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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2503432

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2503432

mercredi 19 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2503432
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantVINCENSINI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille a annulé l'arrêté du 20 février 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône avait refusé d’admettre au séjour M. B..., ressortissant algérien, et l’avait obligé à quitter le territoire français avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que cette décision méconnaissait les stipulations de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et du 5) de l’article 6 de l’accord franco-algérien, en raison de l’atteinte disproportionnée portée à la vie privée et familiale du requérant, qui justifiait d’une présence habituelle en France depuis 2014 et d’une activité professionnelle stable. En conséquence, l’ensemble des décisions contestées (refus de séjour, obligation de quitter le territoire, fixation du pays de destination et interdiction de retour) a été annulé.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mars 2025, M. A... B..., représenté par Me Vincensini, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 20 février 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande d’admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un certificat de résidence mention « vie privée et familiale », dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- l’arrêté méconnaît les stipulations de l’article 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et du 5) de l’article 6 de l’accord franco-algérien dès lors qu’il justifie résider en France depuis l’année 2014 ;
- sa situation justifie qu’un délai supérieur à trente jours lui soit accordé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 septembre 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La demande d’aide juridictionnelle présentée par M. B... a été rejetée comme caduque par une décision du 23 mai 2025


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Carotenuto a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. M. B..., de nationalité algérienne né le 13 septembre 1989, déclare être entré en France le 18 février 2009. Le 9 janvier 2023, il a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement du 1) de l’article 6 de l’accord franco-algérien. Par arrêté du 20 février 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande et l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. M. B... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.

2. Aux termes l’article 6 de l’accord franco-algérien : « Le certificat de résidence d’un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : 5) au ressortissant algérien, qui n’entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d’autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; (…) ». Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

3. Il ressort des pièces du dossier et notamment des nombreuses pièces produites, en particulier des contrats de travail, bulletins de salaires, avis d’impôt sur le revenu, échéanciers de paiement EDF et attestations d’assurance de responsabilité locative, que M. B... est présent de manière habituelle en France depuis 2014 jusqu’en 2020, puis à partir de juillet 2022. Il ressort également des pièces du dossier que M. B... a travaillé quasiment sans discontinuité entre septembre 2015 et octobre 2020 et a conclu, en dernier lieu, le 13 juillet 2022, un contrat de travail à durée indéterminée, avec la société FD Autos, pour occuper un emploi en qualité de mécanicien. Ainsi, M. B... doit être regardé comme ayant transféré en France le centre de ses intérêts privés. Par suite, dans les circonstances de l’espèce, M. B..., alors même qu’il est célibataire et qu’il ne serait pas dépourvu d’attaches familiales dans son pays d’origine, est fondé à soutenir que l’arrêté attaqué a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris en méconnaissance du 5) de l’article 6 de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner l’autre moyen de la requête, que M. B... est fondé à demander l’annulation de la décision portant refus de séjour et par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

5. Eu égard au motif d’annulation retenu, l’exécution du présent jugement implique que le préfet des Bouches-du-Rhône délivre à l’intéressé un certificat de résidence mention « vie privée et familiale ». Par suite, il y a lieu de lui enjoindre d’y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu’il y ait lieu en l’espèce d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. La demande d’aide juridictionnelle présentée par M. B... ayant été rejetée comme caduque, Me Vincensini ne peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat le versement à M. B... d’une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :



Article 1er : L’arrêté du 20 février 2025 du préfet des Bouches-du-Rhône est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à M. B... un certificat de résidence mention « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera à M. B... une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Me Vincensini et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.

Délibéré après l'audience du 28 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,
Mme Hétier-Noël, première conseillère,
Mme Diwo, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2025.

L’assesseure la plus ancienne,
signé
C. HÉTIER-NOËL
La présidente rapporteure,
signé
S. CAROTENUTO




La greffière,


signé


A. VIDAL

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.



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