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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2505599

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2505599

mardi 20 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2505599
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBOIXIERE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille a examiné la requête de M. C, ressortissant algérien, contestant l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 13 mai 2025 prolongeant de trois ans son interdiction de retour sur le territoire français, portant la durée totale à cinq ans. Le juge a relevé d'office que cette prolongation méconnaissait le champ d'application de la loi, car la durée totale de l'interdiction ne peut excéder trois ans en application des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, le tribunal a annulé l'arrêté attaqué pour erreur de droit, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 mai 2025, M. B C, représenté par Me Boixière, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la communication de l'ensemble des pièces sur lesquelles le préfet s'est fondé pour prendre les décisions contestées ;

3°) d'annuler l'arrêté du 13 mai 2025 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prolongé son interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et l'a inscrit dans le système d'information Schengen (SIS) ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, son conseil s'engageant, dans ce cas, à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ;

5°) d'être assisté d'un avocat commis d'office ainsi que d'un interprète en langue arabe.

Il soutient que :

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

- il a été irrégulièrement notifié du fait de l'absence d'un interprète ;

- il est insuffisamment motivé ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation, notamment eu égard à sa situation familiale en France et aux menaces dont il fait l'objet en Algérie.

- il procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à raison de son caractère disproportionné à la fois dans sa durée et au regard de sa situation personnelle ;

- il procède d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires faisant obstacle à l'adoption d'une interdiction de retour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mai 2025, le préfet des

Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Marseille a désigné M. Secchi pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 mai 2025 :

- le rapport de M. Secchi qui soulève un moyen d'ordre public tiré de la méconnaissance du champ d'application de la Loi en tant que la durée de la prolongation de l'interdiction de retour ne peut être supérieure à trois ans ;

- les observations de Me Boixière, avocate commise d'office de M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- les observations de M. C assisté de M. A, interprète en langue arabe ;

- le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant algérien né le 19 novembre 2002, serait entré en France au cours de l'année 2021. Par un arrêté du 28 septembre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Puis, par un arrêté du 13 mai 2025, le préfet des Alpes-Maritimes a prolongé la mesure portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, portant le total à cinq ans. Le requérant demande au tribunal d'annuler le seul arrêté du 13 mai 2025 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prolongé cette interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Dès lors que M. C, placé en rétention administrative à la date d'introduction de sa requête, bénéficie à l'audience d'une avocate commise d'office, conformément à sa demande et ainsi qu'il est prévu à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne peut utilement prétendre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Les conclusions en ce sens de sa requête doivent donc être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la communication par l'administration de l'ensemble des pièces sur lesquelles elle s'est fondée pour prendre les décisions contestées :

4. L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'ensemble des pièces sur lesquelles s'est fondé le préfet des Alpes-Maritimes pour prendre les décisions contestées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

5. En premier lieu, si M. C soutient que la procédure est entachée de nullité dès lors qu'il aurait dû être assisté d'un interprète pour la notification de la décision, les conditions dans lesquelles une décision administrative est notifiée à son destinataire sont sans incidence sur sa légalité et n'ont d'incidence que sur les voies et délais de recours contentieux.

6. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise la réglementation applicable à la situation de M. C, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et mentionne les circonstances que le requérant a fait l'objet en date du 28 septembre 2024 d'une obligation de quitter le territoire sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans devenue définitive et qu'il représente une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, l'arrêté en litige est suffisamment motivé au regard des exigences du code des relations entre le public et l'administration et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni de la lecture de l'arrêté en litige que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation personnelle du requérant. Si M. C soutient que le préfet ne pouvait prendre à son encontre la décision en litige avant qu'il ne soit statué sur sa demande d'asile déposée en urgence, il ne ressort en tout état de cause d'aucune pièce du dossier qu'une telle demande serait avérée, ni d'ailleurs que les menaces encourues en cas de retour en Algérie sont réelles. Par suite, un tel moyen ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, aucune erreur manifeste d'appréciation n'a été commise par le préfet sur ce point.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : () 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; () Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. C s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français malgré l'obligation de quitter le territoire sans délai du 28 septembre 2024 qui lui avait été notifiée et qui était devenue définitive en l'absence de tout recours. Si l'intéressé se prévaut de la présence à Amiens d'une petite amie, d'un logement et d'un emploi sur Marseille, ces seules allégations, en l'absence de toute pièce justificative, sont insuffisantes pour en démontrer la réalité. Par ailleurs, le préfet a retenu à juste titre que l'intéressé, très défavorablement connu des services de police pour des faits récents de récidive de vol et de vol dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt pour lesquels il a été condamné par le tribunal correctionnel de Nice à quatre mois et trois mois de prison par un jugement du 30 décembre 2024, constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas méconnu les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en adoptant la décision en litige. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions, de la prétendue disproportion de la décision tant dans son principe que dans sa durée et de l'erreur d'appréciation qu'elle emporte sur sa situation personnelle doivent être écartés.

10. En dernier lieu, si le requérant fait état de circonstances humanitaires qui auraient dû faire obstacle à la décision contestée, entachant cette dernière d'une erreur d'appréciation, aucune pièce ni aucune précision n'est rapportée sur ce point, le moyen devant ainsi également être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. C n'est pas admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mai 2025.

Le magistrat désigné,

Signé

L. Secchi

Le greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour une expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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