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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2507193

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2507193

lundi 28 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2507193
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKUHN-MASSOT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille a examiné la requête de M. B, ressortissant tunisien, contestant un arrêté préfectoral de refus de séjour, d'obligation de quitter le territoire et de fixation du pays de destination. Le tribunal a d'abord admis provisoirement M. B à l'aide juridictionnelle. Sur le fond, il a rejeté la fin de non-recevoir pour tardiveté soulevée par le préfet, faute pour ce dernier d'établir la date de notification régulière de l'arrêté. La solution retenue par le tribunal n'est pas explicitée dans l'extrait, mais la décision a été rendue sur le fondement des articles L. 614-1 et L. 911-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que des conventions internationales invoquées (article 8 de la CESDH et article 3-1 de la CIDE).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 juin 2025, M. A B, représenté par Me Kuhn-Massot, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il pourrait être éloigné d'office.

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer le titre de séjour demandé, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à délai de quinzaine de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique à verser à son conseil, ce dernier renonçant le cas échéant à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle ou, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme lui sera versée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-l'arrêté en litige méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

-il méconnaît l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré 20 juillet le 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

-la requête est irrecevable car tardive ;

-aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Ridings pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ridings, magistrate désignée,

- les observations de Me Kuhn-Massot, représentant M. B, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Des pièces, produites après la clôture de l'instruction pour M. B, n'ont pas été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 18 juillet 1992, demande l'annulation de l'arrêté du 30 septembre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. En vertu des articles 12 et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée par un bureau d'aide juridictionnelle ou, en cas d'urgence et à titre provisoire, par le président de ce bureau, par la juridiction compétente ou par son président.

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête :

4. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 911-1 ". Aux termes de l'article L. 911-1 du même code : " Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision. Sous réserve des troisième et avant-dernier alinéas du présent article, il statue dans un délai de six mois à compter de l'introduction du recours. / L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle, au plus tard lors de l'introduction de son recours. () ".

5. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste.

6. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté a été pris sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que M. B ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour. Ainsi, il disposait d'un délai de départ volontaire de trente jours et de la possibilité de contester l'arrêté en litige dans un délai de trente jours également. Cet arrêté qui mentionnait les voies et délais de recours, a été notifié à M. B par lettre recommandée avec accusé de réception, le pli ayant été posté le 1er octobre 2024, présenté le 3 octobre 2024 à l'adresse que le requérant avait indiquée et ayant été retourné aux services de la préfecture des Bouches-du-Rhône le 24 octobre 2024, en l'absence de réclamation, comme cela ressort du pli lui-même dont la case " pli avisé mais non réclamé " est dûment cochée. En outre, la demande d'aide juridictionnelle, formée par le requérant le 6 juin 2025, soit-delà du délai visé au point 4, n'a pas eu pour effet de suspendre le délai de recours contentieux. Dans ces conditions, l'arrêté en litige doit être regardé comme ayant été régulièrement notifié à l'intéressé à la date du 3 octobre 2024. Par suite, la requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Marseille le 6 juin 2025 est tardive.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 30 septembre 2024 doivent être rejetées comme irrecevables, ainsi que, par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juillet 2025.

La magistrate désignée,

Signé

M. Ridings

Le greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

No 2507193

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