Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 et 28 janvier 2026, Mme B... C... et M. E... D..., agissant en qualité de représentants légaux de leur enfant mineur A... D..., représentés par Me Chabas, demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision du 24 novembre 2025 par laquelle le directeur des services départementaux de l’éducation nationale des Bouches-du-Rhône a fixé le temps de scolarisation de leur enfant à 12 heures par semaine ;
2°) d’enjoindre au recteur de l’académie Aix-Marseille de procéder, à titre provisoire, à l’augmentation du temps scolaire effectif de leur enfant au sein de l’ULIS du collège Les Caillols à hauteur de 20 heures par semaine minimum, dans un délai de sept jours à compter de la notification de l’ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition d’urgence est remplie, dès lors que la réduction du temps de scolarisation à douze heures hebdomadaires porte une atteinte grave et directe à la situation scolaire de l’enfant en situation de handicap, en méconnaissance du projet personnalisé de scolarisation et des besoins reconnus par la MDPH et la CDPH, cette réduction constituant une atteinte immédiate à la continuité du service public de l’éducation et à l’équilibre personnel ; l’urgence est aggravée par une nouvelle réduction décidée en janvier 2026, alors que l’enfant a déjà subi des périodes de déscolarisation en 2023 et 2025 qui ont eu des conséquences sur sa santé psychique, son comportement et ses acquis scolaires ; le risque d’une nouvelle déscolarisation est réel et imminent et ferait peser sur l’enfant une atteinte irréversible et grave à sa santé, son développement et son équilibre émotionnel ; ainsi, l’exécution de la décision contestée caractérise une atteinte grave et immédiate à la situation de l’enfant, à sa santé et à l’exercice de l’autorité parentale ;
- en ce qui concerne le doute sérieux, la décision est entachée d’un vice d’incompétence au regard de l’article D. 112-1-1 du code de l’éducation, le directeur académique ne pouvant décider d’une restriction de la scolarisation sans consentement parental ;
- elle est insuffisamment motivée pour l’application des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration ;
- elle méconnaît les articles D. 351-7 et D. 351-17 du code de l’éducation en modifiant substantiellement le projet personnalité de scolarisation établi par la MDPH, alors que les décisions de la MDPH et de la CDPH s’imposent aux établissements scolaires, en application de l’article L. 351-2 du même code, l’ensemble de ces dispositions imposant d’assurer aux enfants handicapés une prise en charge éducative au moins équivalente, compte tenu de leurs besoins propres, à celle dispensée aux enfants scolarisés en milieu ordinaire ;
- elle méconnaît les articles D. 351-4 et D. 351-5 du code de l’éducation, dès lors que le projet personnalisé de scolarisation établi par la MDPH s’impose à l’établissement d’accueil, le projet établi en l’espèce ne comportant aucune limitation du nombre d’heures d’enseignement ni de restriction du temps de scolarisation en milieu scolaire ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation, les difficultés invoquées ne résultant pas d’une inadaptation scolaire mais de la période de déscolarisation imposée et des conditions de scolarisation dégradées mises en œuvre par l’administration, les avis médicaux de médecins spécialisés contredisant l’avis médical d’un médecin scolaire et l’administration commettant des fautes répétées portant atteinte au droit fondamental à l’éducation ;
- elle méconnaît l’article 28 de la convention internationale des droits de l’enfant.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 24 janvier 2026 sous le numéro 2601169 tendant à l’annulation de la décision en litige.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l’éducation ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Platillero, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ». Aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence (…), le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ». Aux termes de l’article R. 522-1 de ce même code : « La requête visant au prononcé de mesures d’urgence doit (...) justifier de l’urgence de l’affaire ».
2. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’une décision administrative lorsque l’exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande tendant à la suspension d’une telle décision, d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue.
3. Il résulte de l’instruction que, par une décision du 3 février 2022 valable jusqu’au 31 août 2026, notifiée le 8 février 2022 par la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) des Bouches-du-Rhône, la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDPH) a notamment attribué à l’enfant A... D..., âgé de 14 ans à la date de la présente ordonnance et atteint de troubles du spectre autistique, une aide humaine individuelle aux élèves handicapés et s’est prononcée sur une orientation vers une unité localisée pour l’inclusion scolaire (ULIS). Le projet personnalisé de scolarisation établi le 8 février 2022 par la MDPH prévoyait au titre de cette période une orientation scolaire en classe ULIS avec une aide humaine individuelle de 20 heures par semaine et une orientation médico-sociale vers un institut médico-éducatif (IME) et un service d’éducation spéciale et de soins à domicile (SESSAD). L’enfant a été scolarisé à compter du 2 septembre 2025 au sein d’une classe ULIS du collège de secteur des Caillols, à Marseille. Par une décision du 24 novembre 2025, dont Mme C... et M. D... demandent la suspension, le directeur des services départementaux de l’éducation nationale des Bouches-du-Rhône, après avoir confirmé qu’un accompagnant d’élève en situation de handicap était affecté pour une durée de 20 heures par semaine, a fixé le temps de scolarisation de l’enfant à 12 heures, au motif que, compte tenu de ses besoins, l’enfant ne pouvait être actuellement accueilli pour la durée prévue.
4. Pour justifier l’urgence à suspendre cette décision, Mme C... et M. D... font valoir que la réduction du temps de scolarisation en classe ULIS à douze heures hebdomadaires méconnaît le projet personnalisé de scolarisation de l’enfant et porte une atteinte grave et immédiate à son développement et à son équilibre personnel, à sa santé psychique, à son comportement, à ses acquis scolaires et à l’exercice de l’autorité parentale. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment du bilan de scolarisation établi le 15 octobre 2025 à partir des observations de l’enseignante coordinatrice de l’ULIS, de la conseillère pédagogique ASH, de la référente départementale « autisme » et du psychologue et éducateur SESSAD, qu’aucun apprentissage n’a pu être effectué en raison du refus de l’enfant de réaliser des activités adaptées à ses capacités cognitives et que, malgré l’accompagnement mis en place, la scolarisation génère chez l’enfant de très fortes angoisses qui se manifestent en particulier par une agitation extrême, de l’agressivité et des tentatives d’échapper aux adultes, ce que confirme l’annexe à ce bilan, détaillant au quotidien le comportement de l’enfant. Dans ces conditions, compte tenu de l’état de souffrance de l’enfant constaté par ses accompagnants et de son intérêt supérieur qui doit prévaloir, l’urgence justifiant que l’exécution de la décision contestée soit suspendue et que l’enfant soit scolarisé en classe ULIS pour une durée de 20 heures par semaine n’est pas caractérisée.
5. Il résulte de ce qui précède que la condition d’urgence au sens de l’article L. 521-1 du code de justice administrative n’est pas remplie. Par suite, il y a lieu, sans qu’il soit besoin d’examiner les moyens tirés du doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, de faire application de l’article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la demande de suspension présentée par Mme C... et M. D... ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d’injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme C... et M. D..., agissant en qualité de représentants légaux de leur enfant mineur, est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... C... et M. E... D....
Copie en sera adressée au recteur de l’académie d’Aix-Marseille.
Fait à Marseille, le 10 février 2026.
Le juge des référés,
Signé
F. Platillero
La République mande et ordonne au ministre de l’éducation nationale en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.