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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2500713

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2500713

mercredi 26 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2500713
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKHADIR-CHERBONEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 janvier et 5 février 2025, M. A B, représenté par Me Khadir-Cherbonel, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 janvier 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait l'intérêt supérieur de ses enfants ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 février 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Fabre pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabre, magistrate désignée,

- les observations de Me Khadir-Cherbonel.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 10 novembre 1985, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 janvier 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour pendant trois ans et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / () ". D'autre part, l'article L. 423-7 de ce code dispose que : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

3. S'il ressort des pièces du dossier que M. B est père de deux enfants de nationalité française respectivement nées les 14 février 2021 et 21 juin 2022, il n'établit par aucune pièce versée au dossier de la présente instance qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de ces dernières depuis leur naissance ou depuis au moins deux ans. Il s'ensuit que M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il peut se voir attribuer de plein droit un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français et qu'il bénéfice à ce même titre d'une protection contre l'éloignement. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'en l'obligeant à quitter le territoire français le préfet des Bouches-du-Rhône aurait méconnu les dispositions et principes rappelés au point précédent doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, où à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

5. Si M. B, qui est célibataire, se prévaut de sa situation de père d'enfants françaises, il n'établit par aucune pièce du dossier la réalité et l'intensité de ses liens avec elles ni ne justifie contribuer à leur éducation. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier et n'est pas contesté que la présence en France de M. B depuis 2020 procède d'une situation irrégulière, notamment par soustraction à une obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre le 20 mars 2022 par le préfet de l'Hérault, dont la légalité a été confirmée par un arrêt n°23TL00995 du 17 octobre 2024 de la cour administrative d'appel de Toulouse. Par suite, compte de la durée et des conditions de son séjour, alors que le requérant n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il y a vécu la majeure partie de sa vie, et où réside sa famille, la décision attaquée n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise et le préfet n'a pas davantage commis une erreur manifeste d'appréciation et une erreur de fait en l'obligeant à quitter le territoire français. Dans ces conditions, l'arrêté en litige ne peut être regardé comme ayant été pris en méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant. Par suite, les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'erreur manifeste d'appréciation, de l'erreur de fait et de la méconnaissance l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

6. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

8. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré irrégulièrement en France en 2020. Il a précédemment fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français à laquelle il n'a pas déféré. S'il est le père de deux enfants français, il ne justifie pas de la réalité et de l'intensité des liens qu'il conserve avec eux, ainsi qu'il a été dit aux points 3 et 5 du présent jugement. En outre, il a été condamné le 18 juillet 2022 par le tribunal correctionnel de Montpellier à un an de prison pour sévices graves ou acte de cruauté envers un animal domestique et refus de se soumettre aux vérifications tendant à établir l'état alcoolique lors de la constatation d'un crime ou d'un accident de la circulation, violence et outrage sur une personne dépositaire de l'autorité publique, et le 27 juillet 2023 par le tribunal correctionnel d'Avignon à 10 mois de prison pour vol et violences aggravées par deux circonstances suivies d'incapacité n'excédant pas 8 jours. Dans ces conditions, l'interdiction qui lui a été faite de retourner sur le territoire français ne méconnaît pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni dans son principe ni dans sa durée et ne peut pas être regardée comme procédant d'une erreur d'appréciation. Les moyens en ce sens doivent, dès lors, être écartés.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2025.

La magistrate désignée,

Signé

E. Fabre

Le greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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