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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2413669

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2413669

mardi 15 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2413669
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCARRASCOSA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A, un ressortissant ivoirien, qui contestait l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 22 novembre 2024 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination. La juridiction a écarté le moyen d'incompétence de l'auteur de l'acte, estimant que la délégation de signature était régulière. Sur le fond, elle a jugé que le requérant ne justifiait pas de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni d'une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, en raison de l'absence de preuve de liens familiaux stables en France. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de M. A, y compris celles relatives à l'obligation de quitter le territoire français, en raison de l'absence d'illégalité du refus de titre de séjour.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 décembre 2024, M. D A, représenté par Me Carrascosa, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence de son auteur ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les dispositions de l'article " L. 313-14 " du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 mai 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête de M. A.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 31 mars 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 mai 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Hameline, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant ivoirien né le 17 mai 1989, déclare être entré en France le 8 mai 2017, dans des conditions indéterminées, et s'y être maintenu continuellement depuis. A la suite du rejet de sa demande d'asile, il a fait l'objet, le 24 octobre 2022, d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. Le 29 mai 2024, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 22 novembre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 22 novembre 2024 a été signé par M. B C, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile à la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui bénéficiait d'une délégation accordée par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône n° 13-2024-10-22-00001 du 22 octobre 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 13-2024-268 du même jour, à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français, les décisions fixant le pays de destination et les interdictions de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit dès lors être écarté comme manifestement infondé.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions se sont substituées à celles de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à compter du 1er mai 2021 : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

4. Si M. A soutient qu'il réside en France depuis 2017, il n'établit ni la date de son entrée initiale sur le territoire français, ni la continuité de son séjour pour la période antérieure à avril 2022. Le requérant fait par ailleurs valoir qu'il bénéficie d'une parfaite intégration personnelle au sein de la société française et qu'il entretient des liens avec son ancienne compagne ainsi qu'avec ses deux fils nés à Marseille le 29 avril 2024. Toutefois, il ne se prévaut d'aucune vie commune avec la mère de ses enfants et il n'établit ni qu'il entretiendrait des liens particuliers avec ses enfants ni qu'il participerait à leur éducation à la date de l'arrêté contesté. Par ailleurs, le requérant ne fait état d'aucune autre attache personnelle ou familiale sur le territoire français et n'établit pas être dépourvu de telles attaches dans son pays d'origine. Enfin, si M. A justifie avoir bénéficié d'une autorisation de travail en avril 2022 pour un emploi de maçon-coffreur en intérim, et s'il a exercé une activité de plongeur entre novembre 2022 et août 2024 sous couvert d'un contrat de travail à durée indéterminée du 15 novembre 2022, il ne ressort pas des pièces du dossier que sa situation répondrait à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier, eu égard à la durée et aux conditions du séjour du requérant et à ses attaches familiales démontrées sur le territoire français, que le préfet des Bouches-du-Rhône ait entaché le refus de titre de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents qu'aucun des moyens soulevés par M. A à l'encontre de la décision portant refus de séjour n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

6. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris en ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Hameline, présidente,

- Mme Le Mestric, première conseillère,

- Mme Fabre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2025.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

F. Le MestricLa présidente-rapporteure,

signé

M-L. Hameline

La greffière

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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