mercredi 26 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2501885 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | GANNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 et 23 février 2025, M. A C, représenté par Me Ganne, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner à l'administration la production de son entier dossier ;
3°) d'annuler la décision du 14 février 2025 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la décision du tribunal judiciaire de Marseille en date du 19 août 2024 l'interdisant définitivement de séjour sur le territoire français ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, à condition que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, cette somme ne pouvant en tout état de cause être inférieure au montant de 1080 euros.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que la décision ait été prise par une autorité compétente, en l'absence de production d'une délégation de signature, précise et publiée, au profit de son signataire ;
- la décision litigieuse est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- il n'a pas été mis à même de présenter ses observations écrites ou orales ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale dès lors que l'extrait de condamnation produit est insuffisant à démontrer qu'il a fait l'objet d'une interdiction définitive du territoire français et alors que le soit-transmis du Procureur de la République ne précise pas s'il s'agit d'une interdiction définitive ou temporaire du territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de droit car, sans son accord, l'administration a décidé qu'il pourrait être éloigné dans " tout autre pays dans lequel il établit qu'il est légalement admissible " ;
- elle constitue une mesure de police trop générale et absolue.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Forest pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que pour statuer sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle, en application de l'article 20 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, dans le cadre de l'exercice de ses fonctions de juge de l'éloignement.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Mme Forest, magistrate désignée, a lu son rapport au cours de l'audience publique du 24 février 2025.
Ont été entendus au cours de l'audience :
- Me Ganne, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les moyens ci-dessus énoncés ;
- le requérant lui-même, présent à l'audience ;
- le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant marocain né le 4 septembre 2004 à Agadir, a été condamné, le 19 août 2024, pour acquisition, détention et transport non autorisé de stupéfiants commis le 15 août 2024 à Marseille par le tribunal judiciaire de Marseille à douze mois d'emprisonnement et a prononcé, à titre de peine complémentaire, une interdiction définitive du territoire français. Incarcéré au centre pénitentiaire des Baumettes, puis placé au centre de rétention administrative de Marseille, l'intéressé a fait l'objet d'une décision fixant le pays de destination le 14 février 2025, laquelle dispose que l'intéressé sera reconduit vers le pays dont il a la nationalité ou qui lui a délivré un titre de voyage en cours de validité ou encore à destination de tout autre pays dans lequel il établit qu'il est légalement admissible. M. C demande l'annulation de cette décision.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Dès lors que M. C, placé en rétention administrative à la date d'introduction de sa requête, bénéficie à l'audience d'un avocat commis d'office, conformément à sa demande et ainsi qu'il est prévu à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne peut utilement prétendre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. La demande présentée à cette fin doit donc être rejetée.
3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur la communication du dossier administratif du requérant :
4. L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de M. C détenu par l'administration. De telles conclusions doivent par suite être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français () ". L'article L. 721-4 du même code prévoit que " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
6. En vertu du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal, l'interdiction du territoire français prononcée, comme en l'espèce, contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit " entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou sa réclusion ". Aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de cette peine complémentaire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution. Et l'obligation pour l'intéressé de quitter le territoire français résulte nécessairement, dans ce cas, de la décision du juge pénal et non de la décision distincte du préfet qui fixe le pays de renvoi.
7. En premier lieu, par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 7 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 13-2023-037 du même jour, Mme B, signataire de l'arrêté en litige, bénéficiait, en sa qualité de cheffe du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile de la préfecture des Bouches-du-Rhône, d'une délégation à l'effet de signer notamment les refus de séjour, les obligations de quitter le territoire, les décisions relatives au délai de départ volontaire et les décisions fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
8. En deuxième lieu, la décision en litige énonce, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est ainsi suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et il ne peut, dès lors, qu'être écarté.
9. En troisième lieu, il ne ressort ni des motifs de la décision en litige, ni des autres pièces du dossier que le préfet des Bouches-du-Rhône se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de M. C. Si celui-ci mentionne des liens particuliers avec l'Italie, aucune de ses allégations n'est étayée par les pièces produites au dossier. Par suite, ce moyen doit être écarté.
10. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un courrier notifié le 10 février 2025 à 11 h 39 à M. C, qui était alors en détention, le préfet des Bouches-du-Rhône a informé ce dernier de son intention de procéder à son éloignement à destination du Maroc en raison de l'interdiction judiciaire du territoire français dont il fait l'objet, et l'a invité à présenter ses observations. Il ressort des mentions du formulaire de réponse, sans que le contraire ne soit allégué, que M. C a refusé de présenter des observations et de signer ce document. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le requérant n'aurait pas été en mesure d'apprécier la portée de la mesure que le préfet envisageait de prendre à son encontre et de présenter utilement ses observations. Par suite, le moyen tiré de ce que M. C n'aurait pas été en mesure de présenter des observations avant que ne soit prise à son encontre la décision attaquée, doit être écarté.
11. En cinquième lieu, contrairement à ce que prétend M. C, est produit au dossier non pas un extrait de condamnation mais l'intégralité de la condamnation prononcée à son encontre le 19 août 2024 dont il ressort qu'il a été condamné à une interdiction définitive du territoire français par l'autorité judiciaire.
12. En sixième lieu, alors que la décision litigieuse énonce que l'intéressé sera possiblement reconduit " à destination de tout autre pays dans lequel il établit qu'il est légalement admissible ", le requérant ne peut valablement soutenir qu'en omettant de préciser que son accord est dans ce cas requis, le préfet des Bouches-du-Rhône a entaché sa décision d'une erreur de droit dans la mesure où, dans l'hypothèse d'une mise à exécution de la décision préfectorale sur ce point, son accord serait nécessairement requis en application des dispositions exposées au point 4.
13. En septième et dernier lieu, le requérant soutient que le préfet a édicté une mesure de police trop générale et absolue. Toutefois, en l'absence de toute argumentation, ce moyen doit être écarté comme manifestement dépourvu des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 14 février 2025 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a fixé le pays de destination de son éloignement, en exécution d'une peine d'interdiction définitive du territoire français. Par voie de conséquence doivent être rejetées ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : M. C A n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Fait à Marseille, le 26 février 2025.
La magistrate désignée,Le greffier,
Signé Signé
H. Forest R. Machado
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026