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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2505842

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2505842

mercredi 7 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2505842
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantABITBOL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille a annulé l'arrêté du 8 avril 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône refusait un titre de séjour à Mme A..., ressortissante comorienne, et l'obligeait à quitter le territoire. Le tribunal a jugé que cette décision portait une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée, garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de sa présence continue en France depuis 2021, de son Pacs avec un compatriote titulaire d'un titre de séjour, et de la naissance de leurs deux enfants. En conséquence, le tribunal a enjoint au préfet de délivrer à Mme A... un titre de séjour "vie privée et familiale" dans un délai de deux mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 mai 2025, Mme B... A..., représentée par Me Abitbol, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 8 avril 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure ;

2°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l’attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l’arrêté en litige méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation et méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.


Par un mémoire en défense, enregistré le 29 octobre 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 30 octobre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 14 novembre 2025.


Vu les autres pièces du dossier.



Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.


La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Forest, rapporteure, a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. Mme B... A..., ressortissante comorienne née le 31 décembre 1996, a demandé le 6 septembre 2023 son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 8 avril 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure. Mme A... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A... justifie au travers de factures, documents médicaux, attestations de versement de la caisse des allocations familiales, ainsi que d’un passeport vierge valable de février 2022 à février 2027, de sa présence continue sur le territoire depuis le mois de février 2021, soit depuis environ quatre ans à la date de l’arrêté attaqué. La requérante fait valoir la présence en France de sa tante, de sa belle-mère et de sa belle-sœur, de nationalité française, ainsi que sa communauté de vie, depuis le mois de février 2021, avec un compatriote qui est titulaire d’un titre de séjour valable jusqu’en 2031 et qui occupe, depuis le 21 février 2022, un poste d’ingénieur informaticien en contrat à durée indéterminée. Le couple, pacsé depuis le 14 février 2023, a donné naissance à deux enfants les 11 novembre 2022 et 10 janvier 2025. Dans ces conditions, la décision de refus de séjour litigieuse porte au droit de l’intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et méconnaît donc les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Par suite, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, Mme A... est fondée à demander l’annulation de l’arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

4. Aux termes de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public prenne une mesure d’exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d’un délai d’exécution. / La juridiction peut également prescrire d’office cette mesure ».

5. Eu égard aux motifs qui la fondent, l’annulation par le présent jugement de l’arrêté attaqué implique nécessairement, sous réserve de l’absence de changement dans les circonstances de droit ou de fait, que le préfet des Bouches-du-Rhône délivre à Mme A... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale ». Il y a donc lieu d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder à cette délivrance dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à cette condamnation ».

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l’Etat, partie perdante dans la présente instance, une somme de 1 200 euros à verser à Mme A....

D E C I D E :


Article 1er : L’arrêté du 8 avril 2025 du préfet des Bouches-du-Rhône est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône, sous réserve de l’absence de changement dans les circonstances de droit ou de fait, de délivrer à Mme A... un certificat de résidence portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera à Mme A... une somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l’audience du 2 décembre 2025 à laquelle siégeaient :

Mme Felmy, présidente,
Mme Lourtet, première conseillère,
Mme Forest, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 janvier 2026.


La rapporteure,
Signé
H. Forest
La présidente,
Signé
E. Felmy



La greffière,


Signé


N. Faure




La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière


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