Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 juin 2025 au greffe du tribunal administratif de Toulon et transmise par ordonnance de renvoi n° 2502475 du 30 juillet 2025 au tribunal administratif de Marseille, M. A... B..., représenté par Me Chaussade, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 10 juin 2025 par lequel le préfet du Var l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de son éloignement et lui a interdit de retourner sur le territoire national pendant une durée d’un an ;
2°) d’enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l’attente de l’examen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 400 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision contestée est entachée d’une insuffisance de motivation ;
- la décision contestée est entachée d’un défaut d’examen sérieux de sa situation personnelle ;
- la décision contestée porte une atteinte excessive au droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiqué le 9 septembre 2025 au préfet du Var qui n’a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance du 9 septembre 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 3 février 2026.
En application de l’article R. 613-1-1 du code de justice administrative, le préfet des Bouches-du-Rhône a été invité, par un courrier du 16 février 2026, à produire le dossier de demande de titre de séjour déposé par M. B... le 9 juin 2025.
Vu le courrier du 18 février 2026 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône informe le tribunal qu’aucun dossier n’a été enregistré par ses services et que le dossier de l’intéressé est toujours détenu par la préfecture du Var. Ce courrier a été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Coppin, rapporteure,
- et les observations de Me Chaussade, représentant M. B..., présent à l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B..., ressortissant algérien né le 21 décembre 1996, a été interpellé le
9 juin 2025 en situation irrégulière par les services de la police nationale de Toulon. Par un arrêté du 10 juin 2025, dont il est demandé l’annulation, le préfet du Var l’a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de son éloignement et lui a interdit de retourner sur le territoire national pendant une durée d’un an.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. En premier lieu, l’arrêté contesté vise, notamment, les dispositions pertinentes du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Il fait également état des motifs de fait relatifs à la situation de M. B... de nature à justifier la décision attaquée, en rappelant notamment les conditions de son entrée sur le territoire et de son interpellation, sa situation personnelle et la circonstance qu’il ne justifie pas d’une vie familiale ancienne et intense en France. S’agissant de la décision de refus d’octroi du bénéfice du délai de départ volontaire, il ressort des termes de l’arrêté que le préfet a fondé sa décision sur l’existence d’un risque que l’intéressé se soustraie à la présente obligation de quitter le territoire dès lors qu’il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, a, lors de son audition par les services de police, déclaré son intention de ne pas se conformer à une obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, l’arrêté précise que l’intéressé ne présente pas de garanties de représentation suffisantes parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité et qu’il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. La circonstance que le préfet ait fait état que M. B... ne justifie pas d’une entrée régulière sur le territoire français ni d’une résidence effective n’est pas, par elle-même, de nature à l’entacher d’une insuffisance de motivation. Dans ces conditions, l’arrêté en litige comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et suffit à mettre utilement en mesure le requérant de discuter et le juge de contrôler les motifs de cet arrêté. Par suite, le moyen doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, le requérant soutient que l’obligation de quitter le territoire français serait illégale dès lors que le préfet du Var n’aurait pas tenu compte de sa demande de titre de séjour, effectuée le 9 juin 2025, auprès des services de la préfecture des Bouches-du-Rhône. Toutefois, en se bornant à produire la copie d’un envoi d’une lettre recommandée, déposée le
9 juin 2025, par l’intermédiaire du service lettre recommandée en ligne de La Poste sans justifier ni du contenu de ce courrier, ni de sa bonne réception par les services de la préfecture des Bouches-du-Rhône. De plus, le préfet des Bouches-du-Rhône en réponse à une mesure d’instruction, a informé le tribunal n’avoir reçu une demande de titre de séjour de l’intéressé. Dès lors,
M. B... n’établit pas la réalité du dépôt d’une demande de titre de séjour. En outre, si dans sa requête, le requérant soutient être entré sur le territoire français le 10 février 2023, muni d’un visa de type C, versé au dossier, il ressort également des pièces produites, notamment de sa demande d’admission exceptionnelle au séjour, qu’il a déclaré aux services de police être entré en France sans visa le 12 octobre 2023. Dans ces conditions, et compte tenu de ses déclarations contradictoires et à l’absence d’éléments probants concordants, le requérant n’est pas fondé à soutenir que le préfet du Var aurait entaché sa décision d’un défaut d’examen réel et sérieux de sa situation. Par suite, le moyen doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2°) Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ». Pour l’application de ces stipulations, l’étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d’apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu’il a conservés dans son pays d’origine.
5. M. B... soutient qu’il entretient une relation avec une ressortissante française, depuis plus d’un an à la date de la décision attaquée et avec laquelle il s’est marié religieusement en mars 2025. Toutefois, cette relation est récente et ne saurait démontrer l’ancrage privé et familial en France que M. B... invoque. Par ailleurs, si le requérant fait valoir qu’il a créé, en
janvier 2024, une entreprise de travaux d’installations électrique, cette insertion professionnelle, pour louable qu’elle soit, présente également un caractère récent. Dans ces conditions,
M. B... n’est pas fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet du Var l’a obligé à quitter le territoire français aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En conséquence, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B... doit être rejetée en toutes ses conclusions y compris celles à fin d’injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Me Chaussade, au préfet du Var et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.
Délibéré après l'audience du 27 février 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Lopa-Dufrénot, présidente,
Mme Coppin, première conseillère,
Mme Ridings, première conseillère,
Assistées de M. Alloun, greffier.
Rendu public après mise à disposition au greffe le 24 mars 2026.
La rapporteure,
signé
C. Coppin
La présidente,
signé
M. Lopa-Dufrénot
Le greffier,
signé
S. Alloun
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier.