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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2501686

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2501686

jeudi 2 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2501686
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBOUYADOU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille annule l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 20 décembre 2024 refusant un titre de séjour à M. A..., ressortissant tunisien, et l'obligeant à quitter le territoire. Le juge estime que cette décision méconnaît l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de l'intensité des liens familiaux et de l'insertion professionnelle du requérant en France depuis son arrivée à l'âge de huit ans. La solution retenue se fonde sur les articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 8 février et 4 août 2025 M. B... A..., représenté par Me Bouyadou, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 20 décembre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de faire droit à sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de 1 200 euros au titre de l’article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- l’arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- il méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il ne constitue pas une menace à l’ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Guionnet Ruault, rapporteur,
- et les observations de Me Bouyadou, représentant M. A..., présent.


Une note en délibéré, enregistrée le 23 septembre 2025, a été présentée pour M. A... et n’a pas été communiquée.


Considérant ce qui suit :
M. A..., ressortissant tunisien entré en France 2010 et titulaire d’une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu’au 15 novembre 2024, a sollicité son renouvellement avec changement de statut sur le fondement de l’article L. 423-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par sa requête, il demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 20 décembre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article L. 423-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; (…) ». Aux termes de l’article L. 423-2 de ce code : « L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. » Selon l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. »
Il ressort des pièces du dossier que M. A..., entré en France en 2010 à l’âge de huit ans, s’y est marié le 27 avril 2024 avec une ressortissante française et que la communauté de vie entre les époux n’a pas cessé, eu égard à la production d’un bail commun de location, ainsi que de quittances de loyer, des attestations d’assurance habitation et de souscription à un contrat de fourniture d’énergie afférentes, d’une attestation de la caisse d’allocations familiales et des photographies. S’il est constant que l’intéressé a été condamné à quatre mois d’emprisonnement avec sursis le 10 novembre 2021 par la cour d’appel d’Aix-en-Provence, ce seul fait isolé et ancien ne saurait caractériser sa présence comme une menace à l’ordre public. Par ailleurs, M. A... justifie de son intégration dans la société française ayant réussi son baccalauréat, poursuivi des études supérieures et travaillé pour trois entreprises de logistique depuis 2023, ainsi que d’attaches familiales fortes en France par la présence de ses parents et de sa sœur jumelle en situation régulière. Dans ces circonstances, eu égard à l’intensité des liens familiaux de M. A... en France et à son insertion professionnelle, l’arrêté attaqué a porté au droit de celui-ci au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et a ainsi méconnu l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. A... est fondé à demander l’annulation des décisions portant refus de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, de celles portant obligation de quitter le territoire et fixation du pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
Le présent jugement implique nécessairement qu’il soit enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à M. A... une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale ». Il y a lieu d’enjoindre au préfet de lui délivrer ce titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu’il soit nécessaire d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés à l’instance :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros à verser à M. A... en application de l’article L.761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :


Article 1er : L’arrêté du 20 décembre 2024 du préfet des Bouches-du-Rhône est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à M. A... une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera une somme de 1 200 euros à M. A..., en application de l’article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur.




Délibéré après l'audience du 18 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Platillero, président,
M. Cabal, premier conseiller,
M. Guionnet Ruault, conseiller,
Assistés de Mme Aras, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2025.


Le rapporteur,

Signé

A. GUIONNET RUAULT




Le président,
Signé
F. PLATILLERO

La greffière,


Signé


M. ARAS

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,




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