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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2510160

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2510160

mercredi 25 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2510160
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBARA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. D..., un ressortissant algérien, visant à annuler un arrêté préfectoral de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait ni l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ni l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, au regard de la courte durée de séjour et de l'absence d'intégration familiale ou sociale établie en France. Le tribunal a ainsi jugé que le préfet n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant la délivrance d'un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 août 2025 sous le n° 2510160, M. B... D..., ayant pour avocat Me Bara, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du préfet des Alpes-de-Haute-Provence en date du 24 mars 2025 portant refus de délivrance d’un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français avec un délai de départ volontaire de 30 jours, et fixation du pays de destination de la mesure d’éloignement, ensemble la décision implicite rejetant son recours hiérarchique du 26 mai 2025 ;

2°) d’enjoindre à cette autorité, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. D..., de nationalité algérienne, soutient, outre que sa requête est recevable, que les décisions attaquées :
-sont entachées d’une insuffisante motivation ;
-méconnaissent l’article 6, 5) de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, en étant entachées d’une erreur manifeste d’appréciation.
Par un mémoire enregistré le 10 février 2026, le préfet des Alpes-de-Haute-Provence conclut au rejet de la requête, en soutenant que les moyens de M. D... ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
-l’accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire, relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, complété par un protocole, deux échanges de lettres et une annexe, modifié, signé à Alger le 27 décembre 1968 ;
-le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
-le code des relations entre le public et l'administration ;
-le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Brossier.



Considérant ce qui suit :

1. M. D..., de nationalité algérienne, demande au tribunal d’annuler l'arrêté en date du 24 mars 2025 du préfet des Alpes-de-Haute-Provence portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de 30 jours et fixant le pays de destination de la mesure d’éloignement, ainsi que la décision implicite rejetant son recours hiérarchique du 26 mai 2025.


Sur les conclusions aux fins d’annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (…) ». Aux termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ».

3. Il ressort de la lecture même de l'arrêté attaqué du 24 mars 2025, d’une part, qu’il vise les textes utiles sur lesquels il se fonde, notamment l’article 6, 5) de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, d’autre part, qu’il comporte des motifs de fait non stéréotypés, incluant notamment la date de naissance de M. D..., la date de son entrée sur le territoire français, l’absence d’intégration sociale ou professionnelle en France, sa situation de célibataire sans enfant et le fait que son frère peut aider sa mère en situation de handicap.

4. Dans ces conditions, le préfet n’étant pas tenu de mentionner tous les éléments caractérisant la vie privée et familiale en France de l’intéressé, l'arrêté attaqué du 24 mars 2025, qui ne révèle aucun défaut d’examen, est ainsi suffisamment motivé en droit et en fait. Il en résulte que le moyen tiré d’une insuffisante motivation des décisions attaquées doit être écarté, l’intéressé n’ayant au demeurant formé aucune demande de motivation de la décision implicite de rejet qu’il conteste.

5. En second lieu, aux termes de l’article 6 de l’accord franco--algérien susvisé : « (…) Le certificat de résidence d’un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : (…) 5) au ressortissant algérien, qui n’entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d’autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus (…) ». Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (…) ».

6. Il ressort des pièces du dossier que M. D..., né en novembre 1992, est entré en France en juin 2023, seulement. Il est célibataire sans charge de famille en France et n’établit pas être dépourvu de toutes attaches, personnelles ou familiales, dans son pays d’origine où il a vécu jusqu’à l’âge de 30 ans. Titulaire d’un master algérien en génie civil délivré en 2017, il ne démontre aucune insertion sociale ou professionnelle particulière en France. Il n’établit pas que sa présence sur le territoire français serait indispensable pour aider au quotidien sa mère Mme C... A... présentant une pathologie respiratoire invalidante, puisqu’il indique lui-même que résident régulièrement en France un frère, fils de Mme C... A..., et cinq tantes, soeurs de Mme C... A....

7. Dans ces circonstances, nonobstant la présence en France des membres de sa famille susmentionnés, nonobstant également l’absence de menace à l’ordre public, M. D... n'est fondé à soutenir, ni que l'arrêté attaqué aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris et aurait ainsi méconnu les dispositions de l’article 6,5 ) précité ou stipulations de l'article 8 précité, ni que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. D... n’est pas fondé à demander l’annulation des décisions attaquées.


Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

9. L’article L. 911-1 du code de justice administrative dispose que : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution (…) ». Aux termes de l’article L. 911-2 du même code : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé (…) ».

10. Les conclusions aux fins d’annulation de M. D... étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d’injonction sous astreinte doivent l’être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d’exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.


Sur les frais liés au litige :

11. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ».

12. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.







D E C I D E :







Article 1er : La requête de M. D... est rejetée.



Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... D... et au préfet des Alpes-de-Haute-Provence.


Délibéré après l’audience du 5 mars 2026, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,
Mme Caselles, première conseillère,
Mme Pouliquen, conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2026.


L’assesseure la plus ancienne,


signé


Caselles
Le président,


signé


J.B. Brossier
Le greffier,


signé


P. Giraud


La République mande et ordonne au préfet des Alpes-de-Haute-Provence, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,




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