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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2507983

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2507983

mardi 3 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2507983
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantCARMIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille a examiné la requête de Mme A..., ressortissante sénégalaise, contestant l'arrêté préfectoral du 24 mars 2025 rejetant sa demande de titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. La requérante soutenait notamment que le préfet avait commis une erreur de droit en n'appliquant pas l'annexe IV de l'accord franco-sénégalais pour apprécier son admission exceptionnelle au séjour. Le tribunal a rejeté l'ensemble des conclusions de Mme A..., estimant que les moyens soulevés n'étaient pas fondés, et a validé la décision préfectorale. Cette solution s'appuie sur les stipulations de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 et les articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 juin et 15 décembre 2025, Mme B... A..., représentée par Me Carmier, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 24 mars 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer, dans le même délai, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce dernier de renoncer à la part contributive de l’Etat.

Elle soutient que :


En ce qui concerne l’arrêté pris dans son ensemble :
- le signataire de l’arrêté n’est pas compétent ;
- cet arrêté est insuffisamment motivé, révélant un défaut d’examen particulier de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- cette décision est entachée d’erreur de droit, faute pour le préfet d’avoir pris en compte l’annexe IV à l’accord franco-sénégalais, pour apprécier si elle justifiait de motifs d’admission exceptionnelle au séjour ;
- elle a été prise en méconnaissance des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle a été prise en méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation au regard des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle a été prise en méconnaissance de l’accord franco-sénégalais ;
- elle méconnait l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- cette décision est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne l’interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans :
- cette décision est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée « d’erreur manifeste d’appréciation » au regard de l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.


Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.


Mme A... été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mai 2025.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Carotenuto a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. Mme A..., ressortissante sénégalaise née le 3 novembre 2000, est entrée en France le 5 septembre 2020 sous couvert d’un passeport muni d’un visa D « étudiant », valable du 21 août 2020 au 21 août 2021. Elle a ensuite bénéficié d’un titre de séjour sur le même fondement, valable du 1er octobre 2021 au 30 septembre 2022. Le 4 octobre 2024, Mme A... a sollicité du préfet des Bouches-du-Rhône son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Par un arrêté du 24 mars 2025, dont elle demande l'annulation, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. Aux termes du paragraphe 42 de l’article 4 de l’accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006, dans sa rédaction issue du point 31 de l’article 3 de l’avenant signé le 25 février 2008 : « Un ressortissant sénégalais en situation irrégulière en France peut bénéficier, en application de la législation française, d’une admission exceptionnelle au séjour se traduisant par la délivrance d’une carte de séjour temporaire portant : - soit la mention "salarié" s’il exerce l’un des métiers mentionnés dans la liste figurant en annexe IV de l’Accord et dispose d’une proposition de contrat de travail ; / - soit la mention "vie privée et familiale" s’il justifie de motifs humanitaires ou exceptionnels. » Il ressort de l’annexe IV de cet accord que les ressortissants sénégalais exerçant la profession d’employé polyvalent de restauration peuvent bénéficier de la carte de séjour « salarié ». Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger dont l’admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu’il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié », « travailleur temporaire » ou « vie privée et familiale », sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1. (…) ».

3. Les stipulations du paragraphe 42 de l’article 4 de l’accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006, dans sa rédaction issue de l’avenant signé le 25 février 2008, renvoyant à la législation française en matière d’admission exceptionnelle au séjour des ressortissants sénégalais en situation irrégulière, rendent applicables à ces ressortissants les dispositions de l’article L. 435- 1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Dès lors, le préfet, saisi d’une demande d’admission exceptionnelle au séjour par un ressortissant sénégalais en situation irrégulière, est conduit, par l’effet de l’accord du 23 septembre 2006 modifié, à faire application des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Toutefois, pour l’examen des demandes déposées par des ressortissants sénégalais en qualité de salarié, l’autorité administrative doit également prendre en compte la liste des métiers figurant en annexe IV de l’accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A... a présenté, à l’appui de sa demande d’admission exceptionnelle au séjour, un contrat à durée indéterminée du 15 mai 2021 conclu avec la société VLBKJ pour un poste « d’équipier / employé polyvalent » de restauration, profession qui figure au nombre des métiers mentionnés par l’annexe IV de l’accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006. Par suite, en opposant à la demande de délivrance de titre de séjour de la requérante les seules dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu’eu égard à la nationalité de l’intéressée, au fondement de sa demande et à la profession envisagée, il devait également examiner sa situation au regard des stipulations précitées de l’accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 et de son annexe IV, le préfet des Bouches-du-Rhône a commis une erreur de droit.

5. Pour rejeter la demande de Mme A..., le préfet des Bouches-du-Rhône s’est également fondé sur la circonstance que l’intéressée s’est volontairement soustraite à l’obligation qui lui avait été faite de quitter le territoire français par un arrêté du 28 juillet 2023, en application des dispositions de l’article L. 432-1-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Toutefois, Mme A... soutient, sans être contredite, que cet arrêté du 28 juillet 2023 portant refus de renouvellement de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ne lui a pas été régulièrement notifié, de sorte que le préfet ne pouvait refuser le titre de séjour sollicité par Mme A... au motif qu’elle n’avait pas satisfait à cette mesure d’éloignement.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, Mme A... est fondée à demander l’annulation de la décision du préfet des Bouches-du-Rhône du 24 mars 2025 refusant de lui délivrer un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, l’annulation des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

7. Le présent jugement implique seulement, eu égard au motif d’annulation retenu, que le préfet des Bouches-du-Rhône procède à un nouvel examen de la demande de l’intéressée dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu’il y ait lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme A... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mai 2025. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Carmier, avocat de Mme A..., en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Carmier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.

D E C I D E :

Article 1er : L’arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 24 mars 2025 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder à un nouvel examen de la situation de Mme A... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L’Etat versera la somme de 1 500 euros à Me Carmier, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Carmier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A..., à Me Carmier et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.

Délibéré après l'audience du 13 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,
Mme Hétier-Noël, première conseillère,
Mme Diwo, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2026.

L’assesseure la plus ancienne,
signé
C. HÉTIER-NOËL
La présidente rapporteure,
signé
S. CAROTENUTO


La greffière,


signé


A. VIDAL

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,

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