Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par M. B..., ressortissant camerounais, afin d'obtenir une injonction à l'encontre du préfet des Bouches-du-Rhône pour lui fixer un rendez-vous en vue de déposer une demande de titre de séjour pour étranger malade. Le requérant justifiait de l'urgence et de l'impossibilité d'utiliser le téléservice « ANEF » pour effectuer sa démarche, malgré les diligences accomplies. Appliquant les articles R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'arrêté du 1er août 2023, le juge a fait droit à la demande en ordonnant au préfet de proposer un rendez-vous sous huit jours et de délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er février 2026, M. A... B..., représenté par la Me Candon, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui fixer un rendez-vous afin de déposer sa demande de titre de séjour « vie privée et familiale » en tant qu'étranger malade, dans un délai de 3 jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente de la décision du préfet ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
le code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile ;
l’arrêté du 1er août 2023 pris pour l'application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile fixant les modalités d'accueil et d'accompagnement et les conditions de recours à la solution de substitution des usagers du téléservice « ANEF » ;
le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Ressortissant camerounais né le 1er février 1993, M. B... s’est vu délivrer une carte de résident valable du 1er février 2011 au 31 janvier 2021. Le 11 janvier 2021, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté en date du 7 février 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande, assorti ce refus de séjour d’une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination. Par un jugement du 26 septembre 2024, le tribunal administratif de Marseille a annulé la mesure d’éloignement, enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer la situation de M. B... et, dans l’attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement. En exécution de ce jugement, l’intéressé s’est vu remettre une autorisation provisoire de séjour valable jusqu’au 31 août 2025. M. B... ayant tenté en vain de solliciter une carte de séjour pour étranger malade au moyen du téléservice Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF), il demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui fixer un rendez-vous afin de déposer sa demande de titre de séjour « vie privée et familiale » en tant qu'étranger malade et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente de la décision du préfet.
Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ».
D’une part, aux termes de l’article R. 431-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code. / (…) / En outre, une solution de substitution, prenant la forme d'un accueil physique permettant l'enregistrement de la demande, est mise en place pour l'étranger qui, ayant accompli toutes les diligences qui lui incombent, notamment en ayant fait appel au dispositif d'accueil et d'accompagnement prévu à l'alinéa précédent, se trouve dans l'impossibilité constatée d'utiliser le téléservice pour des raisons tenant à la conception ou au mode de fonctionnement de celui-ci. / Le ministre chargé de l'immigration fixe par arrêté les modalités de l'accueil et de l'accompagnement mentionnés au deuxième alinéa ainsi que les conditions de recours et modalités de mise en œuvre de la solution de substitution prévue au troisième alinéa. ».
D’autre part, aux termes de l’article 1er de l’arrêté du 1er août 2023 pris pour l'application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile fixant les modalités d'accueil et d'accompagnement et les conditions de recours à la solution de substitution des usagers du téléservice « ANEF » : « Lorsqu'en application de l'alinéa 1er de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les ressortissants étrangers présents en France rencontrent des difficultés dans le cadre du dépôt en ligne de leur demande de titre de séjour, ils peuvent bénéficier d'un accueil et accompagnement mentionnés au même article et fixé par le présent arrêté. ». L’article 2 de cet arrêté prévoit en premier lieu, en application du deuxième alinéa de l’article R. 431-2, que l’accompagnement des personnes rencontrant des difficultés dans le cadre du dépôt en ligne de leurs demandes de titre de séjour, repose sur une assistance téléphonique, ou via un formulaire de contact, mise en œuvre par le « centre de contact citoyens » de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS). Le même article institue en outre un accompagnement par un accueil physique pris en charge par les points d'accueil numérique installés dans les préfectures et les sous-préfectures disposant d'un service chargé des étrangers. Ces points d'accueil numérique assurent l'accompagnement numérique au dépôt des demandes de titres de séjour en apportant, en vertu de l’article 3 de l’arrêté, une aide aux usagers étrangers à l'utilisation de l'outil informatique, des informations générales sur les démarches les concernant, une aide à la qualification de la demande et un accompagnement à la constitution du dossier dématérialisé. L’article 4 de l’arrêté du 1er août 2023, portant application du troisième alinéa de l’article R. 431-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, crée une solution de substitution réservée aux usagers n'ayant pu déposer leur demande via le téléservice mentionné au même article malgré leur recours au dispositif d'accueil et d'accompagnement décrit à l'article 2 du même arrêté. Aux termes de cet article 4 : « Le dossier n'est recevable que si l'usager est invité par la préfecture territorialement compétente à bénéficier de la solution de substitution, après constat de l'impossibilité technique du dépôt de sa demande via le téléservice. Par exception, l'usager peut bénéficier de la solution de substitution s'il produit, à l'appui de sa demande, un document du centre de contact citoyens attestant de l'impossibilité de déposer sa demande en ligne. / La demande de titre est alors effectuée auprès de la préfecture ou d'une sous-préfecture du département de résidence (…). Un rendez-vous physique individuel est systématiquement proposé à l'étranger autorisé à déposer sa demande de titre selon cette modalité. Les modalités de prise de rendez-vous, qui comprennent au moins deux vecteurs, dont l'un n'est pas numérique, sont déterminées par le préfet. / Le préfet peut également prévoir, si l'étranger en fait la demande, le recours à un dépôt par voie postale ou par une adresse électronique destinée à recevoir les envois du public. ».
Il résulte de l’instruction que lorsque M. B... a créé son compte ANEF le 10 décembre 2025, il n’a pu déposer sa demande dans l’application au motif que « Votre titre de séjour est expiré depuis plus de 9 mois. Pour envoyer votre demande, nous vous invitons à vous connecter au site internet de la préfecture dont dépend votre résidence pour vous renseigner sur les démarches à effectuer ». N’ayant pu obtenir de rendez-vous dans la mesure où aucun créneau n’était disponible malgré de nombreuses tentatives pour en obtenir un, la curatrice du requérant s’est rendu la préfecture afin de déposer « le formulaire de substitution ANEF ». M. B... a été convoqué à la préfecture le 15 janvier 2016 pour se voir remettre une autorisation provisoire de séjour, mais celle-ci n’était pas prête le jour prévu. Ainsi, le requérant justifie avoir obtenu du centre de contact citoyens un document attestant de l'impossibilité de déposer sa demande en ligne et avoir vainement tenté d’obtenir un rendez-vous dans un point d’accueil numérique en préfecture pour déposer sa demande de titre selon cette modalité.
Par ailleurs, le requérant qui souffre d’une pathologie lourde est placé sous curatelle renforcée et ne dispose d’aucun revenu alors qu'il pourrait prétendre à une allocation pour adulte handicapé. Ainsi la condition d’urgence doit être regardée comme remplie alors que le préfet des Bouches-du-Rhône, qui n’a pas produit à l’instance, n’apporte aucun élément permettant de remettre en cause cette urgence.
Enfin, eu égard aux dispositions des articles R. 431-15-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, l’enregistrement du dossier de titre de séjour pour raison de santé de M. B... et la délivrance d’un document autorisant provisoirement son séjour dès cet enregistrement et durant la phase d’instruction de sa demande présentent un caractère utile. De même, ces mesures ne font obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.
Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer M. B... dans un délai de 10 jours à compter de la notification de la présente ordonnance afin qu’il procède à l’enregistrement du dossier de titre de séjour « vie privée et familiale » pour raison de santé de l’intéressé et qu’il lui délivre un document provisoire de séjour. Le titre de séjour demandé n’étant pas au nombre de ceux prévus à l’article R. 431-15-2 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, il n’y a pas lieu d’enjoindre à l’administration de prévoir que le récépissé autorise l’exercice d’une activité professionnelle.
Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer contre l’Etat, à défaut pour le préfet des Bouches-du-Rhône de justifier de l’exécution de la présente ordonnance dans un délai de 10 jours à compter de sa notification, une astreinte de 50 euros par jour jusqu’à la date à laquelle cette ordonnance aura reçu exécution.
Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer M. B... dans un délai de 10 jours à compter de la notification de la présente ordonnance afin qu’il procède à l’enregistrement de son dossier de titre de séjour « vie privée et familiale » pour raison de santé et qu’il lui délivre un document provisoire de séjour.
Article 2 : Une astreinte de 50 euros par jour est prononcée à l’encontre de l’Etat s’il n’est pas justifié de l’exécution de la présente ordonnance dans le délai mentionné à l’article 1er ci-dessus. Le préfet des Bouches-du-Rhône communiquera au tribunal copie des actes justifiant des mesures prises pour exécuter la présente ordonnance.
Article 3 : L’Etat versera à M. B... la somme de 1 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B..., au ministre de l'intérieur et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Fait à Marseille, 17 février 2026.
Le juge des référés,
Signé
T. Trottier
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,