Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 septembre 2025, Mme A... B..., représentée par
Me Michel, demande au juge des référés :
1°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 23 juillet 2025 par laquelle le président-directeur général du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) a prononcé sa mutation à compter du 25 août 2025 au sein de l’UMR 7376-LCE à Marseille ;
2°) d’enjoindre au Centre national de la recherche scientifique, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de procéder à sa réaffectation à titre provisoire au sein de l’UMR 7294-MOI et de reconstituer sa carrière ainsi que ses droits sociaux, dont ses droits à pension, dans le délai d’un mois à compter du prononcé de l’ordonnance ;
3°) de mettre à la charge du Centre national de la recherche scientifique une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l’urgence :
- la décision contestée s’inscrit dans un contexte très contentieux et ayant pour effet non seulement une mutation mais également faire échec à sa réintégration suite à son congé maladie soit d’une résistance abusive de son employeur ;
- la décision contestée contribue à la placer dans une situation de grande précarité financière et sociale ;
- la décision contestée impacte fortement son état de santé ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la décision contestée constitue une mutation d’office et non un simple changement d’affectation ou un reclassement dans la mesure où elle est dans l’attente de l’exécution des arrêts n°19MA00650 du 8 juillet 2020 annulant la décision l’intégrant dans la catégorie des personnels hors structures CNRS et n°23MA01462 du 5 décembre 2023 enjoignant sa réintégration dans ses cadres avec son affectation sur un poste correspondant à son grade et de reconstituer sa carrière ainsi que ses droits sociaux dont ses droits à pension ;
- la décision contestée ne fait aucune mention sur la nature du poste d’affectation faisant obstacle à l’appréciation des incidences sur sa carrière ;
- la décision contestée entraine une perte de responsabilité et d’indemnité ;
- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente, l’acte ayant été signé par le délégué régional, et non le président du CNRS ;
- la décision contesté a été prise en méconnaissance des lignes directrices de gestion relatives à la mobilité des personnels chercheurs, ingénieurs et techniciens du CNRS dès lors qu’elle avait, à plusieurs reprises, présenté sa candidature à des postes dans le cadre de la procédure de mobilité ;
- la décision contestée n’a pas procédé à la saisine régulière du conseil médical, le médecin du travail n’ayant pas été informé ;
- elle n’a pas été en mesure de pouvoir consulter son dossier avant l’intervention de la décision contestée ;
- la décision contestée a été prise en méconnaissance de la chose jugée attachée, d’une part, au jugement n°1808344 du tribunal administratif de Marseille du 1er avril 2021, et d’autre part à l’arrêt n°19MA00650 de la cour administrative d’appel de Marseille du 8 juillet 2020 ;
- la décision contestée est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation des dispositions de l’article L. 512-16 du code général de la fonction publique dès lors que la décision de mutation n’est pas précise sur le poste d’affectation, que les réserves émises par le conseil médical ne sont pas reprises, qu’elle n’a pas été prise dans l’intérêt du service ;
- la décision contestée constitue une sanction déguisée.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 23 septembre 2025 et le 7 octobre 2025, le Centre national de la recherche scientifique, représenté par Me Meier-Bourdeau, conclut au rejet de la requête et à ce qu’il soit mis à la charge de Mme B... la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la condition d’urgence n’est pas satisfaite ;
- aucun des moyens n’est de nature à faire naître un doute sur la légalité de l’arrêté attaqué.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 9 septembre 2025 sous le numéro 2510831 par laquelle
Mme B... demande l’annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Micheline C..., vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l’audience publique du 7 octobre 2025.
Au cours de l’audience publique, tenue en présence de M. Alloun, greffier d’audience, Mme Lopa-Dufrénot, juge des référés, a lu son rapport et entendu les observations de :
- Me Michel, représentant Mme B... qui conclut aux mêmes fins que ses écritures, par les mêmes moyens, qu’il développe, notamment la condition d’urgence au regard de l’intention du CNRS d’empêcher sa réintégration, de sa situation de santé à laquelle a contribué la décision en litige ainsi qu’en ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de celle-ci ;
- Mme B... qui expose que l’avis d’aptitude la concernant intervenu en 2016 n’a pas été réactualisé, la décision en litige la place de nouveau hors structure CNRS, la même mesure ayant été annulée en 2020 et que les compétences professionnelles nécessaires à l’emploi où elle est affectée sont incompatibles avec son état de santé ;
- et Me Meir-Bourdeau, représentant le CNRS qui reprend ses conclusions par les mêmes moyens, confirmant l’absence d’urgence, relevant l’inexistence du poste où Mme B... souhaite être affectée, le contexte dans lequel est intervenu l’acte en cause.
La clôture d’instruction a été prononcée à l’issue des débats de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1.Par décision du 23 juillet 2025, le président-directeur général du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) a prononcé la mutation de Mme B... fonctionnaire titulaire, ingénieure d’études à compter du 25 août 2025 au sein de l’UMR7376-LCE à Marseille. Celle-ci demande, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension des effets de cette mesure.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ». En vertu de l’article L. 522-1 du même code, le juge des référés statue au terme d’une procédure contradictoire écrite ou orale. Enfin, le premier alinéa de l’article R. 522-1 de ce code ajoute que la requête visant au prononcé de mesures d’urgence doit justifier de l’urgence de l’affaire.
3. La condition d’urgence à laquelle est subordonné le prononcé d’une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande tendant à la suspension d’une telle décision, d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier, ou le cas échéant des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue.
4. A l’appui de son recours, afin de justifier l’urgence de sa situation, Mme B... soutient que la décision en litige, d’une part, prise en méconnaissance de décisions juridictionnelles, a pour but de faire échec à sa réintégration, d’autre part, emporte des conséquences financières sur sa situation aggravant sa précarité et, enfin, n’est pas adaptée à son état de santé fragile dont elle accentue l’altération.
5. Il résulte de l’instruction qu’à la suite de la fin du congé maladie de Mme B..., consécutif à l’accident dont elle a été victime le 12 décembre 2014, reconnu imputable au service, en vue de sa reprise, au cours de l’année 2016, des mesures adoptées par son employeur ont pu, pour certaines d’entre elles être annulées. Notamment, la cour administrative d’appel de Marseille a, par arrêt n°19MA00650 du 8 juillet 2020, annulé la décision du président du CNRS du
10 novembre 2016 l’ayant placée dans la catégorie des personnels hors structures CNRS de la délégation Provence et Corse et, par arrêt n° 23MA01462 du 5 décembre 2023, annulé la décision de la même autorité la radiant des cadres. Par ailleurs, la cour a, par ces décisions, enjoint à l’employeur de procéder à la réintégration de l’intéressée sur un poste correspondant à son grade et de reconstituer sa carrière ainsi que ses droits sociaux dont ses droits à pension. Les demandes d’exécution présentées à la demande de la requérante, auprès de la Cour au cours de l’année 2025, sont en cours d’instruction.
6. Il résulte de la même instruction, notamment des écritures du CNRS que la décision en litige s’inscrit dans le cadre des mesures d’exécution lui incombant. En outre, celle-ci a été prise au terme de l’instruction menée à la suite de la demande formulée par Mme B... tendant à sa réintégration à temps partiel thérapeutique et après avis favorable émis par le conseil médical spécial du 15 mars 2025 pour une durée de trois mois. Est prononcée la mutation de celle-ci au sein du laboratoire de chimie de l’environnement UMR7376 sur un poste d’ingénieur en techniques d’analyses chimiques tel que porté à sa connaissance.
7. En premier lieu, l'administration a l'obligation de placer ses agents dans une position régulière. Ainsi qu’il a été dit précédemment, la mesure a fait droit à la demande de la requérante de procéder à sa réintégration à temps partiel thérapeutique, après avis favorable du conseil médical, dans l’attente de l’avis du médecin du travail sur la « quotité et l’organisation du temps de travail » ainsi que le précise le courrier d’accompagnement de la décision contestée. Dès lors, l’acte en litige ne peut être regardé, par lui-même, comme ayant pour effet d’évincer Mme B... du service. De plus, contrairement à ce que soutient la requérante, cet acte n’a pas pour objet de la réintégrer nécessairement à temps plein.
8. En deuxième lieu, il résulte de l’instruction que, le 22 août 2025, à sa demande,
Mme B... a été, à la date de la présente ordonnance, placée en congé maladie jusqu’au
30 octobre prochain. Si l’intéressée reproche au CNRS l’édiction de mesures illégales ayant fait l’objet d’annulations contentieuses et son abstention de la placer dans une situation légale et règlementaire régulière, elle admet, alors qu’elle n’a pas repris ses fonctions depuis de nombreuses années, percevoir un traitement mensuel net de près de 1 040 euros. La décision de mutation ne peut donc être regardée comme ayant, par elle-même, des incidences sur sa situation financière préexistante, telles qu’elles sont reprochées.
9. En dernier lieu, il résulte de la même instruction que le médecin du travail n’a pas, à la date de la présente ordonnance, été amené à définir la quotité de travail, ni les modalités d’organisation du temps de travail de Mme B.... Par ailleurs, il résulte des termes des certificats médicaux dressés les 1er septembre et 1er octobre 2025 que l’intéressée ayant la qualité de travailleur handicapé est affectée de plusieurs pathologies susceptibles d’affecter si ce n’est son aptitude professionnelle, du moins ses conditions de travail qu’il appartiendra au médecin du travail d’apprécier. Compte tenu de ces éléments, la décision en cause ne peut, à la date de la présente ordonnance, pas davantage être regardée par elle-même comme ayant objet ou pour effet d’affecter la requérante sur un poste incompatible avec son état de santé. Mme B... ne saurait, au demeurant, se prévaloir de la privation de droits sociaux, tels que des congés annuels, étrangère à l’objet de la mesure contestée.
10. Il suit de tout ce qui précède que les éléments et circonstances dont se prévaut
Mme B... ne sont pas de nature à justifier de l’urgence qui s’attacherait à la suspension des effets de la décision du président-directeur général du CNRS du 23 juillet 2025. Par suite, les conclusions à fin de suspension présentées et par voie de conséquence, celles à fin d’injonction ainsi que celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées. Par ailleurs, il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de Mme B... la somme que le CNRS demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du CNRS présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B... et au Centre national de la recherche scientifique.
Fait à Marseille, le 13 octobre 2025.
La juge des référés,
signé
M. C...
La République mande et ordonne au ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier.