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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2500848

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2500848

mercredi 12 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2500848
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPAILLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 27 janvier 2025 et le 6 février 2025, Mme A B représenté par Me Pailler, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 janvier 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé son transfert aux autorités croates responsables de l'examen de sa demande d'asile ainsi que l'arrêté du même jour par lequel cette même autorité l'a assignée à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros à Me Pailler sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative e de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant transfert aux autorités croates :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnait l'article L. 572-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3.2 du règlement (UE) n° 604/2013 UE dès lors que la Croatie présente des défaillances systémiques dans la prise en charge des demandeurs d'asile ;

- elle méconnait l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2003 et est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les autorités françaises auraient dû choisir d'examiner sa demande d'asile ;

- elle porte atteinte à sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants en méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant transfert aux autorités croates.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 février 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Devictor pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Devictor, magistrate désignée,

- les observations de Me Pailler, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, de nationalité turque, a déclaré le 13 novembre 2024 son intention de solliciter l'asile en France. Le relevé de ses empreintes digitales réalisé le jour même a révélé qu'elle avait déposé le 8 septembre 2024, une demande de protection internationale auprès des autorités croates. Après avoir saisi ces autorités le 13 novembre 2024 d'une demande de reprise en charge en application de l'article 13.1 du règlement UE n° 604/2013 susvisé, et obtenu leur accord explicite le 7 janvier 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé, par arrêté du 21 janvier 2025, le transfert de l'intéressée aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par un autre arrêté du même jour, le préfet des Bouches-du-Rhône a assigné l'intéressée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par sa requête, Mme B demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Dès lors que Mme B est assistée d'un avocat commis d'office, conformément à sa demande et ainsi qu'il est prévu à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle ne peut prétendre au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Les conclusions en ce sens doivent donc être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3.

En ce qui concerne la décision de transfert :

4. La décision attaquée vise notamment les articles L. 521-1 à L. 521-7 puis L. 572-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne également que Mme B est entrée irrégulièrement le 12 septembre 2024 sur le territoire français et s'y est maintenue sans être munie des documents nécessaires, qu'elle a sollicité l'asile le 13 novembre 2024 et que les autorités croates, responsables de sa demande d'asile, ont explicitement accepté de la prendre en charge pour examiner sa demande d'asile. Ainsi, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de Mme B n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier de la part de l'administration au regard des éléments dont elle avait connaissance à la date de la décision. Le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit donc être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 572-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " la procédure de transfert vers l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile ne peut être engagée dans le cas de défaillances systémiques dans l'Etat considéré mentionné au 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ". Aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / () ".

7. Si Mme B fait état de l'existence de défaillances affectant les conditions d'accueil et de prise en charge des demandeurs d'asile en Croatie, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il existerait un risque sérieux que sa demande d'asile ne soit pas traitée par les autorités croates dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le droit d'asile, alors qu'au demeurant la Croatie, État-membre de l'Union européenne, est partie à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés et à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 572-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doivent être écartés.

8. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'Etat membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'Etat membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () / () ".

9. S'il ressort des pièces du dossier que Mme B a subi une interruption de grossesse le 13 décembre 2024, il n'apparaît pas que son état de santé actuel nécessiterait un suivi particulier dont elle ne pourrait bénéficier en Croatie ou qui ne lui permettrait pas de voyager en Croatie. Dans ces conditions, en l'absence de pièce faisant état d'une particulière vulnérabilité de la requérante et de sa famille, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision de transfert méconnaîtrait l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et que le préfet aurait commis une erreur manifeste, en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions de l'article 17 précité.

10. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

10. Mme B se prévaut de la présence en France de son frère et de deux frères de son époux, toutefois ces éléments ne suffisent pas à établir qu'elle y aurait transféré l'ensemble de ses intérêts personnels et familiaux alors que son époux fait également l'objet d'un arrêté de transfert aux autorités croates. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision de transfert porterait atteinte à sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

12. Si Mme B se prévaut de la scolarisation de sa fille ainée âgée de 4 ans en France, en maternelle depuis décembre 2024, ces éléments ne suffisent cependant pas à établir que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait, en prenant la décision de transfert attaquée, méconnu l'intérêt supérieur de son enfant dès lors que, compte tenu de leur entrée récente en France, rien ne s'oppose à ce que sa fille ainée poursuive sa scolarité en Croatie. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision de transfert porterait atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et le moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

13. La décision de transfert n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant assignation à résidence par voie d'exception de la décision de transfert doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés du 21 janvier 2025 portant transfert aux autorités croates et assignation à résidence de présentées par Mme B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction et de celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E:

Article 1er : Mme B n'est pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2025.

La magistrate désignée,

Signé

É. Devictor

La greffière,

Signé

H. Ben Hammouda

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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