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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2506386

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2506386

mercredi 7 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2506386
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantVIALE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en formation collégiale, a rejeté la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de titre de séjour pour raisons médicales et l'obligation de quitter le territoire français prise par le préfet des Bouches-du-Rhône. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence du signataire et a jugé que le préfet avait légalement pu se fonder sur l'avis du collège de médecins de l'OFII, lequel concluait que le défaut de prise en charge médicale de M. A... n'entraînerait pas de conséquences d'une exceptionnelle gravité. La décision s'appuie sur les stipulations de l'article 6-7° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 mai 2025, M. B... A..., représenté par Me Viale, demande au tribunal :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté du 18 avril 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son éloignement ;

3°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l’État, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l’aide juridictionnelle.


Il soutient que :

- l’arrêté est entaché d’incompétence ;
- il est entaché d’un défaut de base légale dès lors que le préfet vise des articles inexistants de l’accord franco-algérien ;
- il est entaché d’un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
- il procède d’une erreur manifeste d’interprétation ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 4 de la charte de droits fondamentaux de l’union européenne.


Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.

M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle du 1er août 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Lopa Dufrénot a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. M. A..., de nationalité algérienne, né le 26 juillet 1979, a présenté, le 8 août 2024, une demande d’admission au séjour en qualité d’étranger malade sur le fondement des dispositions de l’article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté non daté, dont il est demandé l’annulation, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer la carte de résident sollicitée, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son éloignement.

Sur les conclusions à fin d’admission à l’aide juridictionnelle provisoire :

2. M. A... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle du 1er août 2025. Par suite, les conclusions tendant à ce qu’il soit admis à l’aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet et il n’y a donc plus lieu d’y statuer.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

3. En premier lieu, l’arrêté attaqué a été signé pour le préfet des Bouches-du-Rhône par Mme D... C..., cheffe du bureau de l’éloignement du contentieux et de l’Asile (BECA), à la direction des migrations, de l’intégration et de la nationalité (DMIN) à la préfecture des Bouches-du-Rhône. Par un arrêté n° 13-2025-02-06-00002 du 6 février 2025, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 13-2025-050 de la préfecture des Bouches-du-Rhône, Mme C... a reçu délégation à cet effet. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’acte doit être écarté comme manquant en fait.

4. Aux termes de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : « (…) Le certificat de résidence d’un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : / (…) / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l’état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d’une exceptionnelle gravité, sous réserve qu’il ne puisse pas effectivement bénéficier d’un traitement approprié dans son pays (…) ».

5. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l’une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l’abstention d’une des parties à produire les éléments qu’elle est seule en mesure d’apporter et qui ne sauraient être réclamés qu’à elle-même, d’apprécier si l’état de santé d’un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d’une exceptionnelle gravité, sous réserve de l’absence d’un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle.

6. La partie qui justifie d’un avis d’un collège de médecins du service médical de l’Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l’existence ou l’absence d’un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d’un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l’autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d’apprécier l’état de santé de l’étranger et, le cas échéant, l’existence ou l’absence d’un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d’apprécier si l’état de santé d’un étranger justifie la délivrance d’un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

7. En deuxième lieu, compte tenu de l’ensemble de ses mentions, l’erreur purement matérielle affectant la référence faite aux stipulations précitées de l’accord franco-algérien dans l’arrêté attaqué est sans incidence sur le sens des décisions en litige. Par suite, M. A... n’est pas fondé à soutenir qu’une telle erreur est de nature à entacher l’arrêté d’un défaut de base légale ou d’une erreur de droit.

8. En troisième lieu, en soutenant que l’arrêté attaqué est entaché d’une « erreur manifeste d’interprétation », M. A... doit être regardé comme ayant entendu soulever les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées du 7) de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l’erreur manifeste d’appréciation de sa situation.

9. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par M. A..., le préfet des Bouches-du-Rhône s’est fondé sur l’avis émis le 7 mars 2025 par le collège de médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) qui a estimé que l’état de santé du requérant nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d’une exceptionnelle gravité et qu’au vu des éléments de son dossier médical et à la date de l’avis, son état de santé lui permettait de voyager sans risque vers son pays d’origine, ce que l’intéressé ne conteste au demeurant pas. Pour remettre en cause cet avis, le requérant se borne à indiquer que son dossier médical « ne laisse aucune place au doute quant à ses problèmes de santé d’une gravité notable » et à faire état de sa dépendance dans les actes de la vie quotidienne. Si les pièces du dossier attestent de la réalité de la pathologie dont est atteint l’intéressé, aucune d’entre elles ne permet de conclure à l’existence de conséquences d’une exceptionnelle gravité d’un défaut de prise en charge médicale et n’est donc de nature à contredire sur ce point les termes de l’avis du
7 mars 2025 du collège de médecins de l’OFII. Dans ces conditions, l’arrêté litigieux n’a pas méconnu les stipulations du 7) de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Pour les mêmes motifs, cet arrêté n’est pas entaché d’une erreur manifeste d’appréciation de la situation du requérant.

10. En quatrième lieu, aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l’article 4 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».

11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, dès lors que l’absence de traitement ne devrait pas entraîner de circonstances d’une exceptionnelle gravité pour M. A..., l’intéressé n’est pas fondé à soutenir qu’en fixant le pays de destination, le préfet des Bouches-du-Rhône aurait méconnu les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’article 4 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.

12. En dernier lieu, au vu de ce qui a été dit aux points 7 à 11, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l’arrêté litigieux que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait omis de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. A....

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. A... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d’injonction et celles tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.








D É C I D E :


Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. A... tendant au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., à Me Cédric Viale et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur et au bureau d’aide juridictionnelle.


Délibéré après l'audience du 9 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,
Mme Coppin, première conseillère,
Mme Ridings, conseillère,
Assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public après mise à disposition au greffe le 7 janvier 2026.


L’assesseure la plus ancienne,
signé
C. Coppin

La présidente-rapporteure,
signé
M. Lopa Dufrénot


Le greffier,

signé

Brémond


La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier.
















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