Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 mars 2025 et le 16 septembre 2025, Mme B... C..., représentée par Me Bataillé, demande au tribunal :
d’annuler l’arrêté du 3 février 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d’être éloignée ;
d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation, et de la munir dans l’attente d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ;
de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
la décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour est entachée d’un défaut de motivation ;
elle est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation ;
elle est entachée d’une erreur de droit dès lors que l’obligation de production d’un visa de long séjour ne lui est pas opposable ;
elle méconnaît les stipulations de l'article 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu’elle est mariée avec un ressortissant français avec lequel elle vit en compagnie de ses deux enfants ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation compte tenu des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il a retiré la décision en litige, de sorte qu’il n’y a plus lieu de se prononcer sur la légalité de l’arrêté du 3 février 2025, auquel s’est substitué l’arrêté du 5 septembre 2025 qui a la même portée ;
- aucun des moyens de la requête n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative ;
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de M. Cabal ;
et les observations de Me Bataillé, représentant Mme C....
Considérant ce qui suit :
Mme B... C..., née le 26 décembre 1983 et de nationalité colombienne, a sollicité la délivrance d’un titre de séjour en tant que conjoint de français. Par un arrêté du 3 février 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d’une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un nouvel arrêté du 5 septembre 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône a retiré cette première décision et a, de nouveau, refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d’une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme C... demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 3 février 2025.
Sur la recevabilité du mémoire en défense du préfet des Bouches-du-Rhône :
La circonstance que le préfet des Bouches-du-Rhône ait produit un mémoire en défense deux jours avant la clôture initiale de l’instruction, qui a été rouverte pour qu’il soit communiqué aux parties, n’est pas de nature à rendre ce mémoire irrecevable. Il n’y a, dès lors, pas lieu de l’écarter des débats.
Sur l’étendue du litige :
Lorsqu’une décision administrative faisant l’objet d’un recours contentieux est retirée en cours d’instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l’annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.
Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 5 septembre 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône a retiré l’arrêté du 3 février 2025 par lequel il a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme C..., lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d’être éloignée. Ce même arrêté a, de nouveau, refusé de délivrer un titre de séjour à l’intéressé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d’être éloigné d’office. Dès lors que cet arrêté n’est pas devenu définitif, il y a toujours lieu de statuer sur les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du 3 février 2025, qui doivent être également regardées comme dirigées contre l’arrêté du 5 septembre 2025.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Pour refuser à deux reprises à Mme C... la délivrance du titre de séjour qu’elle sollicitait, le préfet des Bouches-du-Rhône s’est fondé sur le motif tiré de ce qu’elle n’établissait pas la réalité d’une vie commune effective, dès lors que par un courrier du 21 décembre 2022, son mari, M. A..., a indiqué qu’elle avait quitté le domicile conjugal avec ses enfants quatre jours après son arrivée en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la requérante a produit à l’appui de sa demande plusieurs pièces et des témoignages de proches postérieurs à cette lettre. En s’abstenant de tenir compte de ces éléments, le préfet des Bouches-du-Rhône a entaché sa décision d’un défaut d’examen personnel et sérieux de la situation de l’intéressée.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les arrêtés du préfet des Bouches-du-Rhône des 3 février et 5 septembre 2025 doivent être annulés.
Sur les conclusions aux fins d’injonction :
L’exécution du présent jugement implique seulement d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer la demande de Mme C... tendant à la délivrance d’un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de présente décision.
Sur les frais liés au litige :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme C... et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er: Les arrêtés du préfet des Bouches-du-Rhône des 3 février et 5 septembre 2025 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de Mme C... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L’Etat versera à Mme C... la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... C... et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2025 à laquelle siégeaient :
M. Platillero, président,
M. Cabal, premier conseiller,
M. Guionnet Ruault, conseiller,
Assistés de Mme Aras, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2025.
Le rapporteur,
Signé
P.-Y. CABAL
Le président,
Signé
F. PLATILLERO
La greffière,
Signé
M. ARAS
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,