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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2500761

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2500761

jeudi 20 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2500761
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantHAMRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 janvier et 17 février 2025, la société Bouygues Telecom et la société Cellnex France Infrastructures, représentées par Me Hamri, demandent au tribunal :

1°) de suspendre l'arrêté notifié le 25 septembre 2024 par lequel le maire de la commune de Mane a décidé de s'opposer aux travaux, objets de la déclaration préalable DP 004 111 24S0027 déposée auprès de ses services le 25 juin 2024 :

2°) à titre principal, d'enjoindre au maire de la commune de Mane de délivrer une décision de non-opposition sur la déclaration préalable n° DP 004 111 24S0027, dans un délai d'un mois à compter de l'ordonnance à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au maire de la commune de Mane de réinstruire la déclaration préalable n° DP 004 111 24S0027, dans un délai d'un mois à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Mane la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

Sur l'urgence :

- l'urgence est constituée, compte tenu des effets de la décision en litige qui porte atteinte à la continuité du service public des télécommunications auquel la société Bouygues Telecom participe, à l'intérêt général qui s'attache à la qualité de la couverture du territoire communal par le réseau de téléphonie mobile et à l'intérêt de la société Cellnex France Infrastructures de tenir ses engagements relativement à cette couverture ;

- comme l'illustrent les cartes de couvertures produites, le site projeté permettra d'améliorer la couverture en autorisant un gain d'habitants de cette commune qui ne bénéficiaient pas, jusqu'alors, du service des exposantes ;

- il apparait également que les stations situées autour du projet litigieux sont saturées, le projet devant permettre au service de fonctionner dans des conditions moins anormales ;

Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la demande de pièces complémentaires, en l'occurrence d'une notice et d'une documentation de l'antenne, était injustifiée, dès lors qu'elle ne portait pas sur l'une des pièces limitativement énumérées par le code de l'urbanisme, et n'est donc pas susceptible de modifier les délais d'instruction ;

- les textes visés relativement à la notice ne s'appliquent pas au cas présent ;

- les documents graphiques fournis permettent aux services instructeurs d'apprécier la typologie de l'antenne ;

- le délai d'instruction d'un mois n'a donc pas été modifié et une décision tacite de non-opposition est intervenue le 25 juillet 2024, soit un mois après le dépôt du dossier complet en mairie qui a eu lieu le 24 juin 2024 ;

- le retrait de l'autorisation tacite né le 25 juillet 2024 est illégal, n'ayant pas respecté une procédure contradictoire ;

- la décision en litige est aussi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- elle est aussi entachée d'une erreur de droit dans la mesure où la commune s'est crue liée, à tort, par l'avis défavorable rendu par l'architecte des Bâtiments de France ;

- la demande de substitution ne pourra qu'être rejetée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2025, la commune de Mane conclut au rejet de la requête et que soit mis à la charge de la société Bouygues Telecom et de la société Cellnex France Infrastructures, la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- l'urgence n'est pas caractérisée ;

- elle soutient qu'aucun des moyens soulevés ne sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision dès lors que :

- elle sollicite une substitution de motif tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article A 7 et de l'article A 10 du règlement du plan local d'urbanisme.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond enregistrée sous le n° 2412118.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pecchioli, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 février 2025 à 11 heures, en présence de Mme Zerari, greffière d'audience :

- le rapport de M. Pecchioli, juge des référés ;

- les observations de Me Anglars pour les sociétés requérantes, qui a renouvelé, en les développant, les moyens de la requête ;

- les observations de Me Gouard-Robert, représentant la commune de Mane qui a renouvelé ses écritures en les précisant.

La clôture d'instruction a été reportée à 16 heures ce même jour.

Considérant ce qui suit :

1. Par une requête enregistrée le 24 janvier 2025, la société Bouygues Telecom et la société Cellnex France Infrastructures demandent au tribunal de suspendre l'exécution d'un arrêté municipal du 25 septembre 2024, par lequel le maire de Mane s'est opposé à la déclaration préalable de travaux exemptés de permis de construire déposée par ses soins le 25 juin 2024 en vue de l'édification d'une antenne relais au lieu-dit le Couguou, sur le territoire de ladite commune.

Sur la fin de non-recevoir opposées en défense :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ".

3. La décision attaquée mentionnait les voies et délais de recours. Elle a été édictée le 25 septembre 2024, et notifiée le même jour au pétitionnaire par voie électronique, à deux adresses différentes. Il ressort des pièces du dossier que la société Cellnex France Infrastructures, pétitionnaire, agissant pour le compte de la société Bouygues Telecom, dont elle est mandataire, a donc reçu notification de la décision au plus tard le 27 septembre 2024. Il s'ensuit que les sociétés requérantes disposaient donc toutes deux d'un délai expirant au plus tard le 28 novembre 2024 à minuit pour attaquer l'arrêté litigieux devant le tribunal administratif. La requête au fond, dont la présente requête en référé est l'accessoire, a été déposée et enregistrée le 25 novembre 2024. Elle n'est donc pas tardive, et donc recevable. Par suite la fin de non-recevoir opposée en défense par la commune de Mane doit être écartée.

Sur les conclusions à fin de suspension :

En ce qui concerne l'urgence :

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient ainsi au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

5. Les sociétés requérantes établissent, par la production de cartes de couverture du réseau de l'opérateur de téléphonie Bouygues Telecom, que le secteur en cause du territoire de la commune de Mane est insuffisamment couvert par les réseaux de téléphonie mobile propres à cet opérateur, pour le compte duquel le projet est envisagé et souvent saturé. Elle démontre ainsi que le pylône projeté, et les antennes-relais qu'il a vocation à porter et dont il est le support nécessaire, permettront de couvrir des zones actuellement mal prises en charge par les antennes relais déjà implantées sur le territoire communal. Eu égard à l'intérêt public qui s'attache à cette couverture et à la finalité de l'infrastructure projetée, la condition d'urgence doit en l'espèce être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :

6. En l'état de l'instruction, sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, en premier lieu, les moyens tirés de ce que la demande de pièces complémentaires était injustifiée et, en second lieu, le moyen tiré de l'illégalité du retrait de la décision tacite de non-opposition née le 25 juillet 2024 pour non-respect d'une procédure contradictoire.

7. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, il n'y a pas lieu de retenir, en l'état du dossier, les autres moyens soulevés.

8. Par la voie de la substitution de motifs, la commune défenderesse invoque de nouveaux motifs tirés de ce que le projet méconnait, d'une part, les dispositions de l'article A 7 du règlement du plan local d'urbanisme imposant le respect d'un retrait à une certaine distance des limites séparatives et, d'autre part, les dispositions de l'article A 10 du règlement du plan local d'urbanisme relatives aux règles de hauteur des constructions. Toutefois, en l'état de l'instruction, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces motifs soient susceptibles de fonder légalement la décision attaquée. Il ne peut, dès lors, être procédé à la substitution demandée pour apprécier s'il y a lieu d'ordonner la suspension de la décision attaquée.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté susvisé pris par le maire de la commune de Mane.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Mane, de délivrer, à titre provisoire, une décision de non-opposition sur la déclaration préalable n° DP 004 111 24S0027, dans un délai d'un mois à compter de l'ordonnance à intervenir ;

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

11. Les sociétés requérantes n'étant pas la partie perdante, il n'y a pas lieu de mettre à leur charge quelque somme que ce soit au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a en revanche lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Mane le versement aux sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France Infrastructures d'une somme de 1 500 euros à ce titre.

ORDONNE

Article 1er : L'exécution de l'arrêté 25 septembre 2024 par lequel le maire de la commune de Mane a décidé de s'opposer aux travaux, objets de la déclaration préalable DP 004 111 24S0027, est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Mane de délivrer, à titre provisoire, une décision de non-opposition sur la déclaration préalable n° DP 004 111 24S0027, dans un délai d'un mois à compter de l'ordonnance à intervenir.

Article 3 : La commune de Mane versera aux société Bouygues Telecom et Cellnex France Infrastructures une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Mane au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée aux société Bouygues Telecom et société Cellnex France Infrastructures et à la commune de Mane.

Fait à Marseille, le 20 février 2025.

Le juge des référés,

Signé

J.-L. Pecchioli

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/O la greffière en chef,

La greffière

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