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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2000748

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2000748

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2000748
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre JU
Avocat requérantBERNARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 avril 2020 et le 18 novembre 2022, M. E C A, représenté par Me Bernard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 15 octobre 2019 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande tendant à l'échange de son permis de conduire, ainsi que la décision implicite du ministre de l'intérieur rejetant son recours hiérarchique ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un permis de conduire français et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation au regard des dispositions en vigueur au jour du dépôt de sa demande ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- seul le préfet de la Manche était compétent pour prendre la décision attaquée ;

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente, dès lors qu'aucun élément ne permet d'établir que Mme D, directrice du CERT aurait reçu délégation à cette fin ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreurs de fait dès lors que le permis de conduire soumis à échange a été obtenu auprès des autorités soudanaises et qu'aucun élément ne permet de s'assurer que le spécimen authentique utilisé lors de l'expertise a été établi la même année que son titre de conduite ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 7 de l'arrêté du 12 janvier 2012 dès lors que le préfet ne démontre pas l'existence d'un doute quant à l'authenticité du permis de conduire soumis à l'expertise de la police aux frontières.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2020, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

M. C A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juin 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- le code de la route ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- l'arrêté interministériel du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échanges de permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat statuant seul a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- et les observations de Me Bernard, représentant M. C A.

Considérant ce qui suit :

1. M. E C A, ressortissant soudanais, bénéficie de la protection subsidiaire. Le 2 juillet 2019, il a sollicité l'échange de son permis de conduire soudanais contre un permis de conduire français auprès des services de la préfecture de la Manche. Par une décision du 15 octobre 2019, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande au motif qu'une expertise a révélé que son permis de conduire était falsifié. Par un courrier du 9 décembre 2019, M. C A a saisi le ministre de l'intérieur d'un recours hiérarchique. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par le ministre sur ce recours hiérarchique. Par sa requête, M. C A demande l'annulation de ces deux décisions.

2. En premier lieu, par un arrêté de délégation de gestion du 8 septembre 2017, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique le 5 octobre 2017, le préfet de la Loire-Atlantique a reçu compétence pour répondre à toute demande d'échange de permis de conduire présentée par un ressortissant étranger ayant sa résidence dans le département de la Manche. En outre, il ressort d'un arrêté du 17 septembre 2019, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique le même jour, que Mme D, directrice du Centre d'Expertise et de Ressources Titres, a reçu compétence pour prendre tout arrêté ou décision individuelle, au nom du préfet, dans le cadre des attributions relevant de la compétence du CERT. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé sur le rapport d'expertise des services du ministère de l'intérieur pour en conclure que le titre de conduite est un titre falsifié. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de la Communauté européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3 Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé des transports, après avis du ministre de la justice, du ministre de l'intérieur et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé. ". Aux termes de l'article 7 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen, dans sa version applicable au litige : " A. - Avant tout échange, l'autorité administrative compétente s'assure de l'authenticité du titre de conduite et, en cas de doute, de la validité des droits. / B. - Pour vérifier l'authenticité du titre de conduite, l'autorité administrative compétente sollicite, le cas échéant, l'aide d'un service spécialisé dans la détection de la fraude documentaire. / C. - Si l'authenticité du titre de conduite est établie, celui-ci peut être échangé sous réserve de satisfaire aux autres conditions. / D. - Néanmoins, quand bien même l'authenticité du titre de conduite est établie, l'autorité administrative compétente peut, avant de se prononcer sur la demande d'échange, en cas de doute selon les informations dont elle dispose, consulter l'autorité étrangère ayant délivré le titre afin de s'assurer des droits de conduite de son titulaire. / () / E.- Si le caractère frauduleux du titre est établi, l'échange n'a pas lieu et le titre est retiré par l'autorité administrative compétente, qui saisit le procureur de la République en le lui transmettant. " Au regard de ces dispositions, il appartient au préfet de refuser l'échange si l'authenticité du titre présenté n'est pas suffisamment établie. L'intéressé peut, lors de l'instruction de sa demande par l'administration comme à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision refusant l'échange pour défaut d'authenticité du titre, apporter la preuve de son authenticité par tout moyen présentant des garanties suffisantes.

5. En outre, lorsque la personne qui demande, sur le fondement des dispositions précitées, l'échange d'un permis de conduire délivré par un État ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, a la qualité de réfugié en raison des craintes de persécution de la part des autorités de cet État, les dispositions citées ci-dessus doivent être appliquées en tenant compte des stipulations de l'article 25 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, aux termes desquelles : " 1. Lorsque l'exercice d'un droit par un réfugié nécessiterait normalement le concours d'autorités étrangères auxquelles il ne peut recourir, les États contractants sur le territoire desquels il réside veilleront à ce que ce concours lui soit fourni, soit par leurs propres autorités, soit par une autorité internationale. / 2. La ou les autorités visées au paragraphe 1er délivreront ou feront délivrer sous leur contrôle, aux réfugiés, les documents ou les certificats qui normalement seraient délivrés à un étranger par ses autorités nationales ou par leur intermédiaire. / 3. Les documents ou certificats ainsi délivrés remplaceront les actes officiels délivrés à des étrangers par leurs autorités nationales ou par leur intermédiaire, et feront foi jusqu'à preuve du contraire () ".

6. Si après avoir, le cas échéant, saisi le service spécialisé dans la détection de la fraude documentaire, l'autorité compétente estime que le caractère falsifié du titre de conduite est établi, elle rejette la demande d'échange de permis de conduire, sans être tenue de mettre préalablement en mesure l'intéressé, alors même qu'il a le statut de réfugié, de lui soumettre des éléments de nature à établir l'authenticité de son titre ou la validité de ses droits à conduire.

7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport d'examen technique simplifié réalisé par les services spécialisés du ministère de l'intérieur le 7 octobre 2019 et du rapport d'examen technique détaillé réalisé le 20 octobre 2020, que le fond d'impression et les mentions pré-imprimées du titre de conduite soudanais présenté par M. C A sont conformes à un document authentique. Toutefois, les services relèvent également que les mentions biographiques et la photographie ont été imprimées au toner et non par impression thermique, démontrant ainsi une falsification du titre de conduite. Par suite, alors qu'aucune disposition n'impose au préfet d'établir l'existence d'un doute quant à l'authenticité du permis de conduire soumis à l'échange qui fonderait la saisine des services spécialisés du ministère de l'intérieur, le caractère falsifié du titre de conduite est établi de manière certaine. Dès lors, M. C A n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de procéder à l'échange de son permis de conduire soudanais contre un permis de conduire français, le préfet de la Loire-Atlantique aurait entaché sa décision d'une erreur de droit ou d'erreurs de fait.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. C A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C A, à Me Bernard et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera faite au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

F. BLa greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière,

C. Bénis

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