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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2507504

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2507504

mercredi 28 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2507504
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantCARMIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille, dans sa 8ème chambre, a rejeté la requête de Mme D... épouse A..., ressortissante algérienne, qui contestait l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 29 janvier 2025 refusant le renouvellement de son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. La solution retenue est fondée sur l'irrecevabilité de la requête pour tardiveté, le tribunal estimant que la requête, enregistrée le 12 juin 2025, n'a pas été présentée dans le délai raisonnable d'un an suivant l'édiction de l'arrêté, contrairement à ce que soutenait la requérante. Les textes appliqués incluent le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, et le code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juin 2025, et un mémoire en réplique, enregistré le 16 décembre 2025, qui n’a pas été communiqué, Mme C... D... épouse A..., représentée par Me Carmier, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 29 janvier 2025 par lequel le préfet des Hautes-Alpes a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure ;

2°) d’enjoindre au préfet des Hautes-Alpes, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence de dix ans ou un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale », et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en l’absence de notification régulière de l’arrêté attaqué, sa requête est recevable, dès lors qu’elle est déposée dans le délai raisonnable d’un an suivant l’édiction de cet arrêté ;

Sur la décision portant refus de séjour :
- il n’est pas justifié de la compétence de son signataire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet n’a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d’un vice de procédure en l’absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour ;
- c’est à tort que le préfet a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité de conjointe E... en se fondant sur l’article L. 432-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile au motif qu’elle n’aurait pas transmis les documents sollicités, qui au demeurant n’étaient pas exigibles et qu’elle a néanmoins produits pour ceux dont elle disposait, et n’aurait pas déféré aux convocations de la préfecture ;
- elle a été prise en violation de l’article 6-2) de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle a été prise en violation de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été prise en violation de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale du fait de l’illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- il n’est pas justifié de la compétence de son signataire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet n’a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- elle a été prise en violation de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été prise en violation de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale du fait de l’illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- il n’est pas justifié de la compétence de son signataire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet n’a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- elle a été prise en violation de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été prise en violation de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.


Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2025, le préfet des Hautes-Alpes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est tardive et, par suite, irrecevable.



Vu les autres pièces du dossier.



Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.


La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Felmy, présidente-rapporteure,
- et les observations de Me Carmier, représentant la requérante.



Considérant ce qui suit :

1. Mme D..., ressortissante algérienne née le 27 août 1996, a épousé le 16 février 2022 en Algérie M. F... A..., de nationalité française, né le 4 décembre 1994, et le mariage a été transcrit dans les registres de l’état civil français le 18 juillet 2022. Le couple a deux enfants, B..., née le 21 janvier 2020 à Ain Temouchent (Algérie) avant le mariage, reconnue à Gap le 20 mai 2021 par son père et au consulat général de France à Oran le 15 février 2022 par sa mère, et Zineb, née le 21 octobre 2023 à Gap. Après son entrée en France le 21 décembre 2022 sous couvert d’un passeport revêtu d’un visa C d’une validité de 90 jours portant la mention « famille E... » délivré le 30 octobre 2022 par les autorités consulaires françaises à Oran, Mme D... a bénéficié d’un premier certificat de résidence d’un an portant la mention « vie privée et familiale », en qualité de conjointe E... sur le fondement des stipulations du 2 de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968, valable du 24 juin 2023 au 23 juin 2024 dont elle a sollicité le renouvellement le 6 juin 2024 sur le site de l’administration numérique pour les étrangers en France (ANEF). Par un arrêté du 29 janvier 2025, dont elle demande l’annulation, le préfet des Hautes-Alpes a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense par le préfet des Hautes-Alpes :

2. Aux termes de l’article L. 614-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l’interdiction de retour sur le territoire français qui l’accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l’article L. 911-1 ». Aux termes de l’article L. 911-1 du même code : « Lorsqu’une disposition du présent code prévoit qu’une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai d’un mois à compter de la notification de la décision (…) ». Aux termes de l’article R. 421-5 du code de justice administrative : « Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu’à la condition d’avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ».

3. Mme D... épouse A... soutient que l’arrêté attaqué, daté du 29 janvier 2025, ne lui a pas été notifié à son adresse exacte et qu’elle n’en a eu connaissance que lorsqu’elle s’est rendue en préfecture après avoir reçu un courriel du 9 avril 2025 l’informant de la clôture de sa demande de titre de séjour sur le site de l’ANEF. Il ressort des pièces du dossier que le pli recommandé ayant contenu l’arrêté attaqué a été adressé au « 109 rue La Grandrue à Gap (05000) » avant d’être retourné à l’expéditeur par les services postaux le 3 février 2025 revêtu de la mention « défaut d’accès ou d’adressage ». La requérante fait valoir, sans être sérieusement contredite, que cette adresse est inexacte, dès lors qu’elle réside 109 La Grand Rue à La Bâtie-Neuve (05230), adresse qu’elle a vainement tenté de renseigner sur le site de l’ANEF, mais qui n’a pu être prise en compte en raison d’un blocage informatique sur ce site, qu’elle a donc dû se déclarer domiciliée à Gap et a d’ailleurs adressé un courriel dès le 8 juin 2024 pour signaler l’anomalie. Dès lors, le préfet des Hautes-Alpes ne peut opposer la circonstance que l’adresse erronée précitée est celle déclarée par l’intéressée sur le site de l’ANEF et celle figurant sur le premier titre de séjour délivré à celle-ci. Dans ces conditions, la notification ne peut être regardée comme ayant été régulière. Par ailleurs, le préfet des Hautes-Alpes, auquel incombe la charge de la preuve, ne justifie pas de la date à laquelle la requérante s’est vu remettre une copie de l’arrêté attaqué. Par suite, la requête, enregistrée le 12 juin 2025, ne peut être regardée comme tardive et la fin de non-recevoir opposée en défense par le préfet des Hautes-Alpes doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

4. Aux termes de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : « (...) Le certificat de résidence d’un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : (…) 2. Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l’étranger, qu’il ait été transcrit préalablement sur les registres de l’état civil français / (…) / Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux ». Aux termes de l’article L. 432-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le renouvellement d’une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à l’étranger qui cesse de remplir l’une des conditions exigées pour la délivrance de cette carte dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations (…) ».

5. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme D... épouse A..., le préfet des Hautes-Alpes s’est fondé sur les dispositions précitées de l’article L. 432-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en retenant que le 25 septembre 2024, l’enquête des services de police a révélé que l’intéressée ne s’est jamais présentée à l’entretien fixé par ces derniers dans le cadre de sa demande de titre de séjour, que malgré plusieurs appels téléphoniques et messages laissés sur sa boîte vocale, elle n’a répondu à aucune des relances de la préfecture et qu’en dépit de nombreuses demandes de complément de dossier des 7, 19 et 20 juin 2024 adressées via l’ANEF, elle n’avait pas transmis les documents demandés. Toutefois, au soutien de ses allégations, reprises en défense, le préfet des Hautes-Alpes n’apporte aucun commencement de preuve alors que la requérante, qui affirme n’avoir reçu aucune convocation des services de police ni aucun appel ou message téléphonique des services préfectoraux, justifie, d’une part, de l’erreur d’adresse mentionnée précédemment, et, d’autre part, avoir répondu aux sollicitations des 7, 19 et 20 juin 2024 précitées. Par suite, Mme D... épouse A... est fondée à soutenir que le préfet des Hautes-Alpes n’a pu légalement rejeter sa demande de titre de séjour au motif qu’elle n’aurait pas déféré aux convocations au sens des dispositions précitées de l’article L. 432-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l’arrêté attaqué doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

7. Aux termes de l’article L. 911-2 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d’office l’intervention de cette nouvelle décision ». Aux termes de l’article L. 614-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, (…) l’étranger est muni d’une autorisation provisoire de séjour jusqu’à ce que l’autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ».

8. Eu égard au motif qui la fonde, l’annulation par le présent jugement de l’arrêté attaqué implique seulement que le préfet des Hautes-Alpes procède au réexamen de la situation de Mme D... épouse A.... Il y a donc lieu d’enjoindre au préfet des Hautes-Alpes de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. L’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français implique également nécessairement que, par application des dispositions de l’article L. 614-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, Mme D... épouse A... soit, dans cette attente, munie d’une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

9. Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu’elles demandent et le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à cette condamnation ».

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l’Etat, partie perdante dans la présente instance, une somme de 1 200 euros à verser à Mme D... épouse A....
































D E C I D E :


Article 1er : L’arrêté du 29 janvier 2025 du préfet des Hautes-Alpes est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hautes-Alpes de procéder au réexamen de la situation de Mme D... épouse A... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L’Etat versera à Mme D... épouse A... une somme de 1 200 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... D... épouse A... et au préfet des Hautes-Alpes.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Gap.


Délibéré après l’audience du 6 janvier 2026 à laquelle siégeaient :

Mme Felmy, présidente-rapporteure,
Mme Gaspard-Truc, première conseillère,
Mme Forest, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2026.



L’assesseure la plus ancienne,


Signé


F. Gaspard-Truc
La présidente-rapporteure,


Signé


E. Felmy

La greffière,


Signé


N. Faure


La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière

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