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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2508115

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2508115

mardi 10 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2508115
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCHARTIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille a examiné les recours pour excès de pouvoir de M. et Mme D..., ressortissants arméniens, contre les arrêtés préfectoraux du 20 mai 2025 leur refusant un titre de séjour, les obligeant à quitter le territoire et leur interdisant le retour pour deux ans. Les requérants invoquaient notamment la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a annulé ces arrêtés, estimant que le préfet n'avait pas accordé une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants du couple, résidant habituellement en France depuis leur entrée en 2019. La solution retenue s'appuie sur les stipulations de l'article 3-1 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 27 juin 2025, sous le numéro 2508114, M. A... D..., représenté par Me Chartier, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 20 mai 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour pour une durée de deux ans ;

2°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour d’un an portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- l’arrêté est entaché d’un défaut d’examen de sa situation ;
- il méconnait les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d’erreur manifeste d’appréciation ;
- il méconnait les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par M. D... ne sont pas fondés.


Par une ordonnance du 21 juillet 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 29 décembre 2025.

II. Par une requête, enregistrée le 27 juin 2025, sous le numéro 2508115, Mme C... E... épouse D..., représentée par Me Chartier, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 20 mai 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a lui interdit le retour pour une durée de deux ans ;

2°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour d’un an portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- l’arrêté est entaché d’un défaut d’examen de sa situation ;
- il méconnait les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d’erreur manifeste d’appréciation ;
- il méconnait les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par M. D... ne sont pas fondés.


Par une ordonnance du 21 juillet 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 29 décembre 2025.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés
fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience,


Les parties n’étant ni présentes, ni représentées.


A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de M. Salvage, président rapporteur.


Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme D..., ressortissants arméniens, nés les 15 juin 1985 et 4 août 1986, sont entrés sur le territoire français respectivement les 10 juin et 28 juillet 2019 sous couvert d’un visa type C et déclarent s’y être maintenus continuellement depuis. Par deux arrêtés du 27 mai 2025 le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et leur a interdit le retour pour une durée de deux ans. M. et Mme D... en demandent l’annulation.


Sur la jonction :


2. Les requêtes n°2508114 et 2508115 concernent un couple, présentent à juger des questions semblables et ont fait l’objet d’une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu’il y soit statué par un seul jugement.


Sur les conclusions à fin d’annulation :



3. Aux termes de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale. ». Il résulte de ces stipulations que, dans l’exercice de son pouvoir d’appréciation, l’autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l’intérêt supérieur des enfants.

4. Il ressort des pièces du dossier que les époux D..., parents de deux enfants, résident habituellement sur le territoire depuis leur entrée les 10 juin et 28 juillet 2019. D’une part, leur fils majeur né le 9 novembre 2006 a suivi la majorité de sa scolarité en France, à la date d’édiction de l’arrêté contesté, a été convoqué pour rendez-vous dans le cadre du dépôt d’une première demande de titre de séjour le 17 avril 2025. D’autre part, leur fille B..., née le 23 décembre 2010, est scolarisée au collège ORT à Marseille en classe de 4ème pour l’année scolaire 2024/2025, et sa scolarité en France est établie depuis la classe de cours élémentaire deuxième année pour l’année scolaire 2019/2020. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que l’intérêt supérieur de leur enfant mineur est de demeurer sur le territoire où elle a vécu l’essentiel de sa jeune existence et où elle pourrait poursuivre sa scolarité normalement et que le préfet a ainsi méconnu les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. et Mme D... sont fondés à demander l’annulation des arrêtés contestés, en toutes leurs dispositions.


Sur les conclusions à fin d’injonction :


6. Eu égard au motif d’annulation retenu, il y a lieu d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à M. et Mme D... un titre de séjour « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l’attente, de leur délivrer une autorisation provisoire de séjour. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.


Sur les frais de justice :


7. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros à verser au conseil des époux D..., à charge pour Me Chartier de renoncer à la part contributive de l’Etat, sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.






D E C I D E :


Article 1er : Les arrêtés du préfet des Bouches-du-Rhône du 7 mai 2025 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à M. et Mme D... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l’attente, de leur délivrer une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L’Etat versera la somme de 1 500 euros à Me Chartier au titre des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme D..., à Me Chartier et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Marseille.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. Salvage, président,
Mme Arniaud, première conseillère,
Mme Fayard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2026.


L’assesseure la plus ancienne,

Signé

C. ARNIAUD







Le président-rapporteur

Signé

F. SALVAGE

Le greffier

Signé

F. BENMOUSSA


La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,




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