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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2504937

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2504937

jeudi 27 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2504937
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantGONAND

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille, dans sa 9ème chambre, a examiné le recours pour excès de pouvoir de M. D..., ressortissant marocain, contre un arrêté préfectoral du 13 mars 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, le défaut de motivation et la méconnaissance du droit d'être entendu. Il a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé au regard des articles L. 613-1 et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). En conséquence, la requête de M. D... a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 11 avril 2025 et le 5 mai 2025, M. B... D..., représenté par Me Gonand, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 13 mars 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l’a interdit de retour en France pour une durée d’un an ;

2°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l’arrêté attaqué est entaché d’incompétence ;
- l’arrêté attaqué, en tant qu’il porte obligation de quitter le territoire est entaché d’un défaut de motivation ;
- l’arrêté attaqué, en tant qu’il porte interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an est entaché d’un défaut de motivation ;
- l’arrêté attaqué méconnaît son droit d’être entendu.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 10 juillet 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 14 octobre 2025, 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- l’accord franco-marocain du 9 octobre 1987 modifié ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique du 13 novembre 2025, le rapport de Mme Charbit, rapporteure.

Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D..., ressortissant marocain né le 7 octobre 1996, a été interpellé le 13 mars 2025 dans le cadre d’un contrôle d’identité. Par arrêté du 13 mars 2025, dont M. D... demande l’annulation, le préfet des Bouches-du-Rhône l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l’a interdit de retour sur le territoire pour une durée d’un an.

Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. En premier lieu, Mme C... A..., adjointe à la cheffe du bureau de l’éloignement, du contentieux et de l’asile à la direction des migrations, de l’intégration et de la nationalité, qui a signé l’arrêté attaqué, bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature accordée par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 5 février 2025, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du 6 février 2025. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l’arrêté en litige doit être écarté.
3. En deuxième lieu, d’une part, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ».
4. L’arrêté en litige indique les dispositions normatives applicables et mentionne les circonstances de faits relatives à la situation de M. D... qui le fondent. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement en mesure le requérant de discuter les motifs de l’arrêté, alors que le préfet n’avait pas à mentionner l’ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de l'intéressé.

5. D’autre part, aux termes de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ». Aux termes de l’article L. 612-10 de ce code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. (…) ». Aux termes de l’article L. 613-2 du même code : « Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ».

6. Il résulte de ces dispositions que lorsque le préfet prend, à l’encontre d’un étranger, une obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d’assortir sa décision d’une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l’étranger sur le territoire français, la nature et l’ancienneté de ses liens avec la France, l’existence ou non d’une précédente mesure d’éloignement et, le cas échéant, la menace pour l’ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. D..., fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français sans délai. Le préfet n’est pas tenu de motiver particulièrement sa décision au regard de l’absence de circonstances humanitaires qui seraient de nature à faire obstacle au prononcé d’une interdiction de retour. Par ailleurs, la décision attaquée mentionne le fait que l’intéressé qui serait entré en France deux jours avant l’arrêté litigieux, selon ses déclarations, ne justifie pas de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France, est célibataire, sans enfant et est dépourvu d’attaches familiales sur le territoire alors que sa famille réside dans son pays d’origine. Il s’ensuit que la motivation de la décision fixant la durée de l’interdiction de retour sur le territoire français atteste de la prise en considération par le préfet des Bouches-du-Rhône des critères énoncés par l’article L. 612-10 précité. Dans ces conditions, elle n’est pas entachée d’une insuffisance de motivation.

8. En troisième lieu, M. D... soutient qu’il n’a pas été en mesure de présenter ses observations avant l’édiction de l’arrêté du 13 mars 2025 litigieux. A supposer que le requérant ait entendu se prévaloir des stipulations de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne aux termes duquel : « Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l’Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d’être entendue avant qu’une mesure individuelle qui l’affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (...)», il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l’Union européenne que cet article s’adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l’Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d’un Etat membre est inopérant.

9. A supposer même que le requérant ait entendu également se prévaloir de la jurisprudence de la Cour de Justice, il résulte de cette jurisprudence que le droit d’être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l’Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d’une procédure administrative avant l’adoption de toute décision susceptible d’affecter de manière défavorable ses intérêts.

10. Enfin, selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1’Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d’être entendu n’est susceptible d’affecter la régularité de la procédure à l’issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

11. En l’espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d’audition du 13 mars 2025, que M. D... n’a pas été privé de son droit à être entendu et a été invité à présenter des observations dans l’hypothèse où serait prise à son encontre une mesure d’éloignement. Si ces observations ont été recueillies à l’occasion de son interpellation le 13 mars 2025 et avant que ne soit prise la décision d’éloignement du même jour, il ne ressort pas des pièces du dossier, pas plus que de la situation personnelle et familiale de M. D..., qu’à supposer que celui-ci ait détenu des informations relatives à sa situation personnelle dont l’administration n’aurait pas eu connaissance le 13 mars 2025, de telles informations, si elles avaient pu être communiquées à l’autorité préfectorale avant que ne soit pris l’arrêté litigieux, auraient été de nature à faire obstacle à l’édiction des décisions qu’il contient, alors qu’au demeurent M. D... n’a pas justifié d’un droit au séjour au Portugal, ni devant les services de police, ni dans la présente procédure. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. D... au titre des frais qu’il a exposés et non compris dans les dépens.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. D... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... D... et au préfet des Bouches-du-Rhône.


Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l'audience du 13 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Tikov, président-rapporteur,
Mme Caselles première conseillère,
Mme Charbit, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2025.


La rapporteure,
Signé
C. Charbit

Le président,
Signé
C. Tukov

La greffière,

Signé

S. Ibram

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.


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