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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2512575

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2512575

vendredi 21 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2512575
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantRIOU

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer Mme B..., bénéficiaire de la protection subsidiaire, afin de lui remettre le titre de voyage dont la délivrance lui avait été accordée le 29 octobre 2024. Le juge a considéré que l'absence de remise effective de ce titre portait une atteinte grave et urgente à sa liberté d'aller et venir, droit fondamental corollaire de la protection subsidiaire prévue aux articles L. 561-10 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La solution retenue ordonne la convocation sous quinze jours et la remise du titre sous un mois, sous astreinte.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 octobre 2025, Mme C... B..., représentée par Me Riou, demande au juge des référés :

1°) sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de la convoquer afin de lui remettre effectivement le titre de voyage qui lui a été accordé par décision du 29 octobre 2024, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requête a été communiquée au préfet des Bouches-du-Rhône et au préfet du Var qui n’ont pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la décision du 1er juillet 2024 du président du tribunal désignant M. D... pour exercer les fonctions de juge des référés prévues au livre V du code de justice administrative.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.




Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. »

2. Ressortissante irakienne née le 8 juin 1969, Mme A... B... s’est vu accorder le bénéfice de la protection subsidiaire. Une carte de résident valable jusqu’au 20 novembre 2029 lui a alors été délivrée. Elle a sollicité au cours du mois de mars 2024 la délivrance d’un titre de voyage. L’intéressée a été informée le 29 octobre 2024 de ce que sa demande était acceptée et de ce qu’un nouveau titre de voyage était en cours de fabrication et allait lui être prochainement remis, sur convocation en préfecture et acquittement du montant de la taxe exigible. En dépit de relances effectuées le 10 février 2025 et le 13 octobre 2025, Mme A... B... n’a pas été mise en possession du titre de voyage. Elle demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de la convoquer afin de lui remettre effectivement le titre de voyage qui lui a été accordé par décision du 29 octobre 2024.

3. Aux termes de l’article L. 561-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « A moins que des raisons impérieuses de sécurité nationale ou d'ordre public ne s'y opposent, l'étranger titulaire d'un titre de séjour en cours de validité auquel le bénéfice de la protection subsidiaire a été accordé en application de l'article L. 512-1 qui se trouve toujours sous la protection de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut se voir délivrer un document de voyage dénommé " titre d'identité et de voyage " l'autorisant à voyager hors du territoire français. Ce titre permet à son titulaire de demander à se rendre dans tous les Etats, à l'exclusion de celui ou de ceux dans lesquels il est établi qu'il est exposé à l'une des atteintes graves énumérées au même article L. 512-1. » Aux termes de l’article R. 561-6 du même code : « Les titres de voyage mentionnés à l'article R. 561-5 sont délivrés par le préfet du département où réside habituellement l'étranger (…) ». Aux termes de l’article L. 414-2 : « Tout étranger résidant en France, quelle que soit la nature de son titre de séjour, peut quitter librement le territoire français. » Aux termes de l’article R. 561-11 : « Le titulaire du titre de voyage est réadmis en France sur simple présentation de ce titre en cours de validité. »

4. La liberté d’aller et venir, qui n’est pas limitée au territoire national, comporte le droit de le quitter. Elle a pour corollaire que toute personne bénéficiaire de la protection subsidiaire et placée sous la protection juridique et administrative de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides puisse, sous réserve de motifs impérieux de sauvegarde de la sécurité nationale et de l’ordre public, obtenir, à sa demande, un titre d’identité et de voyage l'autorisant à voyager hors du territoire français.

5. Il ne résulte de l’instruction ni que des raisons impérieuses de sécurité nationale ou d'ordre public s’opposeraient à ce que le préfet compétent mette Mme A... B... en possession du titre d’identité et de voyage dont la délivrance lui avait été annoncée le 29 octobre 2024, ni que ce document de voyage aurait été retiré pour de telles raisons en application des dispositions de l’article L. 561-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

6. L’absence de remise effective de ce titre de voyage empêche Mme A... B... d’exercer son droit de se déplacer hors du territoire français. L’atteinte ainsi portée à sa liberté d’aller et venir constitue une situation d’urgence au sens des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative.

7. Par ailleurs, l’administration ayant informé le 29 octobre 2024 Mme A... B... de ce que sa demande était acceptée, la mesure sollicitée ne fait obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative.

8. Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône et, le cas échéant, au préfet du Var, d’adresser à Mme A... B..., dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une convocation en vue de lui remettre un titre d’identité et de voyage dans le délai d’un mois. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer contre l’Etat, à défaut pour lui de justifier de l’exécution de la présente ordonnance dans un délai de quinze jours à compter de sa notification, une astreinte de 100 euros par jour jusqu’à la date à laquelle cette ordonnance aura reçu exécution.

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme A... B... et non compris dans les dépens.


ORDONNE



Article 1er : Il est enjoint au préfet compétent d’adresser à Mme A... B..., dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une convocation en vue de lui remettre un titre d’identité et de voyage dans le délai d’un mois.

Article 2 : Une astreinte de 100 euros par jour est prononcée à l’encontre de l’Etat s’il n’est pas justifié de l’exécution de la présente ordonnance dans le délai de quinze jours mentionné à l’article 1er. Le préfet des Bouches-du-Rhône et, le cas échéant, le préfet du Var communiqueront au tribunal copie des actes justifiant des mesures prises pour exécuter la présente ordonnance.

Article 3 : L’Etat versera à Mme A... B... une somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C... B... et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera transmise au préfet des Bouches-du-Rhône et au préfet du Var.


Fait à Marseille, le 21 novembre 2025.


Le juge des référés,
Signé
T. D...



La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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