lundi 19 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2000787 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JUGE STATUANT SEUL |
| Avocat requérant | BOURREL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 14 avril 2020, le 29 octobre 2021, le 27 décembre 2021 et le 7 février 2022, Mme A D représentée par Me Bourrel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 février 2020 par laquelle l'inspecteur d'académie, directeur académique des services de l'éducation nationale du Calvados, a décidé de maintenir l'appréciation finale portée sur le compte-rendu de son troisième entretien de carrière au titre de l'année scolaire 2018-2019, ensemble l'appréciation finale portée au compte rendu de son troisième entretien de carrière ;
2°) de mettre à la charge l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la décision :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- se fonde sur des faits matériellement inexacts ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 octobre 2021 et 25 août 2022, la rectrice de l'académie de Normandie conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le décret n° 90-680 du 1er août 1990 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B ;
- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,
- et les observations de Me Guillemain, substituant Me Bourrel, représentant Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A D, professeure des écoles de classe normale, a été destinataire de l'appréciation finale, délivrée par le directeur académique des services de l'éducation nationale du Calvados, faisant suite à son rendez-vous de carrière du 3 septembre 2019, concernant l'année scolaire 20018-2019. Le 3 octobre 2019, elle a contesté auprès de l'inspecteur d'académie, directeur académique des services de l'éducation nationale du Calvados (DASEN), l'appréciation finale de ce rendez-vous de carrière. Cette contestation a été rejetée le 4 novembre 2019. Mme D a saisi la commission administrative paritaire départementale en vue d'obtenir la révision de cette appréciation. La commission administrative paritaire s'est réunie le 28 janvier 2020. Le 14 février 2020, l'inspecteur d'académie a rejeté sa demande et a maintenu l'appréciation finale formulée. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de cette décision.
Sur la légalité externe :
2. Aux termes de l'article R. 222-19-3 du code de l'éducation nationale : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet si ce jour est postérieur, les directeurs académiques des services de l'éducation nationale peuvent signer, au nom du recteur et par délégation, l'ensemble des actes relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité se rapportant à la mise en œuvre de la politique éducative relative aux enseignements primaires et secondaires ainsi qu'aux établissements qui les dispensent et aux personnels qui y sont affectés. / Cette délégation s'exerce sous l'autorité du recteur d'académie, qui peut y mettre fin à tout moment, totalement ou partiellement, par arrêté publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de région, notamment pour prendre en compte l'organisation fonctionnelle et territoriale définie en application de l'article R. 222-19. Cet arrêté met fin de plein droit, pour les délégations concernées, à celles consenties par le directeur académique des services de l'éducation nationale sur le fondement des deuxième à quatrième alinéas de l'article D. 222-20. / Sous réserve des dispositions de l'alinéa précédent, le changement de recteur ne met pas fin à cette délégation ".
3. La décision a été signée par M. E C, directeur académique des services de l'éducation nationale du Calvados, qui disposait en cette qualité d'une délégation de signature régulière en application des dispositions de l'article R. 222-19-3 précité. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cette décision doit donc être écarté.
Sur la légalité interne :
4. Aux termes de l'article 23-3 du décret n° 90-680 du 1er août 1990 : " Le professeur des écoles bénéficie de trois rendez-vous de carrière dont l'objectif est d'apprécier la valeur professionnelle des intéressés. Ils ont lieu lorsque au 31 août de l'année scolaire en cours () 3° Pour le troisième rendez-vous, le professeur des écoles est dans la deuxième année du 9e échelon de la classe normale. / Pour les professeurs des écoles exerçant une fonction d'enseignement, le rendez-vous de carrière comprend une inspection, un entretien avec l'inspecteur qui a conduit l'inspection ". Aux termes de l'article 23-4 du même décret : " Pour les professeurs des écoles mentionnés à l'article précédent, le rendez-vous de carrière donne lieu à l'établissement d'un compte rendu. / L'appréciation finale de la valeur professionnelle qui figure au compte rendu est arrêtée par le recteur d'académie ". Enfin, aux termes de l'article 23-6 de ce décret : " L'enseignant peut saisir le recteur d'académie d'une demande de révision de l'appréciation finale de la valeur professionnelle dans un délai de 30 jours francs suivant sa notification. / Le recteur d'académie dispose d'un délai de 30 jours francs pour réviser l'appréciation finale de la valeur professionnelle. L'absence de réponse équivaut à un refus de révision. / La commission administrative paritaire compétente peut, à la requête de l'intéressé, sous réserve qu'il ait au préalable exercé le recours mentionné au premier alinéa, demander au recteur d'académie la révision de l'appréciation finale de la valeur professionnelle. La commission administrative paritaire compétente doit être saisie dans un délai de 30 jour francs suivant la réponse formulée par l'autorité hiérarchique dans le cadre du recours. / Le recteur d'académie notifie au professeur des écoles l'appréciation finale définitive de la valeur professionnelle ".
5. Il ressort des pièces du dossier que, suite à son compte-rendu de rendez-vous de carrière, la requérante a obtenu le niveau d'expertise " à consolider " pour sept des onze items évalués. En outre, l'appréciation littérale de l'inspectrice contenue dans son évaluation professionnelle au titre de l'année 2018-2019 mentionne notamment que " le parcours de Madame D s'inscrit essentiellement dans des missions de remplacement d'enseignants sur des durées variables. Cette enseignante déploie des outils identiques dans chaque classe. Malgré une volonté de bienveillance et de différenciation, cette enseignante, qui dit ne pas avoir confiance dans les élèves, utilise des outils et des postures qui ne les rassurent pas dans les apprentissages et ne garantissent pas leur confiance () ".
6. En premier lieu, Mme D ne peut se prévaloir utilement de ce que l'inspectrice ait mentionné son parcours qui " s'inscrit essentiellement dans des missions de remplacement d'enseignants sur des durée variables " au motif qu'elle exercerait la mission de professeur des écoles depuis 2002. Il ressort en effet des pièces du dossier que Mme D effectue, depuis 2016, pour des motifs personnels, des missions de remplacement. Le dernier rendez-vous de carrière ayant eu lieu le 22 mars 2012, l'administration n'a pas commis d'erreur de fait en retenant que le parcours professionnel de la requérante s'inscrivait essentiellement dans des missions de remplacement. Par suite, ce premier élément ne peut être retenu pour qualifier l'erreur manifeste d'appréciation alléguée.
7. En deuxième lieu, si Mme D soutient également que les appréciations figurant à son dossier quant à sa manière de servir sont erronées et mensongères, il n'est pas établi que ces appréciations reposeraient sur des faits matériellement inexacts ou seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
8. En troisième lieu, l'appréciation littérale de l'inspectrice contenue dans l'évaluation professionnelle au titre de l'année 2018-2019 enjoint Mme D " de cesser d'utiliser des pictogrammes, qui qualifient le refus de travailler, leur choix de ne pas prendre la correction, leurs nombreux bavardages, le fait d'avoir fait du bruit ou de s'être bagarré, malgré plusieurs rappels à l'ordre. Les Monsieur, Madame, utilisés et collés dans les cahiers des élèves dégradent leur estime d'eux-mêmes et sont de ce fait intolérables dans une école de la bienveillance. Les élèves qui sont au pied du tableau, face au mur, ou isolés en fond de classe, ne peuvent s'investir avec confiance dans les apprentissages. " Il ressort des pièces du dossier et notamment du compte rendu de la commission administrative paritaire départementale que le contexte de l'entretien était difficile puisque Mme D avait été affectée sur une classe de CE2 à l'école Les Tilleuls de Mondeville et dont les absences du professeur titulaire ont entrainé une discontinuité dans les remplacements. Mme D a adopté une posture de méfiance et de fermeture vis-à-vis des élèves et du groupe classe compte tenu des débordements relatifs à des bagarres, à des bavardages ou à des refus de prendre des corrections. La posture adoptée par la requérante s'est alors traduite par la mise en place de pictogrammes et de l'utilisation de noms pour les élèves tirés des livres pour enfants " F " qui reflétaient leur comportement. Cette attitude, peu compréhensive et sans notable évolution, n'a pas suffisamment pris en compte le comportement des élèves, notamment leur savoir-être. En outre, certains élèves étaient " au pied du tableau, face au mur, ou isolés en fond de classe, ne peuvent s'investir avec confiance dans les apprentissages ", faits dont la matérialité n'est pas contestée par la requérante.
9. En quatrième lieu, si la requérante fait valoir que la " grille d'évaluation " du compte-rendu de rendez-vous de carrière n'est pas adaptée aux professeurs des écoles affectés sur des postes de " brigades ", il ressort des pièces du dossier et de l'arrêté du 5 mai 2017 relatif à la mise en œuvre du rendez-vous de carrière des personnels enseignants, d'éducation et de psychologues du ministère chargé de l'éducation nationale, que pour le troisième rendez-vous d'un professeur des écoles, la grille d'évaluation utilisée doit correspondre au modèle 1. Aucune disposition législative ou règlementaire ne prévoit l'utilisation d'un autre modèle pour les professeurs des écoles remplaçants. Par suite, le moyen doit être écarté.
10. En cinquième lieu, si la requérante soutient également que les observations apportées dans le compte rendu litigieux sont relatives à son engagement syndical. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le compte rendu de rendez-vous de carrière de Mme D pour l'année 2018-2019 ne reposerait pas sur l'appréciation de sa manière de servir, aurait pour objet de sanctionner son engagement syndical ou de porter atteinte à sa situation professionnelle.
11. En sixième lieu, la circonstance que la note chiffrée de Mme D dans le dispositif précédent d'évaluation était de 14,5/20 n'est pas, non plus à elle seule, de nature à établir une erreur manifeste dans l'appréciation de la valeur professionnelle de la requérante.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme D tendant à l'annulation du compte rendu d'entretien de carrière réalisé au titre de l'année 2018-2019 et de la décision du 14 février 2020 par laquelle la rectrice de l'académie de Caen a refusé d'annuler ce compte-rendu, doivent être rejetées.
Sur les frais du litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et à la rectrice de l'académie de Normandie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
SIGNÉ
B. B Le greffier,
SIGNÉ
A. GODEY
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
la greffière,
A. Godey
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026