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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2506062

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2506062

mercredi 26 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2506062
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantGONAND

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille a examiné la requête de M. B..., ressortissant tunisien, contestant l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône refusant le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle "travailleur saisonnier". Le requérant invoquait notamment une erreur de droit, le préfet ayant retenu une période de référence supérieure à celle prévue par l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) pour apprécier la condition de résidence hors de France. Le tribunal a jugé que le préfet avait commis une erreur de droit en se fondant sur une période de trente mois pour évaluer le respect de l'engagement de résidence habituelle hors de France, alors que la condition de durée cumulée de séjour de six mois par an doit s'apprécier sur la période de validité du titre de séjour. En conséquence, l'arrêté attaqué a été annulé, et il a été enjoint au préfet de réexaminer la demande de M. B... dans un délai de deux mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 avril 2025, M. A... B..., représenté par Me Gonand, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 24 mars 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure ;

2°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer le titre de séjour demandé dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- le signataire de l’arrêté était incompétent ;
- l’arrêté est entaché d’erreur de droit dès lors que le préfet a, pour rejeter sa demande de renouvellement, retenu une période de référence supérieure à celle prévue par les dispositions de l’article L. 421-34 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Gonneau a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

M. B..., de nationalité tunisienne, a sollicité, le 10 janvier 2025, le renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle qu’il avait obtenu en qualité de travailleur saisonnier sur le fondement de l’article L. 421-34 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par un arrêté du 24 mars 2025, le préfet a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure. M. B... demande l’annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de l’arrêté :

D’une part, l’accord franco-tunisien renvoie, sur tous les points qu’il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, pour autant qu’elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l’accord. D’autre part, aux termes de l’article L. 421-34 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier, tel que défini au 3° de l’article L. 1242-2 du code du travail, et qui s’engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " d’une durée maximale de trois ans. / Cette carte peut être délivrée dès la première admission au séjour de l’étranger. / Elle autorise l’exercice d’une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu’elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d’une autorisation de travail dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail ». Aux termes de l’article L. 433-1 du même code : « (…) le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte ». L’article L. 432-2 du même code dispose, dans sa rédaction applicable au litige, que : « Le renouvellement d’une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à l’étranger qui cesse de remplir l’une des conditions exigées pour la délivrance de cette carte dont il est titulaire (…) ».

M. B... soutient que l’arrêté en litige est entaché d’une erreur de droit dès lors qu’il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour portant la mention « travailleur saisonnier » dans la mesure où, entre le 3 février 2024 et le 2 avril 2025, période de validité de son dernier titre de séjour, il a résidé en France moins de six mois, conformément à l’article L. 421-34 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Il ressort des pièces du dossier que M. B... a exercé une activité d’ouvrier agricole dans le cadre d’une autorisation de travail délivrée le 27 septembre 2023. Son contrat, d’une durée de six mois, avait pour date de début prévisionnel le 12 octobre 2023. Le 3 février 2024, il s’est vu délivrer un titre de séjour portant la mention « saisonnier », valable jusqu’au 2 avril 2025. Il a quitté le territoire français le 10 avril 2024, avant même l’issue de cette période d’activité, pour retourner dans son pays d’origine. Il n’est revenu en France que le 9 octobre 2024, à la suite d’une nouvelle embauche par le même employeur, consécutive à une autorisation de travail sollicitée le 21 août 2024 et accordée le 28 août 2024 pour un contrat d’une durée de 171 jours. L’intéressé a repris son activité et a déposé, le 10 janvier 2025, une demande de renouvellement de son titre de séjour. Pour rejeter cette demande, le préfet des Bouches-du-Rhône a estimé que M. B... n’avait pas respecté son engagement de maintenir hors de France sa résidence habituelle, dès lors qu’il avait séjourné sur le territoire français pendant trente mois du 3 décembre 2021 au 9 octobre 2024, soit pendant une période cumulée excédant la durée de six mois autorisée par le titre de séjour dont le renouvellement était sollicité. Toutefois, ainsi que le soutient le requérant, il résulte des dispositions précitées que le calcul de cette durée devait s’apprécier à compter de la délivrance de son titre de séjour, soit le 3 février 2024. En retenant un point de départ erroné pour le calcul de cette durée et en estimant que l’intéressé ne l’avait pas respectée, le préfet des Bouches-du-Rhône a ainsi entaché sa décision d’une erreur de droit.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur l’autre moyen de la requête, que M. B... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 24 mars 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

Aux termes de l’article L. 911-2 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d’office l’intervention de cette nouvelle décision ». Aux termes de l’article L. 614-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ».

L’annulation de l’arrêté contesté implique que le préfet des Bouches-du-Rhône réexamine la situation de M. B... et qu’il délivre à l’intéressé une autorisation provisoire de séjour jusqu’à ce qu’il ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu de prescrire à cette autorité d’y procéder dans le délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu’il y ait lieu d’ordonner une astreinte.

Sur l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :

Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à cette condamnation ».

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B... et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L’arrêté du 24 mars 2025 du préfet des Bouches-du-Rhône est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer une autorisation provisoire de séjour à M. B... et de procéder au réexamen de sa demande dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : L’État versera une somme de 1 200 euros à M. B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.

Délibéré après l'audience du 13 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président-rapporteur,
Mme Devictor, première conseillère,
Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 novembre 2025.

L’assesseure la plus ancienne,

Signé


É. Devictor Le président-rapporteur,

Signé


P-Y. Gonneau
La greffière,

Signé

D. Giordano
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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