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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2511623

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2511623

lundi 20 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2511623
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantIBRAHIM

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A..., ressortissant tunisien, contestant l'arrêté préfectoral du 11 août 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour pour deux ans. La requête a été jugée manifestement infondée sur le fondement de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence du signataire, celui-ci bénéficiant d'une délégation régulière, et a jugé inopérants les moyens relatifs à l'absence de délai de départ volontaire, les motifs retenus par le préfet (entrée irrégulière, absence de demande de titre, déclaration de maintien) étant suffisants. Enfin, la décision d'interdiction de retour a été validée, le préfet ayant suffisamment motivé sa durée au regard des critères de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 septembre 2025, M. B... A..., représenté par Me Ibrahim, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 11 août 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l’a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure et lui a interdit de revenir sur le territoire pendant deux années ;

2°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l’État le versement de la somme de 1 500 euros à Me Ibrahim au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Vu :
les autres pièces du dossier ;
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
le code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

Par un arrêté du 11 août 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône a obligé M. A..., ressortissant tunisien, à quitter le territoire français sans délai sur le fondement du 1° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, a fixé le pays de destination de cette mesure et lui a interdit de revenir sur le territoire pour une durée de deux années. M. A... demande l’annulation de cet arrêté.

Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : « (...) les présidents de formation de jugement des tribunaux (...) peuvent, par ordonnance : (…) 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. (…) ».

Mme C..., adjointe à la cheffe du bureau de l’éloignement, du contentieux et de l’asile, qui a signé l’arrêté attaqué, bénéficiait à cet effet d’une délégation de signature accordée par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 17 juillet 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de la décision attaquée est manifestement infondé.

Aux termes de l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : (…) 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ». Aux termes de l’article L. 612-3 du même code : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour (…) 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français (…) 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce (…) qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (…) ».

Le préfet des Bouches-du-Rhône n’a pas accordé de délai de départ volontaire à M. A... aux motifs qu’il était entré irrégulièrement en France et n’avait pas demandé un titre de séjour, qu’il avait déclaré vouloir se maintenir en France et qu’il ne justifiait pas d’un lieu de résidence permanent. Par suite, en premier lieu, les moyens tirés de ce que M. A... justifie de son identité et n’a pas fait l’objet d’une précédente mesure d’éloignement sont inopérants dès lors qu’ils n’ont pas de rapport avec les motifs de la décision. En second lieu, dès lors que M. A... ne conteste pas les motifs tirés de ce qu’il est entré irrégulièrement en France et n’a pas demandé un titre de séjour et de ce qu’il a déclaré vouloir se maintenir en France, de nature à fonder à eux-seuls la décision, le moyen tiré de ce qu’il serait hébergé chez un tiers n’est pas de nature à entraîner l’annulation de la décision et est, dès lors, inopérant.

Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français (…) ».

Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

La décision d’interdiction de retour est fondée sur ce que M. A... ne justifie pas résider en France depuis l’année 2020, ni de ses liens avec la France, dès lors qu’il est célibataire et sans enfants et ne justifie pas être dépourvu d’attaches personnelles et familiales dans son pays d’origine. Dès lors que le préfet des Bouches-du-Rhône n’a pas retenu l’existence d’une menace pour l’ordre public, le moyen tiré de ce critère n’apparaît pas dans la motivation de la décision est inopérant. La circonstance que M. A... justifie d’une adresse et de son identité est sans influence sur la légalité de cette décision qui n’est pas fondée sur ces motifs.

Aux termes de l’article 7 de la loi du 10 juillet 1991 : « L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive en raison notamment du nombre des demandes, de leur caractère répétitif ou systématique (…) ». Il résulte de ce qui précède qu’il n’y a pas lieu d’admettre M. A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d’annulation de M. A... doivent être rejetées. Par voie de conséquence, la demande présentée au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doit être rejetée.


O R D O N N E :

Article 1er : La requête est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et à Me Sophie Ibrahim.


Le président de la 3ème chambre,

Signé

P-Y. Gonneau


La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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