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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2507502

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2507502

mercredi 28 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2507502
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantCAVÉ

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille a été saisi par M. B..., ressortissant arménien, d’un recours en excès de pouvoir contre un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône refusant son titre de séjour en tant que conjoint d’une bénéficiaire de la protection subsidiaire, et l’obligeant à quitter le territoire. En cours d’instance, le préfet a retiré l’arrêté contesté, rendant sans objet les conclusions en annulation. Le tribunal constate ce non-lieu à statuer et rejette les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte, ainsi que la demande au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. La solution retenue est fondée sur le retrait de l’acte attaqué, sans application des textes invoqués au fond.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juin 2025, M. A... B..., représenté par Me Cavé, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 7 mai 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure ;

2°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour pluriannuel en sa qualité de conjoint d’une bénéficiaire de la protection subsidiaire sur le fondement de l’article L. 424-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ou à défaut un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » sur le fondement de l’article L. 423-23 du même code, dans le délai d’un mois suivant la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, d’instruire à nouveau sa demande et de lui délivrer un titre de séjour temporaire l’autorisant à travailler durant le temps de cet examen et de prendre une décision dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, le tout, à l’expiration des délais fixés, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ladite astreinte courant pendant un délai de deux mois après lequel elle pourra être liquidée et une nouvelle astreinte fixée ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet des Bouches-du-Rhône n’a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- elle a été prise en violation de l’article L. 424-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et des conséquences qu’elle emporte sur sa situation personnelle ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée, y compris en ce qu’elle porte refus d’octroi d’un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ;
- elle est illégale du fait de l’illégalité de la décision de refus de séjour ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation et des conséquences qu’elle emporte sur celle-ci ;
- elle méconnaît l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.


Par un mémoire en défense, enregistré le 25 novembre 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions principales de la requête et au rejet des conclusions présentées par M. B... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l’arrêté attaqué a été retiré par une décision du 24 novembre 2025.


Par un mémoire, enregistré le 26 novembre 2025, M. B... déclare se désister de ses conclusions à fin d’annulation et maintenir ses conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte et celles tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Par un courrier du 17 décembre 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office, tiré de l’irrecevabilité des conclusions à fin d’injonction présentées à titre principal, compte tenu du désistement du requérant de ses conclusions à fin d’annulation.

Par un mémoire, enregistré le 19 décembre 2025, M. B... déclare retirer sa demande de désistement de ses conclusions à fin d’annulation, conclut au non-lieu à statuer sur celles-ci et maintient ses conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte et celles tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



Vu les autres pièces du dossier.



Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.


La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Felmy, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. M. B..., ressortissant arménien né le 23 juin 1988, a sollicité le 7 novembre 2024 son admission au séjour en qualité de conjoint d’une bénéficiaire de la protection subsidiaire. Par un arrêté du 7 mai 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure. M. B... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision postérieure à l’introduction de la requête et devenue définitive, le préfet des Bouches-du-Rhône a procédé au retrait de l’arrêté attaqué. Par suite, les conclusions à fin d’annulation de la requête de M. B... sont devenues sans objet et il n’y a pas lieu d’y statuer.

Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

3. Aux termes de l’article L. 911-2 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d’office l’intervention de cette nouvelle décision ».

4. Si, au regard des « nouveaux éléments » versés par M. B... dans le cadre de la présente instance, le préfet des Bouches-du-Rhône a retiré l’arrêté attaqué par une décision postérieure à l’introduction de la requête et devenue définitive, il n’a ni justifié avoir délivré le titre de séjour sollicité par l’intéressé ou réexaminé la situation de celui-ci, ni même précisé les suites qu’il entendait réserver à cette décision de retrait, en dépit d’une demande en ce sens qui lui a été adressée le 26 novembre 2025 par le tribunal. Dans ces conditions, il y a lieu d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder au réexamen de la situation de M. B... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de munir l’intéressé d’une autorisation provisoire de séjour. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

5. Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu’elles demandent et le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à cette condamnation ».

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l’Etat, partie perdante dans la présente instance, une somme de 1 200 euros à verser à M. B....






D E C I D E :


Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d’annulation de la requête de M. B....

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder au réexamen de la situation de M. B... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L’Etat versera à M. B... une somme de 1 200 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l’audience du 6 janvier 2026 à laquelle siégeaient :

Mme Felmy, présidente-rapporteure,
Mme Gaspard-Truc, première conseillère,
Mme Forest, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2026.



L’assesseure la plus ancienne,


Signé


F. Gaspard-Truc
La présidente-rapporteure,


Signé


E. Felmy

La greffière,


Signé


N. Faure


La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière

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