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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2607769

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2607769

lundi 1 juin 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2607769
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMAS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille a été saisi en référé suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative par M. et Mme C..., voisins immédiats, pour contester un permis de construire initial et ses modificatifs délivrés par le maire de Ventabren. Les requérants invoquent l'urgence présumée et une série de moyens sérieux, notamment la fraude, la méconnaissance des articles UD 3, UD 9, UD 10, UD 12 et UD 13 du PLU, ainsi que des articles L. 423-1, R. 111-2 et L. 451-1 du code de l'urbanisme. La commune et la pétitionnaire concluent au rejet, soulevant l'irrecevabilité de la requête pour tardiveté et l'absence de doute sérieux sur la légalité des décisions. Le juge des référés doit statuer sur la recevabilité de la requête au fond et l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 4 et 28 mai 2026, M. et Mme C..., représentés par Me Mas, demandent au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, l’exécution des effets des arrêtés du maire de Ventabren du 28 mars 2022, portant délivrance d’un permis de construire, du 25 juin 2024, 17 décembre 2025 et 31 mars 2026 portant délivrance de permis de construire modificatifs ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Ventabren la somme de 6 000 € sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :
Sur l’urgence :
- l’urgence est présumée en application de l’article L. 600-3 du code de l’urbanisme, aucun mémoire en défense n’ayant été produit au fond ; en outre les travaux ont démarré ;

Sur la recevabilité de la requête au fond :
ils sont propriétaires d’un bien voisin immédiat du projet en litige ; ils vont pâtir d’une perte d’ensoleillement et de jouissance de leur bien ainsi que d’une déprécation de ce dernier ;

Sur l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité des décisions :
- l’article L. 423-1 du code de l’urbanisme est méconnu et la demande de permis de construire est entachée de fraude en ce que la limite de propriété présentée pour les modificatifs n°3 et 4 n’est pas celle déclarée lors de la déclaration préalable de division accordée le 21 juillet 2021 ; cette démarche s’explique par la volonté de présenter le projet comme conforme aux dispositions du porter à connaissance feu de forêt et de l’article UD 3 4° du PLU ;
- le dossier de demande de permis de construire est entaché d’incomplétude et de contradictions s’agissant du modificatif n°3, qui révèlent une autre fraude en ce que aucun plan ne permet, pour le calcul de l’emprise au sol, de vérifier la hauteur de la terrasse et que des constructions n’ont pas été déclarées ; en outre il n’est pas possible, du fait des contradictions, de s’assurer du respect de l’article UD 13 quant aux espaces verts ;
- les dispositions de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme, UD 3 4) du PLU et du porter à connaissance feu de forêt sont méconnues, en l’absence d’une aire de retournement sur la, seule, propriété de la pétitionnaire ; en toutes hypothèses l’aire prévue en dehors de ces limites de propriété n’est pas conforme aux prescriptions du PAC en ce qu’elle est au milieu du chemin et non à son extrémité et s’étend sur seulement 8, 38 m ; en outre le projet ne prévoit aucune aire concernant l’accès au lot B et la largeur de 6 m n’est pas respectée ;
- les dispositions de l’article UD 9 sont méconnues, le permis de construire initial et le modificatif n°1 présentant une emprise au sol non conforme, la fraude étant également caractérisée ;
- les dispositions de l’article L. 451-1 du code de l’urbanisme sont méconnues en l’absence de toute information sur la destruction de la maison initialement sur le terrain et du déplacement de l’ancienne piscine ;
- les dispositions de l’article UD 10 du PLU sont méconnues en l’absence de toute mention sur l’état initial, ne permettant pas de s’assurer que la hauteur maximale de 8 m est respectée ;
- les dispositions de l’article UD 12 du PLU sont méconnues, le nombre de places de stationnement prévu étant insuffisant ;
- les dispositions de l’article UD 13 du PLU sont méconnues, rien ne permettant de démontrer qu’elles sont respectées par le projet.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2026, la commune de Ventabren, représentée par Me Passet conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des requérants la somme de 3 600 € sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable, en conséquence de la tardiveté de la requête au fond ;
- aucun des moyens invoqués à l’appui de la requête n’est de nature à faire naître un doute sur la légalité de la décision contestée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2026, Mme B... A..., représentée par Me Plantard, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que
la requête est tardive et ainsi irrecevable, s’agissant du permis de construire initial et du permis de construire modificatif en date du 25 juin 2024 ;
les requérants n’établissent pas leur intérêt pour agir à l’encontre des autres permis de construire modificatifs ;
aucun des moyens invoqués à l’appui de la requête n’est de nature à faire naître un doute sur la légalité de la décision contestée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la requête en annulation enregistrée sous le n° 2515541


Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Salvage, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience,

Mme A... n’étant ni présente, ni représentée,

Ont été entendus lors de l’audience publique du 29 mai 2026, à 10 heures, qui s’est tenue en présence de Mme Fourrier, greffière d’audience :
- le rapport de M. Salvage ;
- les observations de Me Mas, pour les requérants, qui persiste dans ses écritures, ajoute s’agissant de la tardiveté de la requête qu’à supposer que la pétitionnaire produise la preuve de l’affichage notamment du permis de construire initial, en toutes hypothèses il se prévaut de la fraude, qui peut être soutenue sans qu’un délai ne leur soit opposable ; qu’en toutes hypothèses également ils ont intérêt pour agir pour chaque permis modificatif qui au regard des importantes modifications qu’ils apportent engendrent tous et indépendamment des atteintes à la jouissance de leur bien ; au fond il maintient que les constructions dont la démolition était prévue ne l’ont pas été, que l’emprise au sol autorisée est largement dépassée, qu’une simple pompe à chaleur ne saurait autoriser un dépassement de celle-ci, que la terrasse en litige doit être prise en compte, que la piscine a bien été déplacée, que l’ensemble des contradictions relevées et constats ainsi opérés révèlent la fraude ;
- les observations de Me Beluch, pour la commune, qui persiste dans ses écritures en insistant sur la tardiveté, sur la circonstance que la commune s’est fondée sur les plans et déclarations de la pétitionnaire, et sur l’absence de fraude.

La clôture de l’instruction a été différée au 29 mai 2026 à 17 H.

Une pièce complémentaire a été produite pour Mme A... à 11 H 01 et communiquée aux autres parties.

Un mémoire complémentaire a été produit pour les requérants à 16H30.


Considérant ce qui suit :

M. et Mme C... demandent au juge des référés de suspendre, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, l’exécution des effets des arrêtés du maire de Ventabren du 28 mars 2022, portant délivrance d’un permis de construire, du 25 juin 2024, 17 décembre 2025 et 31 mars 2026 portant délivrance de permis de construire modificatifs au bénéfice de Mme A....

Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision … ». Il résulte de ces dispositions que le prononcé d’une ordonnance de suspension de l’exécution d’une décision administrative est subordonné à la réunion cumulative de l’existence d’une situation d’urgence et d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

En premier lieu, aux termes de l’article R. 600-2 du code de l’urbanisme : « Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ».

Il ressort du constat d’huissier en date des 6 avril et 20 juin 2022, qui fait foi jusqu’à preuve du contraire, qu’un panneau d’affichage du permis de construire délivré le 28 mars 2022 à Mme A... a été apposé sur la parcelle 14 AV 302 sise 321 chemin des Verquières à Ventabren et était bien installé à ces dates. Ce panneau mentionne notamment la surface de planchers et la hauteur tels que déclarés dans sa demande par la pétitionnaire. D’abord, les requérants n’apportent aucun élément de nature à remettre en cause la continuité de cet affichage entre les deux dates. Ensuite, ils ne peuvent utilement se fonder sur les irrégularités qu’ils invoquent au fond quant à la hauteur de la construction et sa surface de plancher pour contester les mentions de ce panneau. Enfin, le constat précise le lieu où se trouvait ledit panneau et n’avait pas à préciser ses dimensions, les pétitionnaires n’apportant là encore aucun début d’élément laissant penser qu’il n’aurait pas été visible de la voie publique. Il s’ensuit que, comme le soutiennent les défendeurs, le délai de recours contentieux était, largement, échu quand M. et Mme C... ont déposé leur recours gracieux auprès du maire de Ventabren le 6 août 2025 et leur requête au fond le 9 décembre 2025.

En deuxième lieu, d’une part, ce recours gracieux tendait au retrait du permis de construire en litige, sans jamais préciser qu’il s’agissait d’une demande de retrait pour fraude. D’autre part, et en tout état de cause, tant dans leur requête au fond que dans la présente requête en référé, les requérants demandent l’annulation, notamment, du permis de construire initial, et nullement l’annulation de la décision du maire refusant de retirer ce permis pour fraude. Ainsi, la seule référence à un moyen tiré de la fraude au fond ne saurait modifier l’étendue du litige qui concerne la légalité des autorisations d’urbanisme et non un refus de retrait pour fraude.

Il s’ensuit que la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté des conclusions dirigées contre le permis de construire initial du 28 mars 2022 doit être accueillie. Les conclusions tendant à la suspension de cette décision sont par suite irrecevables.

En troisième lieu, aux termes de l’article L. 600-1-2 du code de l’urbanisme : « Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient (…) ».

Les requérants établissent leur intérêt pour agir contre les permis de construire modificatifs des 25 juin 2024, dont d’ailleurs la preuve de l’affichage n’a pas été apportée, 17 décembre 2025 et 31 mars 2026, au regard de la nature et de l’ampleur des modifications qu’ils apportent au projet et à l’atteinte potentielle à la jouissance de leur bien. Toutefois, en l’état de l’instruction, et eu égard notamment à la circonstance que le bien fondé des moyens invoqués s’analyse au regard non de la totalité du projet mais de chaque modification apportée par chacun des permis, aucun de ces moyens n’est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige.

Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l’urgence, les conclusions aux fins de suspension doivent être rejetées.

Sur les frais d’instance :

Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Ventabren, qui n’est pas la partie perdante, verse quelque somme que ce soit à M. et Mme C.... Dans les circonstances de l’espèce il n’y a pas lieu de mettre à la charge de ces derniers les sommes demandées par la commune et Mme A... à ce titre.


O R D O N N E :

Article 1er : La requête est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Ventabren et Mme A... au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme C..., à la commune de Ventabren et à Mme B... A....


Fait à Marseille, le 1er juin 2026.


Le président de la 4ème chambre,
juge des référés,

signé


F. SALVAGE


La République mande et ordonne au préfet des Bouches du Rhône en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Le greffier

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