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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2508804

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2508804

jeudi 19 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2508804
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDECAUX

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en excès de pouvoir, annule l'arrêté du 10 mars 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé un titre de séjour à Mme A..., ressortissante roumaine, et l'a obligée à quitter le territoire. La solution retenue est fondée sur la méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, l'arrêté attaqué ne comportant ni signature ni mention du nom, prénom et qualité de son signataire. Le tribunal écarte la demande de substitution de l'arrêté du 29 décembre 2025, estimant qu'il n'appartient pas au juge de procéder à une telle substitution. En conséquence, l'arrêté du 10 mars 2025 est annulé sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 juillet 2025, Mme B... A..., représentée par Me Decaux, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 10 mars 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination de cette mesure ;

2°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement ;

3°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Elle soutient que :
- la décision portant rejet de la demande de titre de séjour ne comporte pas les nom, prénom et qualité du signataire ;
- le signataire de l’arrêté était incompétent ;
- la décision portant rejet de la demande de titre de séjour est insuffisamment motivée ;
- sa situation n’a pas fait l’objet d’un examen particulier ;
- en rejetant sa demande de titre de séjour, le préfet a méconnu les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- en rejetant sa demande de titre de séjour, le préfet a fait une inexacte application des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la décision portant rejet de la demande de titre de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.


Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône demande la substitution de la décision du 29 décembre 2025 à celle du 10 mars 2025 et conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.


Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 6 juin 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Gonneau a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

Mme A..., de nationalité roumaine, a présenté, le 30 novembre 2020 puis le 25 juin 2021, une demande d’admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, demande qui a été rejetée le 30 décembre 2021 par le préfet des Bouches-du-Rhône. Saisi d’une requête en annulation à l’encontre de cet arrêté, le tribunal l’a annulé par un jugement du 6 décembre 2024 et a enjoint au préfet de procéder à un nouvel examen de la situation de Mme A.... Par un arrêté du 10 mars 2025, le préfet a de nouveau rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure. Mme A... demande l’annulation de cet arrêté.


Sur la demande de substitution du préfet :

Il n’appartient pas au juge administratif de substituer l’arrêté du 29 décembre 2025 portant rejet de demande de titre de séjour, obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination à l’arrêté du 10 mars 2025 qui comporte des décisions identiques. Par suite, la demande du préfet doit être écartée.


Sur la légalité de l’arrêté :

Aux termes de l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci (…) ».

Il ressort des pièces du dossier que l’arrêté du 10 mars 2025 ne comporte aucune signature et aucune mention des nom, prénom et qualité du signataire. Par suite, Mme A... est fondée à soutenir que l’arrêté a été pris en méconnaissance des dispositions précitées de l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l’administration.


Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A... est fondée à demander l’annulation de l’arrêté du 10 mars 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.


Sur les conclusions à fin d’injonction :

Aux termes de l’article L. 911-2 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d’office l’intervention de cette nouvelle décision ». Aux termes de l’article L. 614-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ».

Il résulte de l’instruction que le préfet des Bouches-du-Rhône a pris un arrêté du 29 décembre 2025 portant rejet de demande de titre de séjour, obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination. Dans ces conditions, il n’y a pas lieu d’enjoindre au préfet de réexaminer la situation de Mme A....

Sur les conclusions tendant à l’application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Decaux, avocate de Mme A..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, de mettre à la charge de ce dernier le versement de la somme de 1 200 euros à Me Decaux au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : L’arrêté du 10 mars 2025 du préfet des Bouches-du-Rhône est annulé.

Article 2 : Sous réserve que Me Decaux renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, ce dernier versera une somme de 1 200 euros à Me Séverine Decaux, avocate de Mme A..., en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A..., à Me Séverine Decaux et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.

Délibéré après l'audience du 29 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président-rapporteur,
Mme Devictor, première conseillère,
Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 février 2026.


L’assesseure la plus ancienne,


Signé


É. Devictor Le président-rapporteur,


Signé


P-Y. Gonneau
La greffière,


Signé

S. Zerari
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,



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