Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 18 et 25 mars 2026, M. B... A..., représenté par Me Bazin, demande au tribunal :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d’annuler l’arrêté du 11 mars 2026 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l’a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est privée de base légale, faute pour le préfet de produire l’obligation de quitter le territoire français du 6 janvier 2025 ;
- la décision est entachée d’une erreur de droit ;
- la décision est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 mars 2026, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens sont infondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Baizet pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d’éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Baizet a été entendu au cours de l’audience publique du 31 mars 2026, à l’issue de laquelle l’instruction a été close, aucune des parties n’étant présente ou représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. B... A..., ressortissant turc né le 11 novembre 1994, a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français prise par le préfet du Val d’Oise le 6 janvier 2025. Par un arrêté du 11 mars 2026, le préfet des Bouches-du-Rhône a assigné M. A... à résidence pour une durée de 45 jours. M. A... demande au tribunal d’annuler cet arrêté portant assignation à résidence.
Sur la demande tendant au bénéfice à titre provisoire de l’aide juridictionnelle :
2. M. A... ayant bénéficié de l’assistance d’un avocat désigné d’office, il n’y a pas lieu de l’admettre provisoirement au bénéfice de l’aide juridictionnelle dans le cadre de la présente instance.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
3. En premier lieu, la décision en litige expose les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde, permettant à son destinataire de comprendre les motifs, le sens et la portée de la décision à sa seule lecture et, par suite, de la contester utilement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu’être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l’article L 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (…) ».
5. L’assignation à résidence contestée a été prise sur le fondement de l’obligation de quitter le territoire français édictée le 6 janvier 2025 par le préfet du Val d’Oise. Le requérant soutient que cette mesure d’éloignement ne lui a pas été communiquée et qu’à défaut de production de la mesure d’éloignement, il convient de considérer que l’assignation à résidence est dépourvue de base légale. Toutefois, la circonstance que cette décision ne lui a pas été communiquée, à la supposer établie dès lors qu’il n’établit pas en avoir demandé communication, est sans incidence sur la légalité de l’assignation à résidence dès lors que M. A... ne conteste pas l’existence de cette décision d’éloignement. Il y a lieu, par suite, d’écarter le moyen.
6. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 541-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Sans préjudice des dispositions des articles L. 753-1 à L. 753-4 et L. 754-1 à L. 754-8, lorsque l'étranger sollicitant l'enregistrement d'une demande d'asile a fait l'objet, préalablement à la présentation de sa demande, d'une décision d'éloignement prise en application du livre VI, cette dernière ne peut être mise à exécution tant que l'étranger bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. ». Aux termes de l’article L. 542-1 du même code : « En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci (…) ». Aux termes de l’article L. 542-2 du même code : « Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes :a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l'article L. 531-32 ;b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ;c) une décision de rejet ou d'irrecevabilité dans les conditions prévues à l'article L. 753-5 ;d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; e) une décision de clôture prise en application des articles L. 531-37 ou L. 531-38 ; l'étranger qui obtient la réouverture de son dossier en application de l'article L. 531-40 bénéficie à nouveau du droit de se maintenir sur le territoire français (…) ».
7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du relevé Telem Ofpra qu’après le rejet de sa demande d’asile par l’office français de protection des réfugiés et apatrides le 2 mai 2024, M. A... a introduit une demande de premier réexamen qui a été clôturée par l’Ofpra le 6 décembre 2024. Sa nouvelle demande de réexamen, enregistrée le 5 mars 2026, a fait l’objet d’une décision d’irrecevabilité le 11 mars 2026. Dans ces conditions, M. A... ne bénéficiant plus du droit de se maintenir, le préfet pouvait légalement prendre à son encontre une assignation à résidence le 11 mars 2026 en vue de l’exécution de l’obligation de quitter le territoire, prononcée à son encontre le 6 janvier 2025. Les moyens tirés de l’erreur de droit et de l’« erreur manifeste d’appréciation » ne peuvent donc qu’être écartés.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... ne peut qu’être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles relatives aux frais exposés dans l’instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2026.
La magistrate désignée,
Signé
E. BAIZET
Le greffier,
Signé
D. LETARD
La République mande et ordonne au préfet du Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour une expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,