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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2509471

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2509471

mardi 3 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2509471
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDECAUX

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille rejette la requête de M. A... C... visant à annuler un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF) avec interdiction de retour. La juridiction estime que l'arrêté, pris par une autorité compétente en vertu d'une délégation de signature, est suffisamment motivé et que le préfet n'était pas tenu d'examiner une éventuelle admission exceptionnelle au séjour. Elle considère également que l'éloignement ne méconnaît pas l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, l'intéressé n'ayant pas démontré l'existence de liens familiaux stables en France.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 juillet 2025, M. A... C..., représenté par Me Decaux, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 4 juillet 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée d’un an ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l’arrêté pris dans son ensemble :
- il a été pris par une autorité incompétente ;
- il est entaché d’insuffisance de motivation révélant un défaut d’examen particulier de sa situation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire :
- elle est illégale dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale ;
- elle méconnait les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est entachée d’erreur manifeste d’appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en tant que la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation.


Par une ordonnance du 15 septembre 2026, la clôture de l’instruction a été fixée au 19 janvier 2026.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés
fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience,


Les parties n’étant ni présentes, ni représentées.


A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de M. Salvage, président rapporteur.


Considérant ce qui suit :

1. M. A... C..., ressortissant algérien, né le 3 décembre 1991, déclare être entré sur le territoire français en décembre 2022 et s’y être maintenu depuis. Il a été interpellé le 3 juillet 2025 en situation irrégulière. Par un arrêté du 4 juillet 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour pour une durée d’un an.


Sur les conclusions à fin d’annulation :


En ce qui concerne l’arrêté pris dans son ensemble :


2. En premier lieu, Mme D... B..., adjointe à la cheffe du bureau de l’éloignement, du contentieux et de l’asile, qui a signé l’arrêté attaqué, bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature accordée par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 5 février 2025, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l’arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l’arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application et mentionne les considérations de fait sur lesquelles il se fonde. Il ne ressort pas, par ailleurs, de cette motivation et des pièces du dossier que le préfet n’aurait pas procédé, compte tenu des informations en sa possession à la date de l’arrêté attaqué, à un examen particulier de la situation personnelle de l’intéressé. En tout état de cause, si l’intéressé soutient que le préfet des Bouches-du-Rhône n’aurait pas examiné les conditions lui permettant d’obtenir la délivrance d’un titre de titre de séjour, notamment au regard de l’admission exceptionnelle, celui-ci n’était pas tenu de procéder à un tel examen. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ;2° Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ». Pour l’application de ces stipulations, l’étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d’apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu’il a conservés dans son pays d’origine.

5. Il ressort des pièces du dossier que si M. C... soutient s’être maintenu sur le territoire depuis décembre 2022, il n’établit tout au mieux, par les pièces produites, qu’une présence ponctuelle. En outre, il est dépourvu de toutes attaches familiales en France et se borne à soutenir qu’il s’y serait constitué un réseau d’amis, alors qu’il n’établit pas être dépourvu de toutes attaches dans son pays d’origine où il a vécu l’essentiel de son existence. Il ne produit en outre aucun élément permettant d’établir une intégration socio-professionnelle effective. Dans ces conditions, en lui faisant obligation à quitter le territoire français, le préfet des Bouches-du-Rhône n’a pas porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de l’intéressé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ne saurait être accueilli.





En ce qui concerne la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui a été exposé précédemment que le requérant ne peut utilement se prévaloir de l’exception d’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l’encontre de la décision refusant l’octroi d’un délai de départ volontaire.

7. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : (…) 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ». Aux termes de l’article L. 612-3 du même code : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; (…) ».

8. Il ressort des pièces du dossier que M. C... est entré irrégulièrement sur le territoire français et n’a pas sollicité de titre de séjour. Par suite en obligeant l’intéressé à quitter le territoire sans délai, le préfet des Bouches-du-Rhône n’a pas méconnu les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n’a pas entaché sa décision d’erreur manifeste d’appréciation.

En ce qui concerne la décision portant refus d’un délai de départ volontaire :
9. Il résulte de ce qui a été exposé précédemment que le requérant ne peut utilement se prévaloir de l’exception d’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l’encontre de la décision refusant l’octroi d’un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
10. Le requérant se borne à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait refusé de prendre en considération l’existence de circonstances humanitaires pour apprécier sa situation. Or, M. C... s’est maintenu sur le territoire en situation irrégulière sans formuler de demande de titre de séjour. Par les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d’annulation présentées par M. C... doivent être rejetées.


Sur les frais de justice :


12. L’Etat n’étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. C... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.




D E C I D E :




Article 1er : La requête M. C... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et au préfet des Bouches-du-Rhône.


Délibéré après l'audience du 9 février 2026, à laquelle siégeaient :

M. Salvage, président,
Mme Arniaud, première conseillère,
Mme Fayard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mars 2026.

L’assesseure la plus ancienne,

Signé

C. ARNIAUD





Le président-rapporteur
Signé
F. SALVAGE

La greffière

Signé

S. BOUCHUT


La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,

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