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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2515294

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2515294

lundi 8 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2515294
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLEDESERT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la demande de M. B... et de la société Unicrew management visant à obtenir la délivrance d'un visa de transit. Le juge a considéré que la liberté d'aller et venir, bien que fondamentale, ne confère pas un droit absolu d'accès au territoire français pour les étrangers. En l'espèce, le refus de visa n'a pas porté une atteinte grave et manifestement illégale à cette liberté, dès lors que M. B... ne remplissait pas les conditions exceptionnelles prévues aux articles 35 et 36 du règlement (CE) n° 810/2009 pour obtenir un visa à la frontière. La solution retenue est donc le rejet de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 décembre 2025, M. A... B... et la société Unicrew management, représentés par Me Ledesert, demandent au juge des référés :

1°) sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, d’enjoindre au directeur du service de la police aux frontières du port de Marseille de délivrer un visa de transit à M. B... ;

2°) de mettre à la charge de l’État la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :
- la condition tenant à l’urgence est satisfaite ;
- la décision de refus de délivrer un visa de transit porte atteinte au respect du droit du travail et à la liberté d’aller et de venir ;
- la décision méconnaît les articles 35 et 36 du règlement du 13 juillet 2009 et la règle 2.5 de la convention internationale du travail maritime.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- le règlement (CE) n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas ;
- le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné M. Gonneau, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Au cours de l’audience publique du 8 décembre 2025 tenue en présence de M. Machado, greffier d’audience, M. Gonneau a lu son rapport et a entendu les observations de Me Ledesert, représentant M. B... et la société Unicrew management qui ont conclu aux mêmes fins que leur requête par les mêmes moyens et les observations de deux représentants de la société Interport crew services qui ont confirmé les conditions d’emploi et de navigation dans le cadre du « tramping » et les sujétions, dans ce cadre, relatives à l’obtention des visas.


La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :


Par un courrier électronique du 2 décembre 2025, un major de la police aux frontières a refusé de délivrer un visa de transit à M. B..., ressortissant philippin. Celui-ci, ainsi que son employeur, demande au juge des référés d’enjoindre au directeur des services de la police aux frontières du port de Marseille de délivrer le visa de transit sollicité.

Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ». L’usage par le juge des référés des pouvoirs qu’il tient de ces dispositions est subordonné à la condition qu’une urgence particulière rende nécessaire l’intervention dans les quarante-huit heures d’une mesure destinée à la sauvegarde d’une liberté fondamentale.

La liberté d’aller et venir, composante de la liberté personnelle protégée par les articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, constitue une liberté fondamentale au sens de l’article L. 521-2 du code de justice administrative. Elle s’exerce, en ce qui concerne le franchissement des frontières, dans les limites découlant de la souveraineté de l’État et des accords internationaux et n’ouvre pas aux étrangers un droit général et absolu d’accès sur le territoire français. Celui-ci est en effet subordonné au respect tant de la législation et de la réglementation en vigueur que des règles qui résultent des engagements européens et internationaux de la France.

Aux termes de l’article 35 du règlement du 13 juillet 2009, relatif aux visas demandés aux frontières extérieures : « 1. À titre exceptionnel, un visa peut être délivré aux points de passage frontaliers si les conditions ci-après sont remplies : a) le demandeur remplit les conditions énoncées à l’article 5, paragraphe 1, points a), c), d) et e), du code frontières Schengen ; b) le demandeur n’a pas été en mesure de demander un visa à l’avance et, sur demande, il fait valoir par des pièces justificatives la réalité de motifs d’entrée imprévisibles et impérieux ; et c) le retour du demandeur vers son pays d’origine ou de résidence, ou son transit par des États autres que les États membres mettant en œuvre l’intégralité de l’acquis de Schengen est considéré comme garanti (…) ». Aux termes de l’article 36 du même règlement relatif aux visas délivrés aux frontières extérieures aux marins en transit : « 1. Un visa aux fins de transit peut être délivré à la frontière à un marin devant être muni d’un visa pour franchir les frontières extérieures des États membres lorsque : a) il remplit les conditions énoncées à l’article 35, paragraphe 1 ; et b) il franchit la frontière en question pour embarquer ou rembarquer sur un navire à bord duquel il doit travailler ou a travaillé comme marin, ou pour débarquer d’un tel navire (…) ».

Il résulte de l’instruction que M. B..., second ingénieur sur le cargo Manisa Balu, en escale à Marseille, a embarqué sur ce navire au mois de février 2025, après s’être vu délivré un visa d’une durée de trois jours au point de passage frontalier de l’aéroport de Paris Charles-de-Gaulle, sous couvert d’un contrat de travail de neuf mois, durée pouvant être réduite ou allongée d’un mois, signé le 17 février 2025. Par un avenant du 20 septembre 2025, la durée du contrat a été augmentée de deux mois. Alors que le cargo Manisa Balu n’est pas affecté à une ligne régulière et touche terre en fonction de la valeur de la marchandise embarquée, tant le terme du contrat de M. B... que le port dans lequel celui-ci devrait débarquer au terme du contrat étaient imprévisibles à la date de son départ des Philippines. M. B... ne pouvait manifestement pas, pour les mêmes raisons et alors qu’il était en mer, présenter une demande de visa postérieurement à son embarquement. Il s’ensuit que le major de la police aux frontières ayant refusé le visa de transit, au motif non contesté que le motif d’entrée sur le territoire était prévisible, a manifestement entaché sa décision d’une erreur d’appréciation de la condition d’imprévisibilité prévue par les dispositions de l’article 35 précitées. Alors que le terme du contrat de travail de M. B... est échu, et que le cargo Manisa Balu doit reprendre la mer le 11 décembre 2025 au plus tard, cette décision crée une situation d’urgence en empêchant l’intéressé de débarquer et un autre marin de le remplacer, et porte une atteinte grave au droit de M. B... d’aller et venir, ce en l’espèce afin de regagner le pays dont il a la nationalité.

En l’espèce, aucune mesure autre que la délivrance du visa de transit sollicité, alors qu’il ressort de l’instruction que M. B... satisfait aux autres conditions de délivrance, ne permet de mettre fin à l’atteinte aux droits de l’intéressé. Il y a donc lieu d’enjoindre au directeur du service interdépartemental de police aux frontières de Marseille de délivrer un visa de transit à M. B... dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de la présente ordonnance.

En application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de l’État la somme de 3 000 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.


O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au directeur du service interdépartemental de police aux frontières de Marseille de délivrer un visa de transit à M. B... dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : L’État versera à M. A... B... et à la société Unicrew management Ltd la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B..., à la société Unicrew management Ltd et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Le juge des référés,


Signé

P-Y. GONNEAU

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier,




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