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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2000856

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2000856

mercredi 28 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2000856
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre JU
Avocat requérantCAVELIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 28 avril 2020, 10 septembre 2020 et 27 août 2021, M. E F A C, représenté par Me Cavelier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 mars 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande tendant à l'échange de son permis de conduire libyen contre un permis de conduire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un permis de conduire français ou de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de 15 jours et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article R. 222-3 du code de la route et de l'article 7 de l'arrêté du 12 janvier 2012, ainsi que les stipulations de l'article 25 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 en n'invitant pas le requérant à présenter tout élément permettant d'établir l'authenticité de son titre de conduite avant de rejeter sa demande ;

- le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en ne tenant pas compte de la qualité de réfugié du requérant, de l'impossibilité de demander la délivrance d'une attestation à l'administration libyenne et en rejetant sa demande sans apporter la preuve de ce que les titres de conduite seraient contrefaits ;

- l'attestation délivrée par l'administration libyenne permet d'établir qu'il est titulaire d'un permis de conduire libyen ;

- le rapport d'analyse de la police aux frontières ne permet pas d'établir que le permis de conduire libyen serait contrefait, alors qu'il est constant que les ressortissants libyens ne conservent pas les originaux de leurs titres de conduite mais seulement des copies ;

- l'attestation de permis de conduire délivrée par les autorités libyennes permet de démontrer que les conclusions du rapport de la police aux frontières sont erronées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 décembre 2020, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 3 juillet 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- le code de la route ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- l'arrêté du 8 février 1999 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le magistrat statuant seul a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D ;

- les observations de Me Cavelier, représentant M. A C.

Considérant ce qui suit :

1. M. E F A C, ressortissant libyen, a été admis au bénéfice du statut de réfugié par une décision de l'OFPRA du 28 septembre 2018. Il a sollicité le 28 juin 2019 l'échange de son permis de conduire libyen contre un permis de conduire français. Par une décision du 2 mars 2020, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté cette demande au motif que le permis de conduire étranger présenté à l'échange était contrefait.

2. En premier lieu, par un arrêté préfectoral du 17 septembre 2019, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique, Mme B, cheffe de la section lutte contre la fraude du Centre d'Expertise et de Ressources Titres, a reçu délégation de signature aux fins de prendre tout arrêté ou toute décision individuelle au nom du préfet et dans la limite de ses attributions. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de la Communauté européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3 Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé des transports, après avis du ministre de la justice, du ministre de l'intérieur et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé. ". Aux termes de l'article 7 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen, dans sa version applicable au litige : " A. - Avant tout échange, l'autorité administrative compétente s'assure de l'authenticité du titre de conduite et, en cas de doute, de la validité des droits. / B. - Pour vérifier l'authenticité du titre de conduite, l'autorité administrative compétente sollicite, le cas échéant, l'aide d'un service spécialisé dans la détection de la fraude documentaire. / C. - Si l'authenticité du titre de conduite est établie, celui-ci peut être échangé sous réserve de satisfaire aux autres conditions. / D. - Néanmoins, quand bien même l'authenticité du titre de conduite est établie, l'autorité administrative compétente peut, avant de se prononcer sur la demande d'échange, en cas de doute selon les informations dont elle dispose, consulter l'autorité étrangère ayant délivré le titre afin de s'assurer des droits de conduite de son titulaire. / () / E.- Si le caractère frauduleux du titre est établi, l'échange n'a pas lieu et le titre est retiré par l'autorité administrative compétente, qui saisit le procureur de la République en le lui transmettant. " Au regard de ces dispositions, il appartient au préfet de refuser l'échange si l'authenticité du titre présenté n'est pas suffisamment établie. L'intéressé peut, lors de l'instruction de sa demande par l'administration comme à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision refusant l'échange pour défaut d'authenticité du titre, apporter la preuve de son authenticité par tout moyen présentant des garanties suffisantes.

4. En outre, lorsque la personne qui demande sur le fondement des dispositions citées ci-dessus l'échange d'un permis de conduire délivré par un État ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, a la qualité de réfugié, les dispositions précitées doivent être appliquées en tenant compte des stipulations de l'article 25 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, aux termes desquelles : " 1. Lorsque l'exercice d'un droit par un réfugié nécessiterait normalement le concours d'autorités étrangères auxquelles il ne peut recourir, les États contractants sur le territoire desquels il réside veilleront à ce que ce concours lui soit fourni, soit par leurs propres autorités, soit par une autorité internationale. / 2. La ou les autorités visées au paragraphe 1er délivreront ou feront délivrer sous leur contrôle, aux réfugiés, les documents ou les certificats qui normalement seraient délivrés à un étranger par ses autorités nationales ou par leur intermédiaire. / 3. Les documents ou certificats ainsi délivrés remplaceront les actes officiels délivrés à des étrangers par leurs autorités nationales ou par leur intermédiaire, et feront foi jusqu'à preuve du contraire () ".

5. Il résulte de la combinaison des stipulations et dispositions précitées que si, le cas échéant, après avoir saisi le service spécialisé dans la détection de la fraude documentaire, l'autorité compétente estime que le caractère falsifié du titre de conduite est établi, elle rejette la demande d'échange de permis de conduire, sans être tenue de mettre préalablement en mesure l'intéressé, alors même qu'il a le statut de réfugié, de lui soumettre des éléments de nature à établir l'authenticité de son titre ou la validité de ses droits à conduire.

6. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande présentée par M. A C, le préfet de la Loire-Atlantique a considéré que le titre dont l'échange est demandé présente les caractéristiques d'un document contrefait. La direction de la police aux frontières, après expertise technique par un agent spécialiste de la fraude documentaire, conclut dans son rapport simplifié du 25 octobre 2019, versé au dossier, que les deux permis de conduire transmis par le requérant ont le caractère de contrefaçons dès lors que " le fond d'impression et les mentions pré-imprimées sont imprimés en toner au lieu d'être réalisés en procédé photographique ". Le requérant produit une copie d'une attestation de permis de conduire, établie par les autorités libyennes et obtenue par le biais d'un de ses cousins resté vivre en Libye. Toutefois, ce document, dont l'authenticité n'est pas établie, n'est pas de nature à remettre en cause les conclusions des analystes de la police aux frontières. Dans ces conditions, le préfet de la Loire-Atlantique était fondé à retenir le défaut d'authenticité du titre de conduite du requérant pour refuser de procéder à son échange contre un permis français. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A C, doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E F A C, à Me Cavelier et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera transmise pour information au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

F. DLa greffière,

Signé

C. BENIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

C. Bénis

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