mardi 3 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2505352 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | JULES |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2502845 en date du 6 mai 2025, le tribunal administratif de Montpellier a renvoyé au tribunal administratif de Marseille le jugement de la requête de M. A F, enregistrée le 18 avril 2025.
Par une requête et un mémoire enregistrés les 12 mai 2025 et 27 mai 2025, M. F, représenté par Me Jules, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 17 avril 2025, notifié le même jour, par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de prendre sans délai toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. F dans le système d'information Schengen et d'en justifier dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve d'une renonciation expresse de celui-ci à l'aide juridictionnelle et, à titre subsidiaire, dans le cas où le bénéfice de l'aide juridictionnelle serait refusé au requérant, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. F au titre des frais irrépétibles en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est signée par une personne incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine du médecin de l'OFII ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation sur son état de santé ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délai volontaire :
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'appréciation dans l'application des articles L. 612-1 à L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision faisant interdiction de retour sur le territoire :
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision précédente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les articles L. 612-6 et suivant du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et présente un caractère disproportionné ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d'un défaut d'examen et méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car son éloignement au Maroc l'exposerait à un risque inhumain et dégradant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C ;
- les observations de Me Jules, représentant M. F, qui a repris et précisé les moyens soulevés par écrit en faisant valoir que le retour de M. F dans son pays d'origine entraînerait une rupture de ses soins et auraient des conséquences disproportionnées sur sa situation personnelle.
Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A F, ressortissant de nationalité marocaine, né le 2 janvier 1988, assigné à résidence, déclare être entré en France en 2019. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 avril 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de son éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Dès lors que M. F bénéficie à l'audience d'un avocat commis d'office, conformément à sa demande et ainsi qu'il est prévu à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de rejeter sa demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions tendant à la production par l'administration de l'entier dossier de M. F :
3. Aux termes de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ". L'affaire est en état d'être jugée. Le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier du requérant.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, Mme B D, signataire de l'arrêté attaqué, bénéficiait, en sa qualité de cheffe de la section éloignement de la préfecture des Bouches-du-Rhône, d'une délégation de signature du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 6 février 2025 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs n° 13-2025-050 du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. /Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. " Aux termes des dispositions de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".
6. La décision attaquée comporte les considérations de droit et de faits afférents à la situation familiale et au parcours personnel de l'intéressé lui permettant de comprendre les motifs pour lesquels le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé son éloignement et, par suite, de les contester utilement. Par ailleurs, pour justifier l'absence de délai de départ volontaire, le préfet indique qu'il existe un risque que M. F se soustraie à l'exécution d'une mesure d'éloignement, l'intéressé n'ayant pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, ne présentant pas de garanties de représentation suffisantes, s'étant maintenu irrégulièrement sur le territoire, s'étant soustrait à une précédente mesure d'éloignement, ayant déclaré vouloir se maintenir en France et, au surplus, étant très défavorablement connu des services de police. Dès lors, cet arrêté, qui n'avait pas à comporter l'ensemble des éléments relatifs à la situation du requérant, est suffisamment motivé. Contrairement à ce qui est soutenu, eu égard à la motivation circonstanciée, l'arrêté attaqué repose sur un examen particulier de la situation de l'intéressé.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé.
() ".
8. Si M. F soutient que le préfet aurait dû, préalablement à l'édiction de la décision portant obligation de quitter le territoire français, saisir le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en raison de ses problèmes psychiatriques, il ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles régissent la procédure de délivrance d'un titre de séjour " étranger malade ". En tout état de cause, M. F n'établit pas avoir formulé une demande d'admission exceptionnelle au séjour et il ne ressort pas, non plus, des pièces du dossier qu'il aurait informé le préfet des Bouches-du-Rhône de son état de santé. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'un vice de procédure. Le moyen doit être écarté comme inopérant.
9. En quatrième lieu, M. F soutient que le préfet n'a pas tenu compte de son état de santé, notamment de ses troubles psychiatriques, avant de prendre la mesure d'éloignement en litige. Toutefois, il ressort des procès-verbaux d'audition du 16 avril 2025 que M. F n'a pas souhaité faire l'objet d'un examen médical et qu'il a répondu par la négative à la question " Avez-vous des éléments à porter à la connaissance de l'administration s'agissant de votre état de vulnérabilité ' Présentez-vous un handicap ' ". Par ailleurs, si le requérant se prévaut du certificat médical du docteur E, praticien hospitalier du centre hospitalier d'Arles, qui certifie que M. F est suivi sur le secteur de psychiatrie depuis 2022 et d'une ordonnance pour un traitement d'une affection de longue durée reconnue, ces documents, établis le 18 avril 2025, soit postérieurement à la date de la décision attaquée n'établissent pas que le préfet des Bouches-du-Rhône disposait, à la date de la décision en litige, d'éléments suffisamment précis permettant d'établir que l'intéressé présentait un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers ne pouvant faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. En cinquième lieu, M. F soutient que son éloignement au Maroc aurait des conséquences graves sur sa situation médicale. Toutefois, la production des certificats médicaux visés au point précédent, mentionnant que son état se serait stabilisé grâce au suivi dont il a bénéficié, ne saurait suffire à établir la preuve d'une rupture des soins si le requérant était éloigné dans son pays d'origine. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire :
11. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de délai de départ volontaire serait privée de base légale en raison de l'illégalité de cette décision.
12. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, la décision portant refus de délai de départ volontaire est suffisamment motivée. Par ailleurs, il ne ressort ni de la lecture de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet des Bouches-du-Rhône n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. F.
13. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :/ 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;() / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :/1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; ()/ 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
14. Il ressort des pièces du dossier que le requérant ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. En outre, il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes dès lors qu'il soutient, sans en justifier, qu'il serait hébergé chez sa mère. Le requérant ne justifie pas davantage de passeport en en cours de validité. Si le requérant soutient, d'une part, qu'il n'est pas démontré que la mesure d'éloignement, dont il a fait l'objet le 24 décembre 2021, n'a pas été exécutée, et d'autre part, que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public car il n'aurait jamais été poursuivi pénalement, ces circonstances sont sans incidence sur la légalité de la décision du préfet qui pouvait refuser d'accorder un délai de départ volontaire dès lors que M. F entrait dans les cas visés aux 1°) et 8°) de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation que le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
15. En premier lieu, dès lors qu'aucun des moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire sans délai n'est fondé, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par exception d'illégalité.
16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
17. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi, la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. En outre, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
18. La décision attaquée mentionne les dispositions applicables, en particulier les articles L. 611-1, L. 611-3, L. 612-2, L. 612-3, L. 612-6, L. 612-10, L. 721-4 et L. 722-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique, par ailleurs, que M. F déclare être entré en France en 2019 sans démontrer y avoir habituellement résidé depuis cette date, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il est célibataire, sans enfant, dont la mère réside en France, un frère et une sœur aux Pays-Bas et ne justifie pas être dépourvu d'attaches personnelles ou familiales dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation et d'examen préalable réel et sérieux doit être écarté.
19. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
20. Il ressort des pièces du dossier que M. F est entré en France en 2019 et s'est maintenu sur le sol national alors qu'il ne disposait d'aucun droit au séjour et n'a jamais, au demeurant, sollicité de titre de séjour. Si M. F fait valoir qu'il est hébergé chez sa mère avec qui il entretient des liens forts, il ne fournit aucune pièce probante à l'appui de son allégation et ne démontre, par ailleurs, aucun autre attachement familial ou social. Dans ces conditions, le requérant, qui se borne à reprendre les éléments exposés au point 9 du présent jugement relativement à son état de santé, n'établit pas que le préfet aurait méconnu les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et présenterait un caractère disproportionné. Pour les mêmes motifs, la décision en litige n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation et ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
21. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants " et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
22. Si M. F soutient que la décision fixant le Maroc en tant que pays de destination l'exposerait à des conséquences d'une exceptionnelle gravité en raison de la pathologie psychiatrique dont il souffre, la production du rapport sur " la santé mentale et les causes de suicide au Maroc ", d'un article de presse sur la santé mentale au Maroc ainsi que de certificats médicaux, établis postérieurement à la décision attaquée, mentionnant la nécessité de poursuite d'un accompagnement thérapeutique ne saurait démontrer que l'intéressé serait personnellement menacé de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. F doivent être rejetées. Par suite, ses conclusions relatives aux frais d'instance doivent être également rejetées.
DECIDE :
Article 1er : M. F n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de M. F est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A F, à Me Emeline Jules et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juin 2025.
La magistrate désignée,
Signé
C. C
Le greffier,
Signé
R. Machado
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026