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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2507240

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2507240

vendredi 27 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2507240
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSEKLY-LIVRATI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille a examiné la requête de M. B, ressortissant tunisien, contestant un arrêté préfectoral du 20 juin 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, avec une interdiction de retour de cinq ans. Le tribunal a rejeté la demande d'aide juridictionnelle provisoire, le requérant bénéficiant déjà d'un avocat commis d'office. Sur le fond, le juge a annulé la décision portant refus de délai de départ volontaire, estimant que le préfet n'avait pas suffisamment caractérisé la menace à l'ordre public ou le risque de fuite au regard des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, l'interdiction de retour sur le territoire français a également été annulée, faute de base légale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juin 2025, M. A B, représenté par Me Sekly-Livrati, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2025 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;

3°) d'annuler son inscription au fichier SIS ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, au profit de son conseil, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

La décision portant refus de délai de départ volontaire :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il ne représente aucune menace à l'ordre public.

La décision portant interdiction de retour et d'inscription au fichier SIS :

- méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- 1'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Fabre pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabre, magistrate désignée ;

- les observations de Me Sekly-Livrati représentant M. B ;

-le préfet n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 11 septembre 2004, est entré en France à une date indéterminée sans être muni d'un visa. Par un arrêté du 20 juin 2025 dont M. B demande l'annulation, le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Dès lors que M. B, placé en rétention administrative à la date d'introduction de sa requête, bénéficie à l'audience d'un avocat commis d'office, conformément à sa demande et ainsi qu'il est prévu à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne peut utilement prétendre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Les conclusions en ce sens de sa requête doivent donc être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

3. Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L.612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : /1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

4. Pour refuser à M. B, le bénéfice d'un délai de départ volontaire, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur les circonstances qu'il ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français, qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, et qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente. La décision attaquée est ainsi motivée en fait comme en droit. Par suite, le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision attaquée doit être écartée.

5. Si le requérant soutient ne pas représenter une menace à l'ordre public, le préfet ne s'est pas fondé sur ce motif pour prendre la décision lui refusant de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation du préfet doit être écarté.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français et portant inscription au fichier SIS :

6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire français.

7. D'une part, contrairement à ce que soutient M. B, la motivation de la décision attaquée, en sus de la citation de l'article L. 612-10 précité, atteste de la prise en compte par l'autorité préfectorale, au vu de la situation de l'intéressé, des critères énoncés à l'article L. 612-10 précité. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen individualisé de la situation du requérant.

8. D'autre part, M. B, qui n'invoque aucune circonstance humanitaire pouvant faire obstacle à l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée, est célibataire sans enfant et n'établit ni même n'allègue maintenir des liens avec la France, ni être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Il est en outre constant qu'il est défavorablement connu des services de police, l'intéressé ayant été interpellé pour des faits de violence avec arme et apologie du terrorisme. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas, en édictant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans, fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ni porté une atteinte disproportionnée aux droits de l'intéressé au regard de sa situation personnelle.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. B n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2025.

La magistrate désignée

Signé

E. Fabre

Le greffier

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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