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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2500359

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2500359

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2500359
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSEMERIVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 janvier 2025, Mme A C demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution des effets de la décision du 14 novembre 2024 ;

2°) d'enjoindre au principal du collège Henri Barnier à Marseille de la réintégrer dans ses fonctions dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge solidaire de l'Etat et du collège Henri Barnier à Marseille de la somme de 1 000 euros chacun sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- l'urgence est caractérisée car les décisions en cause la privent de toute rémunération alors qu'elle a une enfant de trois ans à sa charge, que ses charges fixes sont importantes et qu'elle ne remplit pas les conditions pour avoir droit à l'allocation de retour à l'emploi.

Sur l'existence d'un doute sérieux :

- la procédure de licenciement n'a pas été respectée, la période d'essai étant achevée au moment où il a été mis un terme à son contrat, au regard des conditions de l'article 9 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 et du point III.1 du titre 1 de la circulaire n° 2003-092 du 11 juin 2003 relative aux assistants d'éducation ;

- à supposer que la période d'essai ait pu être prolongée d'un mois, le licenciement aurait dû intervenir au plus tard le 30 octobre 2024 ;

- le proviseur du collège a commis une erreur d'appréciation en estimant qu'elle ne relevait pas des dispositions de l'article 1-2 du décret du 17 janvier 1986 et en ne demandant pas la réunion d'une commission paritaire ;

- le licenciement s'analyse en une sanction disciplinaire au titre de l'article 43-2 de ce décret ;

- le proviseur a méconnu la règle de droit non bis in idem, puisqu'il lui avait déjà infligé un avertissement pour les deux abandons de poste sans autorisation ;

- son licenciement est abusif, sans cause réelle et sérieuse et est motivé par son état de grossesse ;

- elle n'a pas bénéficié des garanties attachées à une procédure de licenciement ;

- elle n'a pas été informée des griefs quant à sa manière insatisfaisante de servir et n'a pas été en mesure de les discuter.

Par un mémoire enregistré le 28 janvier 2025, le recteur de l'académie d'Aix-Marseille conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le courrier du 18 décembre 2024 n'a pas le caractère d'une décision, le collège étant doté d'une personnalité morale et juridique distincte ;

- ce courrier se borne à écarter l'allégation selon laquelle la décision du principal serait motivée par des considérations discriminatoires liées à l'état de grossesse de la requérante ;

- le recteur s'en rapporte aux écritures du principal du collège concernant la légalité de la décision du 14 novembre 2024.

Par un mémoire enregistré le 29 janvier 2025, le principal du collège Henri Barnier à Marseille conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- aucun des moyens soulevés n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de sa décision ;

- en application de la jurisprudence Hallal du Conseil d'Etat du 6 février 2004, il entend faire valoir que sa décision est justifiée par un motif différent de celui initialement indiqué, c'est-à-dire l'incapacité de la requérante à s'intégrer à la communauté éducative du collège et à s'adapter aux exigences de son poste.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond enregistrée sous le n° 2500358.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Hogedez, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 février 2025 à 11 heures, en présence de M. Brémond, greffier d'audience :

- le rapport de Mme Hogedez, juge des référés ;

- les observations de Me Semeriva, représentant Mme C, qui a renouvelé les moyens de la requête et a ajouté qu'elle a été privée de la garantie tenant à la possibilité de présenter des observations préalables et de consulter son dossier ; la privation de ces garanties faits obstacle à la substitution de motifs demandée par le proviseur du collège ;

- et les observations de M. B, représentant le recteur de l'académie d'Aix-Marseille.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins de suspension :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Il résulte de ces dispositions que le prononcé d'une ordonnance de suspension de l'exécution d'une décision administrative est subordonné à la réunion cumulative de l'existence d'une situation d'urgence et d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

2. Il résulte de l'instruction que Mme C a été recrutée pour exercer les fonctions d'assistant d'éducation par le principal du collège Henri Barnier, par contrat signé le 1er septembre 2024. Par lettre du 14 octobre 2024, le principal l'a informée de la prolongation de sa période d'essai puis par courrier du 18 octobre 2024, il l'a convoquée à un entretien préalable en vue de son licenciement, qui s'est tenu le 12 novembre suivant. Par la présente requête, Mme C demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 précité du code de justice administrative, de prononcer la suspension de l'exécution des effets de la décision du 14 novembre 2024 par laquelle ce même principal a prononcé son licenciement, ainsi que de la décision par laquelle le recteur de l'académie d'Aix-Marseille a rejeté le recours hiérarchique formé le 2 décembre 2024 contre le licenciement.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le recteur :

3. Si, aux termes de l'article L. 916-1 du code de l'éducation : " Des assistants d'éducation peuvent être recrutés par les établissements d'enseignement mentionnés au chapitre II du titre Ier et au titre II du livre IV pour exercer des fonctions d'assistance à l'équipe éducative en lien avec le projet d'établissement, notamment pour l'encadrement et la surveillance des élèves. / () ", il ressort aussi des termes de l'article L. 421-3 de ce même code que : " Les établissements publics locaux d'enseignement sont dirigés par un chef d'établissement. Le chef d'établissement est désigné par l'autorité de l'Etat. Il représente l'Etat au sein de l'établissement () ", de sorte que la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de ce que la réponse du recteur au recours hiérarchique présenté par Mme C ne serait pas une décision doit être écartée.

Sur la condition d'urgence :

4. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. En l'espèce, Mme C expose qu'elle est privée de toute rémunération depuis son licenciement alors qu'elle est la mère d'un enfant de trois ans, que ses charges fixes s'élèvent à 900 euros et qu'elle ne peut prétendre au versement de l'allocation de retour à l'emploi, ainsi que l'atteste en effet un courrier de France Travail du 2 décembre 2024. Si Mme C omet de mentionner la présence de son époux à ses côtés et de faire état des probables revenus de ce dernier qui permettraient d'assurer le paiement de ses charges, ni le recteur ni le principal concerné ne font état de circonstances particulières ni ne remettent en cause la condition d'urgence, qui doit donc être regardée comme satisfaite.

Sur l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision :

6. Aux termes de l'article 9 du décret du 17 janvier 1986 susvisé relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat, dans sa rédaction applicable à la décision de licenciement attaquée : " Le contrat ou l'engagement peut comporter une période d'essai qui permet à l'administration d'évaluer les compétences de l'agent dans son travail et à ce dernier d'apprécier si les fonctions occupées lui conviennent (). La durée initiale de la période d'essai peut être modulée à raison d'un jour ouvré par semaine de durée de contrat, dans la limite : () -d'un mois lorsque la durée initialement prévue au contrat est inférieure à un an (). Le licenciement en cours ou au terme de la période d'essai ne peut intervenir qu'à l'issue d'un entretien préalable. La décision de licenciement est notifiée à l'intéressé par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par lettre remise en main propre contre signature. Aucune durée de préavis n'est requise lorsque la décision de mettre fin au contrat intervient en cours ou à l'expiration d'une période d'essai. Le licenciement au cours d'une période d'essai doit être motivé. (). Aux termes, par ailleurs, de l'article 47 de ce même décret : " Le licenciement ne peut intervenir qu'à l'issue d'un entretien préalable () ". Et aux termes de l'article 47-1 dudit décret : " Lorsqu'à l'issue de la consultation de la commission consultative paritaire prévue à l'article R. 271-1 du code général de la fonction publique et de l'entretien préalable prévu à l'article 47, l'administration décide de licencier un agent, elle lui notifie sa décision par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par lettre remise en main propre contre signature. Cette lettre précise le ou les motifs du licenciement, ainsi que la date à laquelle celui-ci doit intervenir compte tenu des droits à congés annuels restant à courir et de la durée du préavis ".

7. En l'espèce, la durée de la période d'essai relative au contrat signé par Mme C s'établissait à un mois, en application des dispositions précitées de l'article 9 du décret du 17 janvier 1986, et non de cinquante-trois jours comme le précisait ce contrat de manière erronée, ainsi que le reconnaissent d'ailleurs tant le recteur que le collège Henri Barnier. En application du délai règlementaire, en l'espèce plus favorable à l'agent que celui énoncé à tort par les stipulations de son contrat, la période d'essai expirait alors au 30 septembre 2024. Au 14 octobre 2024, date à laquelle le principal du collège a informé Mme C de la prolongation de la période d'essai initiale, cette dernière était déjà expirée. Et si le collège fait état de ce que Mme C a été placée en congé de maladie pendant le mois de septembre, circonstance qui aurait pu éventuellement justifier la prolongation de la période d'essai initiale, il n'en justifie pas, alors que Mme C le conteste. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que la décision du 14 novembre 2024 doit s'analyser en une décision de licenciement hors période d'essai et devait donc également être précédée de la consultation de la commission consultative paritaire est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de cette décision. Eu égard à ce moyen, seul en l'espèce de nature à faire naître ce doute sérieux, il n'y a pas lieu pour le juge des référés de se prononcer sur la substitution de motifs sollicitée par le principal du collège Henri Barnier. Les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu de suspendre l'exécution des effets des deux décisions contestées jusqu'à ce qu'il soit statué sur la demande d'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ". Eu égard au motif qui préside à la suspension des décisions en litige, notamment à celle du 14 novembre 2024, et eu égard à l'ensemble des autres pièces versées au dossier, cette suspension implique seulement que le principal du collège Henri Barnier, s'il s'estime encore fondé à le faire, prenne une nouvelle décision au terme de la procédure prévue à l'article 47-1 du décret du 17 janvier 1986, outre les mesures de réintégration administrative à mettre en œuvre dans cette attente. Aussi les conclusions présentées par la requérante, tendant à ce qu'il soit enjoint audit principal de " la réintégrer dans ses fonctions ", doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution des effets de la décision du 14 novembre 2024 par laquelle le principal du collège Henri Barnier à Marseille a mis un terme anticipé au contrat d'assistante d'éducation de Mme C, ainsi que de la décision du 18 décembre 2024 par laquelle le recteur de l'académie d'Aix-Marseille a rejeté son recours hiérarchique contre cette décision est suspendue jusqu' à ce qu'il soit statué sur la demande d'annulation de ces décisions.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme A C, au proviseur du collège Henri Barnier à Marseille et au recteur de l'académie d'Aix-Marseille.

Fait à Marseille, le 4 février 2025

La vice-présidente désignée,

juge des référés,

signé

I. Hogedez

La République mande et ordonne au ministre en charge de l'éducation nationale en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

P/la greffière en chef,

Le greffier.

5

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