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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2608457

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2608457

lundi 1 juin 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2608457
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPREZIOSO

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Marseille annule la décision du 6 mai 2026 par laquelle l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) a refusé à M. A..., ressortissant algérien, le bénéfice des conditions matérielles d’accueil. Le tribunal juge que cette décision est insuffisamment motivée et que l’OFII n’a pas procédé à un examen individualisé de la vulnérabilité du demandeur, en méconnaissance des articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il enjoint à l’OFII de réexaminer la situation de M. A... dans un délai de huit jours.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mai 2026, M. B... A..., représenté par Me Prezioso, demande au tribunal :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler la décision du 6 mai 2026 par laquelle la directrice territoriale de l’Office français de l’immigration et de l’intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d’accueil ;

3°) d’enjoindre à l’Office français de l’immigration et de l’intégration de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement et, dans cette attente, de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Office français de l’immigration et de l’intégration le versement de la somme de 1 800 euros à Me Prezioso en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou la somme de 1 800 sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la décision en litige est entachée d’un défaut de motivation ;
- l’Office français de l’immigration et de l’intégration n’a pas procédé à un entretien de sa vulnérabilité ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- l’Office français de l’immigration et de l’intégration s’est estimé à tort lié par le dépôt tardif de sa demande ;
- elle méconnaît l’article 1er de la Charte des droit fondamentaux de l’Union européenne et les articles 21 et 22 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 eu égard à sa vulnérabilité ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation de sa vulnérabilité ;
- elle méconnaît le principe de proportionnalité ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.


Par un mémoire en défense, enregistrés le 29 mai 2026, l’Office français de l’immigration et de l’intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- la directive n°2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique modifiée ;
- le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné Mme Delzangles pour statuer sur les litiges relatifs aux conditions matérielles d’accueil en application des articles L. 555-1, L. 921-1 et L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Le rapport de Mme Delzangles, magistrate désignée, a été entendu au cours de l’audience publique du 29 mai 2026.


Les parties n’étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l’instruction a été prononcée, en application de l’article R. 922-16 du code de justice administrative, après appel de leur affaire à l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

Par une décision du 6 mai 2026, la directrice territoriale de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) de Marseille a refusé d’accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil à M. A..., ressortissant algérien, au motif qu’il n’avait pas sollicité l’asile, sans motif légitime, dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant son entrée en France. M. A... demande au tribunal l’annulation de cette décision.

Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence, sous réserve de l’appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d’office, l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ».

En raison de l’urgence, il y a lieu d’admettre M. A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d’annulation :

D’une part, aux termes de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les conditions matérielles d’accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l’article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l’accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : (…) / 4° Il n’a pas sollicité l’asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l’article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d’accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ». Aux termes de l’article L. 531-27 du même code : « L’Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l’autorité administrative chargée de l’enregistrement de la demande d’asile dans les cas suivants : / (…) / 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s’y est maintenu irrégulièrement n’a pas présenté sa demande d’asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France (…) ». Enfin, aux termes de l’article D. 551-17 de ce code : « La décision de refus des conditions matérielles d’accueil prise en application de l’article L. 551-15 est écrite et motivée. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Elle prend effet à compter de sa signature ».

D’autre part, aux termes de l’article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : « (…) 2. Les États membres peuvent aussi limiter les conditions matérielles d’accueil lorsqu’ils peuvent attester que le demandeur, sans raison valable, n’a pas introduit de demande de protection internationale dès qu’il pouvait raisonnablement le faire après son arrivée dans l’État membre. (…) 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d’accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l’article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l’accès aux soins médicaux conformément à l’article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs ».

En premier lieu, si en application des dispositions précitées, la directrice territoriale de l’OFII, saisie d’une demande d’octroi des conditions matérielles d’accueil, doit prendre en compte la situation particulière et la vulnérabilité du demandeur d’asile, elle n’est pas tenue d’exposer dans sa décision, qui doit énoncer avec suffisamment de précision le motif pour lequel les conditions matérielles sont refusées, l’ensemble des éléments d’appréciation de la situation de vulnérabilité de l’intéressé. La décision attaquée, qui vise les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et précise que les conditions matérielles d’accueil sont refusées à M. A... au motif que celui-ci n’a pas sollicité l’asile, sans motif légitime, dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant son entrée en France, comporte ainsi avec suffisamment de précision les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré d’une insuffisance de motivation doit être écarté.

En deuxième lieu, il ne ressort ni des mentions de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier, que la directrice de l’Office français de l’immigration et de l’intégration n’aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant, au regard des éléments portés à sa connaissance, avant de refuser de lui accorder les conditions matérielles d’accueil. Dès lors, le moyen tiré de l’erreur de droit doit être écarté.

En troisième lieu, si le requérant se prévaut d’un « contexte de détresse affective, d’isolement social et d’angoisse sécuritaire » pour justifier le dépôt tardif de sa demande d’asile, de telles circonstances, au demeurant non établies, ne peuvent être regardées comme un motif légitime, au sens des dispositions précitées de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par suite, c’est sans méconnaître l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile que la directrice de l’Office français de l’immigration et de l’intégration s’est fondée sur la circonstance selon laquelle l’intéressé n’avait pas sollicité l’asile, sans motif légitime, dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant son entrée en France.

En quatrième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision en litige que son auteure s’est estimée en situation de compétence liée pour refuser au requérant le bénéfice des conditions matérielles d’accueil et qu’elle aurait ainsi méconnu son pouvoir d’appréciation. Par suite, ce moyen doit également être écarté.

En cinquième lieu, aux termes de l’article L. 522-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d’enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d’autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ».

Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche d’évaluation de vulnérabilité du requérant produite en défense, que l’Office français de l’immigration et de l’intégration a examiné la vulnérabilité de M. A... lors d’un entretien préalable qui s’est déroulé le 6 mai 2026, au cours duquel l’intéressé n’a mentionné aucun élément particulier de nature à caractériser une vulnérabilité particulière. Par ailleurs, le requérant soutient être sans ressource ni hébergement stable et dans une situation d’isolement alors qu’il a indiqué être hébergé par sa belle-mère lors de l’entretien précité réalisé à la même date que celle de la décision attaquée. Si le requérant se prévaut également d’un état psychologique fragile et produit à l’appui de ses allégations le certificat médical et l’ordonnance d’un médecin psychiatre daté du 14 mai 2026 faisant état d’un stress post-traumatique et de la prescription d’antidépresseurs et d’antipsychotiques, ces éléments ne sont pas de nature, à eux seuls, à démontrer l’existence d’une vulnérabilité psychologique particulière, dont il n’a au demeurant pas fait état à l’Office français de l’immigration et de l’intégration lors de l’entretien préalable précité. Il s’ensuit que M. A... n’est pas fondé à soutenir que l’Office français de l’immigration et de l’intégration n’aurait pas procédé à un examen de sa vulnérabilité ni que la décision en litige serait entachée d’une erreur d’appréciation de celle-ci. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 20 et 21 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013, de l’article 1er de la Charte des droit fondamentaux de l’Union européenne et du principe de proportionnalité doivent être écartés.

En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la décision en litige serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l’annulation de la décision du 6 mai 2026 par laquelle la directrice territoriale de l’Office français de l’immigration et de l’intégration de Marseille a refusé à M. A... le bénéfice des conditions matérielles d’accueil doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction ainsi que la demande présentée sur le fondement l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.



D É C I D E :

Article 1er : M. A... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. A... est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., à Me Rodolphe Prezioso et à l’Office français de l’immigration et de l’intégration

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1 juin 2026.

La magistrate désignée,
Signé
B. Delzangles

Le greffier,
Signé
R. Machado



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,






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