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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2508602

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2508602

mardi 24 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2508602
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10eme Chambre
Avocat requérantGUIDOT-IORIO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de Mme C... visant à annuler un arrêté préfectoral de rejet de sa demande de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La juridiction a jugé que le mémoire en défense de la préfecture était recevable et a écarté les moyens soulevés, notamment celui tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté. La décision s'appuie sur les dispositions du code des relations entre le public et l'administration et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 juillet 2025 et le 14 janvier 2026, Mme A... C..., représentée par Me Guidot-Iorio, demande au tribunal :


1°) de l’admettre provisoirement à l’aide juridictionnelle ;


2°) d’annuler l’arrêté du 11 juin 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande d’admission au séjour, l’a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;


3°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de lui enjoindre de procéder au réexamen de sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;


4°) de mettre à la charge de l’Etat, la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


Elle soutient que :


- le mémoire en défense du préfet doit être écarté des débats en raison de sa production tardive ;

- le signataire de l’arrêté ne justifie pas de sa compétence ;

- l’arrêté est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de sa vie privée et familiale ;

- il est entaché d’une erreur de fait ;

- il méconnait les articles L. 425-1 et L. 425-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors qu’elle est insérée professionnellement.


Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2026, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.


Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.


Par une ordonnance du 21 juillet 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 12 janvier 2026.


Mme A... C... a été admise à l’aide juridictionnelle totale par une décision du 26 août 2025.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code des relations entre le public et l’administration ;

- le code de l’entrée et de séjour des étrangers et du droit d’asile ;

- le code de justice administrative.


La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de M. Pecchioli, président-rapporteur ;



Considérant ce qui suit :


1. Mme C..., ressortissante nigériane née le 5 juin 1991, déclare être entrée en France en 2018. Le 19 novembre 2024, Mme C... a déposé une demande d’admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 11 juin 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande d’admission au séjour, l’a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Elle en demande l’annulation.


Sur l’admission à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle :


2. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ». Mme C... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 26 août 2025. Il n’y a pas lieu, par suite, de l’admettre à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Sur la recevabilité du mémoire en défense :

3. Mme C... soutient dans ses écritures en réplique que le mémoire en défense du préfet des Bouches-du-Rhône, qui a été communiqué, doit être écarté des débats qu’aucune ordonnance prononçant la réouverture de l’instruction n’a été prise. Il résulte toutefois de l’instruction que le mémoire en défense du préfet des Bouches-du-Rhône a été produit le 12 janvier 2026 à 11h50, la clôture de l’instruction intervenant le 12 janvier 2026 à 12h00. La communication, le 14 janvier 2026, de ce mémoire en défense à la requérante a eu pour effet de rouvrir l’instruction, permettant à l’intéressée de répliquer, ce qu’elle a d’ailleurs fait par un mémoire enregistré le 14 janvier 2026 qui a été communiqué. Il suit de là qu’il n’y a pas lieu d’écarter des débats le mémoire en défense du préfet.

Sur les conclusions à fin d’annulation :


4. En premier lieu, par un arrêté n° 13-2025-03-25-00018 du 25 mars 2025 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Bouches-du-Rhône n° 13-2025-099 du lendemain, le préfet a donné délégation à M. D... B..., sous-préfet, secrétaire général de la préfecture, à l’effet de signer les actes de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté litigieux doit être écarté.


5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ». Aux termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ». Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ».


6. L’arrêté contesté vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions applicables du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il expose, par ailleurs, avec suffisamment de précision, les éléments déterminants de la situation personnelle et familiale de la requérante. Dans ces conditions, cet arrêté comporte de manière suffisamment précise, circonstanciée et non stéréotypée, les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est suffisamment motivé.


7. En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

8. Mme C... déclare être entrée en France en 2018 et s’y maintenir depuis. Cependant, elle ne verse aucune pièce antérieure au mois de décembre 2022, si bien que sa présence ne peut être regardée comme établie avant cette date. Si l’intéressée se prévaut de la signature d’un contrat à durée déterminée à temps partiel à compter du 1er novembre 2024 en qualité de manutentionnaire et qu’elle produit quelques fiches de paye, cette insertion professionnelle reste toutefois très récente à la date de l’arrêté contesté. Enfin, l’intéressée est célibataire et sans charge de famille en France, et elle n’établit pas être dépourvue d’attaches familiales dans son pays d’origine où résident, selon les pièces versées au dossier par la requérante elle-même, sa mère et l’ensemble des membres de sa fratrie. Dès lors, l’arrêté litigieux n’a pas porté au droit de l’intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises et n’a donc pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation doit être écarté.


9. En quatrième lieu, le moyen tiré de l’erreur de fait n’est pas assorti des précisions suffisantes permettant d’en apprécier le bien-fondé.


10. En cinquième lieu, aux termes de l’article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui dépose plainte contre une personne qu'il accuse d'avoir commis à son encontre des faits constitutifs des infractions de traite des êtres humains ou de proxénétisme, visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, ou témoigne dans une procédure pénale concernant une personne poursuivie pour ces mêmes infractions, se voit délivrer, sous réserve qu'il ait rompu tout lien avec cette personne, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. Elle est renouvelée pendant toute la durée de la procédure pénale, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites ».


11. Il résulte de ces dispositions que pendant toute la durée de la procédure pénale, la carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » d’une durée d’un an est, sous réserve que sa présence ne constitue pas une menace pour l’ordre public, délivrée de plein droit au ressortissant étranger qui a déposé plainte contre une personne qu’il accuse d’avoir commis à son encontre l’infraction de traite des êtres humains visée à l’article 225-4-1 du code pénal. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C... aurait déposé plainte contre une personne qu’elle accuse d’avoir commis à son encontre l’infraction de traite des êtres humains visée à l’article 225-4-1 du code pénal. Dès lors, elle ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions.


12. En dernier lieu, aux termes de l’article L. 425-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger victime des infractions de traite des êtres humains ou de proxénétisme, visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal qui, ayant cessé l'activité de prostitution, est engagé dans le parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle mentionné à l'article L. 121-9 du code de l'action sociale et des familles, peut se voir délivrer une autorisation provisoire de séjour d'une durée minimale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n’est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée du parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites ». Aux termes de l’article R. 121-12-7 du code de l’action sociale et des familles : « La commission départementale de lutte contre la prostitution, le proxénétisme et la traite des êtres humains aux fins d'exploitation sexuelle est présidée par le préfet du département ou son représentant ». Aux termes de l’article R. 121-12-9 du même code : « Les situations individuelles des personnes qui présentent une demande d'engagement dans un parcours de sortie de la prostitution ou qui en demandent le renouvellement font l'objet d'une instruction par l'association agréée. Celle-ci présente les engagements de la personne concernée, les actions prévues dans le cadre du projet d'insertion sociale et professionnelle, leur durée, les résultats attendus ou réalisés et émet un avis sur sa situation. La commission rend un avis sur la mise en place et le renouvellement des parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle qui lui sont soumis ». Aux termes de l’article R. 121-12-10 du même code : « Après avis de la commission, le préfet de département autorise ou refuse d'autoriser l'engagement de la personne dans le parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle ou son renouvellement. Il lui notifie sa décision, ainsi qu'à l'association en charge de l'instruction de la demande ».


13. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Mme C... n’ayant sollicité son admission au séjour qu’au titre de l’asile, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 425-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté comme inopérant.


14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par Mme C... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et d’astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.







D E C I D E :








Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme C... tendant à son admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C... est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2026 à laquelle siégeaient :

M. Pecchioli, président,
M. Juste, premier conseiller,
Mme Houvet, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2026

L’assesseur le plus ancien,
Signé
C. JUSTE
Le président-rapporteur,
Signé
J-L. PECCHIOLI


La greffière,

Signé

F. FOURRIER

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière







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