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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2604028

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2604028

jeudi 26 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2604028
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGILBERT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille a statué sur un recours en excès de pouvoir contre un refus de l'OFII d'accorder des conditions matérielles d'accueil à un demandeur d'asile afghan. Le tribunal a rejeté la fin de non-recevoir tirée du délai, estimant que le recours était régulier, et a admis le requérant à l'aide juridictionnelle provisoire. La décision s'appuie sur les articles L. 555-1 et R. 921-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur l'article R. 421-5 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mars 2026, M. A... C..., représenté par Me Gilbert, demande au tribunal :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler la décision du 23 février 2026 par laquelle la directrice territoriale de l’Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d’enjoindre à l’OFII de réexaminer sa situation et de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil ;

4°) de mettre à la charge de l’OFII la somme de 3 000 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l’article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est tardive ;
- la décision attaquée révèle un défaut d’examen sérieux de sa situation personnelle ;
- la décision attaquée méconnaît l’article 17 de la directive (UE) 2013/33 et les articles L. 550-1 et suivant du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 mars 2026, l’OFII conclut à l’irrecevabilité de la requête et à son rejet au fond

L’OFII soutient que la requête est irrecevable et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;

Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B... pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d’éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de Mme B..., les parties n’étant ni présentes, ni représentées.

En présence de Mme D..., interprète en langue pachtou.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C..., ressortissant afghan né le 15 mars 2003, demande au tribunal d’annuler la décision du 21 janvier 2026 par laquelle la directrice territoriale de l’Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d’admission à l’aide juridictionnelle provisoire :

2. En vertu des articles 12 et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, l’admission à l’aide juridictionnelle est prononcée par un bureau d’aide juridictionnelle ou, en cas d’urgence et à titre provisoire, par le président de ce bureau, par la juridiction compétente ou par son président.

3. Il y a lieu, eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur la requête de M. C... de prononcer son admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

Sur la fin de non-recevoir :

4. Aux termes de l’article R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le jugement est rendu, sans conclusions du rapporteur public, par le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cet effet. Les attributions dévolues par les dispositions réglementaires du code de justice administrative à la formation de jugement ou à son président sont exercées par ce magistrat. / Il peut, par ordonnance : / (…) / 4° Rejeter les recours entachés d'une irrecevabilité manifeste non susceptible d'être couverte en cours d'instance ».

5. Aux termes de l’article L. 555-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Les décisions qui refusent, totalement ou partiellement, au demandeur d'asile le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou qui y mettent fin, totalement ou partiellement, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-1 ». Aux termes de l’article L. 921-1 du même code : « Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision (…) ». Aux termes de l’article R. 921-3 du même code : « Les délais de recours de sept jours et quarante-huit heures respectivement prévus aux articles L. 921-1 et L. 921-2 ne sont susceptibles d’aucune prorogation ». Enfin, aux termes de l’article R. 421-5 du code de justice administrative : « Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ».

6. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée du 23 février 2026 portant refus des conditions matérielles d’accueil a été notifiée à M. C... le 3 mars 2026, ainsi qu’en atteste un mail du 4 mars 2026 produit par le requérant. Le recours de l’intéressé contre cette décision, qui comportait la mention des voies et délais de recours, a été enregistré au greffe du tribunal le 9 mars 2026, soit dans le délai de sept jours imparti par les dispositions précitées. Par suite, la requête n’est pas tardive et la fin de non-recevoir présentée en défense ne peut qu’être rejetée.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

7. Aux termes d’une part de l’article L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : (…) 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; (…) La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ».

8. Par la décision en litige du 23 février 2026, la directrice territoriale de l’Office français de l’immigration et de l’intégration a refusé d’accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil à M. C... au motif qu’il n’avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l’asile en dissimulant le fait qu’il avait déjà obtenu la protection internationale en Grèce.

9. Il est constant que M. C... a obtenu la protection internationale en Grèce après avoir transité par la Turquie. Le requérant déclare s’être rendu en avion en France postérieurement à son départ de Grèce avant de poursuivre son périple jusqu’en Grande-Bretagne en bateau. Il ressort du dossier qu’il a fait l’objet d’une demande de réadmission par le Royaume-Uni fondée sur la mise en œuvre de l’accord du 29/30 juillet 2025 conclu entre la France et la Grande-Bretagne, relatif à la prévention des traversées périlleuses. M. C... a été transféré sur le territoire national le 12 novembre 2025. Dans les circonstances de l’espèce, il n’est pas établi que le requérant ait eu connaissance de la décision d’octroi de la protection internationale par la Grèce avant son départ de ce pays et il ne peut donc être regardé comme ayant dissimulé l’octroi de cette protection. Par suite, le motif de la décision est entaché d’une erreur d’appréciation au regard de l’article L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il ne soit besoin d’examiner l’ensemble des moyens soulevés dans la requête, que M. C... est fondé à demander l’annulation de la décision du 23 février 2026 par laquelle la directrice territoriale de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil.

Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

11. Eu égard au motif d’annulation retenu, le présent jugement implique que l’OFII
accorde le bénéfice des conditions matérielles d’accueil à M. C... à compter du 23 février 2026, date de la décision attaquée, et ce dans un délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

12. M. C... est provisoirement admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Gilbert, avocate de M. C..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État et sous réserve de l’admission définitive de son client à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’OFII le versement à Me Gilbert de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à ce dernier.




DECIDE :



Article 1er : M. C... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du 23 février 2026 par laquelle la directrice territoriale de l’Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l’OFII de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d’accueil à M. C... à compter du 23 février 2026 dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l’admission définitive de M. C... à l’aide juridictionnelle et sous réserve que Me Gilbert renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, l’OFII versera à Me Gilbert, avocate de M. C..., une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à ce dernier.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C..., à Me Flora Gilbert et à l’Office français de l’immigration et de l’intégration.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2026.




La magistrate désignée
Signé
S. B...
Le greffier
Signé
T. Marcon




La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier



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