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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2604686

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2604686

mardi 7 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2604686
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP AMIEL - SUSINI

Résumé IA

La SARL Le Nymphéa demandait au Tribunal Administratif de Marseille la suspension en référé de la fermeture administrative de sa discothèque. Le tribunal a rejeté la demande, estimant que la condition d'urgence n'était pas établie et qu'aucun doute sérieux sur la légalité de l'arrêté préfectoral n'était soulevé. La décision s'appuie sur les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative et de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 18 et 27 mars 2026, la SARL Le Nymphéa, représentée par Me Susini, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de l’arrêté de la préfète de police déléguée des Bouches-du-Rhône du 13 mars 2026, notifié le 16 mars 2026, portant fermeture administrative temporaire, pour une durée de deux mois, à compter de sa notification, de la discothèque « La Joïa », située route de l’Enfant à Aix-en-Provence.

Elle soutient que :

- la condition tenant à l’urgence est remplie : la décision compromet gravement le rétablissement en cours de la société dans le cadre de la procédure de redressement judiciaire débutée le 20 juillet 2023, et concrétiserait le risque de prononcé d’une liquidation judiciaire alors qu’elle a notamment pu ramener récemment le passif pris en compte à la somme de 702 231,71 euros ;
- la condition tenant à l’existence de moyens propres à créer, en l’état de l’instruction un doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté attaqué est également remplie, en raison de :
* son insuffisante motivation ;
* la violation de l’obligation d’avertissement préalable visée au 1 de l’article L. 3332-15 du code de la santé publique puisqu’aucun avertissement d’aucune sorte n’est intervenu ; le courrier du 4 décembre 2025 portant demande d’observations au sens de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration ne peut en aucune manière valoir avertissement ;
* la méconnaissance de la procédure contradictoire, dès lors que la demande d’observations sur les faits du 23 novembre 2025 ne lui a pas permis de donner son avis sur la qualification de délits et donc sur la possible mise en oeuvre des alinéa 3 et 4 de l’article L. 3332-15 du code de la santé publique puisqu’elle ne mentionne que des infractions aux lois et règlements relatifs aux débits de boissons et des troubles à l’ordre ou à la sécurité publics ; la lettre du 4 décembre 2025 se référait à un rapport administratif du 25 novembre 2025, non joint à la demande d’observations ;
* l’erreur de fait dont il est entaché dès lors que ni l’auteur des faits du 23 novembre, ni celui du 6 décembre, ne sont entrés dans l’établissement ;
* l’erreur dans la qualification juridique des faits dont il est entaché dès lors que la fermeture ne peut intervenir sur le fondement des alinéas 3 et 4 de l’article L. 3332-15 du code de la santé publique qu’à la condition que les actes justifiant la mesure puissent recevoir la qualification juridique d’actes criminels ou délictueux ; or elle n’a commis directement ou par l’intermédiaire de ses préposés aucun crime ou délit, et n’a fait l’objet d’aucune poursuite pénale ;
* la disproportion de la mesure de fermeture prononcée par rapport à l’intérêt général poursuivi.


Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mars 2026, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

la condition d’urgence n’est pas remplie, dès lors notamment que la période de fermeture s’exécute en-dehors de la période estivale ;
les moyens invoqués ne créent pas de doute sérieux quant à la légalité de l’acte dès lors que l’arrêté a été pris sur le 2° de l’article L. 3332-15 du code de la santé publique qui n’exige pas d’avertissement préalable ; la procédure contradictoire, qui n’impose pas de recueillir des observations orales, a été respectée ; l’arrêté est suffisamment motivé ; des atteintes graves à la sécurité et l’intégrité des personnes ont été relevées et concernent des clients de l’établissement, ce qui permet de reconnaître le lien avec les conditions de son exploitation.



Vu :
la requête au fond enregistrée sous le n° 2604690 ;
les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de commerce ;
- le code de la santé publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné Mme Felmy, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 27 mars 2026, tenue en présence de Mme Saureau, greffière :
- le rapport de Mme Felmy,
- et les observations de Me Susini, représentant la SARL Le Nymphéa, qui a repris ses écritures et insisté sur :
* l’urgence à suspendre la décision de fermeture, découlant d’une part de la situation financière et du redressement judiciaire comportant un plan de redressement sur huit années dont la société fait l’objet, dont le non-respect comporte un risque de liquidation judiciaire, d’autre part des charges relatives au paiement des salaires, et de ce que les revenus générés par son activité constituent le seul moyen de subsistance du couple de gérants ;
* le doute sérieux dès lors que l’acte en cause repose en l’espèce sur tous les fondements de la procédure prévue à l’article L. 3332-15 du code de la santé publique, nécessitant une motivation en fait sur chacun des fondements, qu’elle n’a pas été invitée à présenter des observations dans le cadre de la procédure contradictoire en ce qui concerne les infractions à la règlementation des débits de boissons et que sa gérante n’a pas été entendue sur les délits reprochés, qu’aucun avertissement n’a été émis, qu’aucun rapport ne lui a été communiqué pour les faits du 23 novembre 2025 avant le jour de l’audience, que la durée de la fermeture est excessive alors qu’aucun fait de violences ne peut lui être opposé depuis 2018 et que cette durée n’a pas de lien avec le phénomène à enrayer ;
- et les observations de Mme A..., représentant le préfet des Bouches-du-Rhône, qui a repris ses écritures.


La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

La SARL le Nymphea exploite la discothèque « La Joïa », située à Aix-les-Milles, depuis 2011. Par un arrêté du 13 mars 2026, la préfète de police déléguée des Bouches-du-Rhône a prononcé, sur le fondement des dispositions de l’article L. 3332-15 du code de la santé publique, la fermeture administrative pour une durée de deux mois de l’établissement « La Joïa » en raison notamment de rixes entre clients s’étant produites les 23 novembre 2025 et 6 décembre 2025. La SARL le Nymphea demande au juge des référés de suspendre l’exécution de cette décision.

Aux termes du premier alinéa de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision ou de certains de ses effets lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ».

Aux termes de l’article L. 3332-15 du code de la santé publique : « 1. La fermeture des débits de boissons et des restaurants peut être ordonnée par le représentant de l’Etat dans le département pour une durée n’excédant pas six mois, à la suite d’infractions aux lois et règlements relatifs à ces établissements. / Cette fermeture doit être précédée d’un avertissement qui peut, le cas échéant, s’y substituer, lorsque les faits susceptibles de justifier cette fermeture résultent d’une défaillance exceptionnelle de l’exploitant ou à laquelle il lui est aisé de remédier. / 2. En cas d'atteinte à l'ordre public, à la santé, à la tranquillité ou à la moralité publique, la fermeture peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas deux mois. Le représentant de l'Etat dans le département peut réduire la durée de cette fermeture lorsque l'exploitant s'engage à suivre la formation donnant lieu à la délivrance d'un permis d'exploitation visé à l'article L. 3332-1-1. / 3. Lorsque la fermeture est motivée par des actes criminels ou délictueux prévus par les dispositions pénales en vigueur, à l'exception des infractions visées au 1, la fermeture peut être prononcée pour six mois. Dans ce cas, la fermeture entraîne l'annulation du permis d'exploitation visé à l'article L. 3332-1-1. / 4. Les crimes et délits ou les atteintes à l'ordre public pouvant justifier les fermetures prévues au 2 et au 3 doivent être en relation avec la fréquentation de l'établissement ou ses conditions d'exploitation. / 5. Les mesures prises en application du présent article sont soumises aux dispositions du code des relations entre le public et l’administration. / (…). »

Ces dispositions du code de la santé publique confèrent au préfet le pouvoir d’ordonner, au titre de ses pouvoirs de police, les mesures de fermeture d’un établissement qu’appelle la prévention de la continuation ou du retour de désordres liés à son fonctionnement. Le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle de l'erreur manifeste d'appréciation sur la durée de la fermeture des débits de boissons et des restaurants ordonnée par le préfet sur le fondement de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique.


En ce qui concerne l’urgence :

L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’une décision administrative lorsque l’exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande tendant à la suspension d’une telle décision, d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue.

Pour justifier l’urgence d’une suspension de la décision en litige, la société fait valoir le plan de redressement judiciaire sur une durée de huit ans dont elle bénéficie depuis le 20 juillet 2023 au terme d’un jugement du tribunal de commerce d’Aix-en-Provence de même date, ce qu’elle établit en versant au dossier ce jugement et le document émis par le mandataire judiciaire désigné par le tribunal dans le cadre de cette procédure. Ce placement de la société en redressement judiciaire suppose, aux termes de l’article L. 631-1 du code de commerce, que l’intéressée est dans l'impossibilité de faire face au passif exigible avec son actif disponible, c’est-à-dire qu’elle se trouve en état de cessation des paiements, en l’espèce depuis le 13 juillet 2023. Il résulte également de l’instruction, notamment des documents comptables et pièces justificatives produits, que pendant la période de fermeture, la société Le Nymphéa doit rembourser la somme de 7 295 euros mensuels pour honorer le plan de redressement décidé, et qu’elle doit continuer d’assumer des charges fixes, dont la rémunération de trente-quatre salariés, sans disposer de la trésorerie nécessaire à cet effet. Dans ces conditions et quand bien même la période de fermeture retenue ne correspondrait pas à une période habituelle d’activité de forte affluence, la société justifie que l’arrêté contesté, qui prononce une fermeture d’une durée de deux mois au cours de la période d’exécution du plan de redressement, est de nature à compromettre son équilibre financier et préjudicie donc de manière grave et immédiate à ses intérêts économiques et financiers, caractérisant ainsi une situation d’urgence au sens de l’article L. 521-1 du code de justice administrative.


En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

Il ressort des termes de l’arrêté du 13 mars 2026 signé par la préfète de police déléguée qui mentionnent des « violences (…) dans un contexte de consommation excessive d’alcool en lien avec la fréquentation de l’établissement (…) des délits, des infractions aux lois et règlements relatifs aux débits de boissons » ainsi que des « troubles à l’ordre, la sécurité et la tranquillité publics » que cet acte a été pris sur les fondements respectifs des 3, 4, 1 et 2 de l’article L. 3332-15 du code de la santé publique.

Toutefois, en premier lieu, la fermeture des débits de boissons à la suite d’infractions aux lois et règlements relatifs à ces établissements exige que cette mesure soit d’une part, précédée d’un avertissement préalable en vertu du 1 de l’article L. 3332-15 du code de la santé publique, dont il n’est pas contesté qu’il n’est pas intervenu en l’espèce et qui constitue cependant une garantie, d’autre part présente une motivation sur ce point, également absente en l’espèce. En second lieu, il ne résulte pas de l’instruction que la représentante de la société requérante aurait été mise en mesure, dans le cadre de la procédure contradictoire préalable à l’édiction de l’acte, de prendre connaissance du rapport administratif du 25 novembre 2025 visant les faits s’étant produits dans la nuit du 22 au 23 novembre 2025, cité dans le courrier de demande d’observations du 4 décembre 2025, alors que le préfet produit deux procès-verbaux des 23 novembre et 8 décembre 2025 dont il ressort que des faits de consommation excessive d’alcool des protagonistes qui constituent en partie les manquements reprochés à la société ont été constatés.

Par suite, en l’état de l’instruction, les moyens de légalité externe tirés des vices de procédure et du vice de forme retenus au point précédent sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. Il y a par suite lieu de suspendre l’exécution de l’arrêté de la préfète de police déléguée des Bouches-du-Rhône du 13 mars 2026 portant fermeture administrative temporaire, pour une durée de deux mois, à compter de sa notification, de la discothèque « La Joïa ».







O R D O N N E :



Article 1er : L’exécution de l’arrêté de la préfète de police déléguée des Bouches-du-Rhône du 13 mars 2026 portant fermeture administrative temporaire, pour une durée de deux mois, à compter de sa notification, de la discothèque « La Joïa » exploitée par la SARL Le Nymphéa est suspendue jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.





Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la SARL Le Nymphéa et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 7 avril 2026.


La juge des référés,


Signé


E. Felmy

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme
Pour la greffière en chef
La greffière.

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