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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2501389

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2501389

mercredi 12 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2501389
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCP D'AVOCATS SAIDJI ET MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 février 2025, M. B A, représenté par Me Decamps, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 février 2025 par lequel le ministre de l'intérieur a refusé de l'admettre sur le territoire au titre de l'asile ;

3°) d'enjoindre au ministre de mettre fin à la mesure de privation de liberté et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Il soutient que :

- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que le principe de confidentialité des éléments de la demande d'asile a été méconnu ; que compte tenu des conditions matérielles et psychologiques de son entretien, du caractère directif de l'interrogatoire et des erreurs d'interprétariat, il ne peut lui être reproché d'avoir tenu des propos peu crédibles et qu'il a été dans l'impossibilité d'exercer son droit à la présence d'un tiers lors de l'entretien avec l'agent de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article R. 531-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas établi que le directeur de l'OFPRA se soit déplacé dans la zone d'attente pour constater l'adéquation de la salle d'entretien avec les impératifs techniques ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 351-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers dès lors que ses déclarations auprès de l'OFPRA n'étaient ni incohérentes, ni inconsistantes, ni trop générales ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 352-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte ;

- elle méconnait le principe de non-refoulement notamment garanti par la convention de Genève du 28 juillet 1951 et la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 février 2025, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Devictor pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Devictor, magistrate désignée,

- les observations de Me Decamps, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

Le ministre de l'intérieur n'était ni présent, ni représenté

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité marocaine, est arrivé en provenance de Shanghaï à l'aéroport de Marseille où il a présenté une demande d'asile le 31 janvier 2025. Après avis défavorable de l'OFPRA, le ministre de l'intérieur a, par une décision du 5 février 2025, rejeté sa demande d'accès au territoire français formulée au titre de l'asile comme manifestement infondée et a ordonné son réacheminement vers tout pays où il sera légalement admissible. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Dès lors que M. A est assisté d'un avocat commis d'office, conformément à sa demande et ainsi qu'il est prévu à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne peut prétendre au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Les conclusions en ce sens doivent donc être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, d'une part, la confidentialité des éléments d'information détenus par l'OFPRA relatifs à la personne sollicitant en France la qualité de réfugié est une garantie essentielle du droit d'asile. Toutefois, ce principe ne fait pas obstacle à ce que les agents habilités à mettre en œuvre le droit et qui sont par ailleurs soumis au secret professionnel, aient accès aux informations nécessaires à l'examen de la demande de l'étranger. Le ministre de l'intérieur étant l'autorité compétente pour décider de refuser l'admission sur le territoire français au titre de l'asile, la circonstance qu'il ait eu connaissance du compte-rendu de l'entretien réalisé entre un agent de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et M. A ne porte pas atteinte à au principe de valeur constitutionnelle de confidentialité des éléments de la demande d'asile. La notification de la décision du ministre de l'intérieur à l'intéressé par l'intermédiaire d'agents de police ne méconnaît pas davantage ce principe. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le compte-rendu de l'entretien du 5 février 2025, qui s'est déroulé par l'intermédiaire d'un interprète en langue arabe, ne relève aucune difficulté de compréhension des questions posées à M. A et démontre qu'il a été mis en mesure d'exposer sa situation de manière suffisamment précise et approfondie pour permettre à l'administration de se prononcer sur sa situation au regard de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, il ressort des pièces du dossier que la liste des associations susceptibles de venir en aide aux demandeurs d'asile lui a été remise le 31 janvier 2025 à 16 heures 30. M. A n'est donc pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé de la possibilité d'exercer son droit à la présence d'un tiers au cours de l'entretien. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure, pris en ses trois branches, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R.351-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " Sauf dans le cas où l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat, l'étranger est entendu par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides selon les modalités prévues par les articles R. 531-11 à R. 531-16. () " Aux termes de l'article R.531-16 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut décider de procéder à l'entretien personnel en ayant recours à un moyen de communication audiovisuelle dans les cas suivants ()2° Lorsqu'il est retenu dans un lieu privatif de liberté ;() ".

5. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'avis du 5 février 2025 de l'OFPRA, que l'entretien personnel de M. A a été réalisé dans les locaux de la zone d'attente de l'aéroport de Marseille et non par visioconférence. Dès lors le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 531-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : / () / 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. ".

7. Il résulte de ces dispositions que la demande d'asile présentée par un étranger se présentant aux frontières du territoire national peut être rejetée lorsque ses déclarations et les documents qu'il produit à leur appui, du fait notamment de leur caractère incohérent, inconsistant ou trop général, sont manifestement dépourvus de crédibilité et font apparaître comme manifestement dénuées de fondement les menaces de persécutions alléguées par l'intéressé au titre du 2° du A de l'article 1er de la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés.

8. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du compte-rendu d'entretien avec le représentant de l'OFPRA, que M. A a déclaré avoir pris conscience de son homosexualité à l'âge de 17 ans et aurait eu une unique relation avec un camarade de classe. Cette relation découverte, il aurait été harcelé par d'autres élèves le conduisant à quitter le domicile familial pour s'installer dans un autre quartier, et aurait également fait l'objet d'une agression par un groupe d'individus en novembre 2024. Il aurait alors décidé de quitter son pays par crainte pour sa sécurité pour se rendre en Thaïlande pendant 78 jours avant de prendre un vol retour vers le Maroc en transitant par la France. Toutefois, il ressort de l'avis de l'OFPRA que le récit de M. A est notamment sommaire et impersonnel concernant la prise de conscience de son homosexualité, qu'il est dénué d'éléments cohérents et crédibles concernant sa relation avec son camarade de classe et les attaques dont il aurait fait l'objet. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur a pu légalement estimer que la demande d'asile de M. A était manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves en cas de retour dans son pays d'origine et devait, pour ce fait, être regardée comme manifestement infondée. Pour les mêmes motifs, la décision contestée n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 352-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf dans le cas où l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat, la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au titre III du livre V. L'office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile. () ".

10. Si M. A soutient que la décision est entachée d'une méconnaissance de l'article L.352-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers dès lors que sa vulnérabilité n'aurait pas été prise en compte, il ne ressort d'aucun élément du dossier que M. A relèverait d'une situation de vulnérabilité au sens des dispositions précitées. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 33 de la convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés : " Aucun des États contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques ". Aux termes de l'article 3 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Le principe de non refoulement suppose qu'un Etat ne peut adopter une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un pays tiers, même en situation irrégulière, dès lors qu'il existe un risque réel que celui-ci soit exposé à de mauvais traitements dans l'Etat de destination.

12. D'une part, M. A ne peut utilement se prévaloir des stipulations précitées de l'article 33 de la convention de Genève dès lors qu'il n'est pas titulaire du statut de réfugié. D'autre part, il n'établit pas qu'il risquerait, en cas de retour au Maroc, d'être soumis à la torture, à la peine de mort ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants prohibés en méconnaissance de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la méconnaissance du principe de non-refoulement doit donc être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction et de celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E:

Article 1er : M. A n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2025.

La magistrate désignée,

Signé

E. Devictor

La greffière,

Signé

H. Ben Hammouda

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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