Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, rejette la requête de M. B..., député, qui demandait d'enjoindre au maire d'Allauch de lui mettre à disposition une salle communale pour ses vœux. Le juge estime que le refus du maire, motivé par la période préélectorale et la candidature de M. B... aux élections municipales, ne porte pas une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'exercice du mandat parlementaire. Il relève que le gymnase municipal reste accessible à tout candidat et que la décision n'empêche pas le député d'exercer ses prérogatives. La condition d'urgence n'est pas non plus caractérisée, le requérant s'étant lui-même placé en situation d'urgence en saisissant le juge tardivement.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée au greffe du tribunal le 19 janvier 2026 sous le n° 2600735, M. A... B... demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, d’enjoindre sans délai au maire d’Allauch de lui mettre à disposition une salle communale adaptée.
M. B... soutient que :
- il est député de la 10ème circonscription des Bouches-du-Rhône et a sollicité auprès du maire de la commune d’Allauch la mise à disposition d’une salle afin d’organiser une cérémonie intitulée « voeux du député » ; le maire d’Allauch a refusé cette mise à disposition par une décision en litige du 31 décembre 2025 ;
- l’urgence est caractérisée, dès lors qu’une cérémonie des vœux est, par nature, limitée dans le temps ;
- une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, la liberté d'exercice du mandat parlementaire, est caractérisée.
Par un mémoire enregistré le 20 janvier 2026, la commune d’Allauch, ayant pour avocat Me Margaroli, conclut au rejet de la requête.
La commune d’Allauch soutient que :
- la requête est irrecevable car insuffisamment motivée ;
- l’urgence n’est pas caractérisée dans la mesure où :
-en premier lieu, la décision en litige ne prive pas le requérant de présenter ses vœux sur le territoire de sa circonscription, ce qu’il fera d’ailleurs le 24 janvier 2026 à Peypin ;
-en deuxième lieu, il reste en tout état de cause loisible à M. B... d’organiser la présentation de ses vœux dans le gymnase municipal laissé à disposition des candidats aux prochaines élections municipales ;
-en troisième lieu, l’intéressé a attendu le 19 janvier 2026 pour saisir le juge des référés et s’est ainsi lui-même placé en situation d’urgence ;
- aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, la liberté d’exercice du mandat parlementaire, n’est à relever, dès lors que :
-la décision en litige ne fait pas obstacle à l’exercice par l’intéressé des prérogatives attachées à son mandat de parlementaire, puisqu’elle ne lui interdit, ni de se déplacer sur le territoire communal, ni de rencontrer les administrés, ni de communiquer, ni d’organiser des échanges, ni d’exercer ses fonctions de représentation, de contrôle et d’expression politique ;
- au surplus et en tout état de cause, aucune atteinte grave et manifestement illégale n’est caractérisée quand d’autres salles sont disponibles ; en période préélectorale, l’utilisation des salles communales pour des réunions électorales n’est pas irrégulière dans la mesure où le prêt de salles est accordé dans les mêmes conditions aux différents candidats.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code général des collectivités territoriales ;
-le code électoral ;
-le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Brossier, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 21 janvier 2026, en présence de M. Machado, greffier :
-le rapport de M. Brossier, juge des référés ;
-les observations de Me Hereau, représentant la commune d’Allauch, qui a développé oralement son argumentation écrite, en maintenant l’ensemble de ses conclusions et moyens.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ».
2. En vertu de l’article L. 521-2 du code justice administrative, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une autorité administrative aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. La liberté d'exercice de son mandat par un élu parlementaire a le caractère d’une liberté fondamentale au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
3. En premier lieu, il résulte de l’instruction que M. B..., en sa qualité de député de la 10ème circonscription des Bouches-du-Rhône, a souhaité organiser le vendredi 23 janvier 2025, ou à défaut le samedi 24 janvier 2025, une cérémonie intitulée « vœux du député » sur le territoire de la commune d’Allauch, laquelle commune est incluse géographiquement dans cette circonscription. Par décision du 31 décembre 2025, le maire d’Allauch lui a répondu que, dans la mesure où il se présentait comme candidat à Allauch aux élections municipales prévues les 15 et 22 mars 2026, aucune salle communale ne pouvait lui être spécifiquement allouée en période préélectorale, en dehors du gymnase municipal mis à disposition de tout candidat aux élections municipales d’Allauch.
4. En deuxième lieu, il résulte effectivement de l’instruction que M. B... se présente auxdites élections municipales prévues les 15 et 22 mars 2026.
5. En troisième lieu, la décision en litige du 31 décembre 2025 n’a ni pour objet, ni pour effet, d’une part, d’empêcher M. B... d’organiser une cérémonie intitulée « voeux du député » sur le territoire de la commune d’Allauch, le gymnase municipal restant disponible à cet égard comme il a été dit, d’autre part et plus généralement, d’empêcher M. B... d’exercer ses prérogatives de député parlementaire sur le territoire de la commune d’Allauch.
6. Il résulte de ce qui précède que M. B... n’est pas pas fondé à invoquer une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'exercice de son mandat par un élu parlementaire. Par suite, sa requête doit être rejetée, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition d’urgence, ni sur la fin de non-recevoir opposée par la partie défenderesse.
ORDONNE :
Article 1er : La requête n° 2600735 de M. B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... et à la commune d’Allauch.
Fait à Marseille, le 22 janvier 2026.
Le juge des référés,
Signé
J.B. BROSSIER
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,