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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2508209

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2508209

jeudi 29 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2508209
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMOUSSA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en formation collégiale, a examiné le recours pour excès de pouvoir de M. B..., ressortissant algérien, contre un arrêté préfectoral du 19 mai 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et lui interdisant un retour pour deux ans. La juridiction a annulé l'arrêté au motif que le préfet avait commis une erreur de droit en se fondant sur l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que M. B... justifiait avoir engagé des démarches de renouvellement de son titre de séjour avant son expiration. La solution retenue est l'annulation de l'obligation de quitter le territoire, de la décision fixant le pays de destination et de l'interdiction de retour, en application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête, enregistrée le 16 juin 2025, M. A... B..., représenté par Me Moussa, demande au tribunal :


1°) d’annuler l’arrêté du 19 mai 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l’a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure et lui a interdit de revenir sur le territoire pendant deux ans ;


2°) d’ordonner le retrait du signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen ;


3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ;


4°) de l’admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.


Il soutient que :

- son droit à être entendu a été méconnu ;
- le signataire de l’arrêté était incompétent ;
- l’arrêté est insuffisamment motivé ;
- il justifie avoir engagé des démarches en vue de la régularisation de sa situation ;
- l’arrêté est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de sa situation personnelle et professionnelle ;

En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
- sa présence ne représente pas une menace à l’ordre public ;

En ce qui concerne l’interdiction de retour :
- sa présence ne représente pas de menace à l’ordre public ;
- la décision est disproportionnée et méconnaît les dispositions de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


La requête a été communiquée au préfet des Bouches-du-Rhône qui n’a pas produit de mémoire.

M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 1er août 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendues au cours de l’audience publique, après présentation du rapport, les observations de Me Moussa, représentant M. B....


Considérant ce qui suit :


Par un arrêté du 19 mai 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône a obligé M. B..., ressortissant algérien, à quitter le territoire français sans délai sur le fondement de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, a fixé le pays de destination de cette mesure et lui a interdit de revenir sur le territoire pour une durée de deux ans. M. B... demande l’annulation de cet arrêté.


Sur la demande d’admission à l’aide juridictionnelle provisoire :

M. B... a été admis à l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle du 1er août 2025. Il n’y a donc pas lieu de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.


Sur la légalité de l’arrêté :

Aux termes de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. Lorsque, dans le cas prévu à l'article L. 431-2, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être prise sur le fondement du seul 4° ».

Pour obliger M. B... à quitter le territoire français sans délai, le préfet des Bouches-du-Rhône s’est fondé sur la circonstance que l’intéressé n’avait pas demandé le renouvellement de son titre de séjour valable du 28 août 2023 au 27 août 2024 et qu’il s’est maintenu sur le territoire plus d’un mois après l’expiration de ce titre.

En l’espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B... a reçu un courriel de réponse automatique de la préfecture des Bouches-du-Rhône le 6 juin 2024 indiquant les démarches à suivre pour les courriels de demandes de titres et les démarches relatives à ces demandes, qu’il a présenté plusieurs demandes de titre de séjour le 13 août et le 22 octobre 2024 aux fins de renouvellement du certificat de résidence algérien portant la mention « vie privée et familiale » qu’il possédait et qu’il a également reçu une lettre de la préfecture des Bouches-du-Rhône du 15 octobre 2024 indiquant que les demandes de titre de séjour pour raisons de santé font l’objet d’une procédure dématérialisée et confirmant le dépôt d’une demande le 19 août 2024. Au regard de ces éléments, qui ne sont pas contestés par le préfet des Bouches-du-Rhône qui n’a pas produit de mémoire en défense, et dès lors que M. B... justifie avoir demandé le renouvellement du titre de séjour temporaire qui lui a été délivré, le préfet des Bouches-du-Rhône ne pouvait légalement prendre à l’encontre de ce dernier une obligation de quitter le territoire sans méconnaître les dispositions précitées.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 19 mai 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire pendant deux ans.


Sur les conclusions à fin d’injonction :

Aux termes de l’article L. 911-2 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d’office l’intervention de cette nouvelle décision ». Aux termes de l’article L. 614-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ».

L’annulation de l'obligation de quitter le territoire français contestée implique que le préfet des Bouches-du-Rhône réexamine la situation de M. B... et qu’il délivre à l’intéressé une autorisation provisoire de séjour jusqu’à ce qu’il ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu de prescrire à cette autorité d’y procéder dans le délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu’il y ait lieu d’ordonner une astreinte.


Sur l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :

Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à cette condamnation ».

D’une part, M. B... n’allègue pas avoir exposé de frais autres que ceux pris en charge par l’État au titre de l’aide juridictionnelle totale qui lui a été allouée. D’autre part, l’avocat de M. B... n’a pas demandé que lui soit versée la somme correspondant aux frais exposés qu’il aurait réclamé à son client si ce dernier n’avait bénéficié d’une aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions de la requête tendant à ce qu’il soit mis à la charge de l’État une somme sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D É C I D E :


Article 1er : M. B... n’est pas admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L’arrêté du 19 mai 2025 du préfet des Bouches-du-Rhône est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à M. B... une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa demande dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Me Salim Moussa et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.

Délibéré après l'audience du 7 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président-rapporteur,
Mme Devictor, première conseillère,
Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2026.


L’assesseure la plus ancienne,


Signé


É. Devictor Le président-rapporteur,


Signé


P-Y. Gonneau
La greffière,


Signé


A. Martinez
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,





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