnérabilité a été mené par un agent qualifié et que l'interprète disposait d'un agrément.
La décision portant assignation à résidence :
- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 décembre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône, conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme C n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Cabal, conseiller, pour statuer sur les litiges relatifs aux mesures d'éloignement des ressortissants étrangers et aux conditions matérielles d'accueil en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Cabal a été entendu au cours de l'audience publique.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C et Mme A C, ressortissants arméniens nés respectivement les 10 novembre 1992 et 22 mai 1989, ont sollicité l'asile le 15 novembre 2024. À l'issue de la procédure de détermination de l'État membre responsable de leurs demande d'asile, par les arrêtés du 16 décembre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé le transfert de M. et Mme C aux autorités italiennes et les a assignés à résidence. Par les requêtes susvisées, M. et Mme C demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées 2413268, 2413271 présentent à juger à titre principal de la légalité des décisions de transfert prises à l'encontre d'un couple de ressortissants étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes de M. et Mme C, de prononcer l'admission provisoire des intéressés à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les Etats membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'Etat membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'Etat membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".
5. S'il ne résulte ni des dispositions précitées ni d'aucun principe que devrait figurer sur le compte-rendu de l'entretien individuel la mention de l'identité de l'agent qui a mené l'entretien, il appartient à l'autorité administrative, en cas de contestation sur ce point, d'établir par tous moyens que l'entretien a bien, en application des dispositions précitées de l'article 5.5 du règlement du 26 juin 2013, été " mené par une personne qualifiée en vertu du droit national ".
6. M. et Mme C soutiennent que les entretiens individuels dont ils ont bénéficié le 15 novembre 2024 n'ont pas été menés par une personne qualifiée en vertu du droit national. Il ressort des pièces des dossiers que les comptes rendus de ces entretiens comportent seulement une mention manuscrite " entretien conduit par un agent qualifié de la préfecture ", un tampon du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile (BECA) et une signature qui ne permettent pas, à eux seuls, de déterminer la qualité de l'agent les ayant conduits. En outre, le préfet des Bouches-du-Rhône n'apporte aucun élément, dans ses écritures ou dans les pièces produites, de nature à établir l'a qualité de cet agent. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être accueilli.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les arrêtés du 16 décembre 2024 par lesquels le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé le transfert de M. et Mme C aux autorités italiennes, responsables de l'examen de leurs demandes d'asile, doivent être annulés. Par voie de conséquence, doivent également être annulés les arrêtés du 16 décembre 2024 par lesquels le préfet des Bouches-du-Rhône les a assignés à résidence pour une durée de 45 jours.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ".
9. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'annulation des arrêtés contestés implique seulement que l'autorité administrative procède au réexamen de la situation de M. et Mme C dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et qu'elle leur délivre, dans cette attente, une attestation de demande d'asile portant la mention " procédure Dublin ".
Sur les frais liés au litige :
10. M. et Mme C ont obtenu, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, leur avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Trebesses, avocat des requérants, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Trebesses de la somme de 1 000 euros dans l'affaire n° 2413268 et une autre somme de 1 000 euros dans l'affaire n° 2413271. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. et Mme C par le bureau d'aide juridictionnelle, ces sommes seront versées à . et Mme C.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 3 : Les arrêtés du 16 décembre 2024 par lesquels le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé le transfert de M. C aux autorités italiennes et son assignation à résidence sont annulés.
Article 4 : Les arrêtés du 16 décembre 2024 par lesquels le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé le transfert de Mme C aux autorités italiennes et son assignation à résidence sont annulés.
Article 5 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. et Mme C dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de leur délivrer dans cette attente une attestation de demande d'asile portant la mention " procédure Dublin ".
Article 6 : Sous réserve de l'admission définitive de M. et Mme C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Trebesses renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, l'Etat (préfecture des Bouches-du-Rhône) versera à Me Trebesses, conseil de M. et Mme C, une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 dans l'affaire n° 2413268 et une autre somme de 1 000 euros dans l'affaire n° 2413271 au titre des mêmes dispositions. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. et Mme C par le bureau d'aide juridictionnelle, ces sommes seront versées à M. et Mme C.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Mme A C, à Me Trebesses et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2025.
Le magistrat désigné,
Signé
P.Y. Cabal
La greffière,
Signé
H. Ben Hammouda
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
N°s 2413268 ;
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026