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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2001004

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2001004

lundi 19 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2001004
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJUGE STATUANT SEUL
Avocat requérantDESERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 26 mai 2020, le 12 août 2020, le 2 septembre 2020, le 27 septembre 2020 et le 25 février 2021, Mme A B D, représentée par Me Pauline Désert, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de lui accorder à titre provisoire l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 19 octobre 2018 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Manche lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 10 223,73 euros pour la période du 1er octobre 2016 au 30 septembre 2018 ;

3°) d'annuler la décision du 18 octobre 2018 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Manche lui a notifié un indu de prime de fin d'année d'un montant de 274,41 euros au titre de l'année 2017 ;

4°) d'annuler la décision du 19 octobre 2018 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Manche lui a notifié un indu d'aide personnalisée au logement de 5 669 euros pour la période du 1er janvier 2018 au 30 novembre 2018, d'allocation de soutien familial de 6 437,73 euros pour la période du 1er janvier 2016 au 30 juin 2018, de prime d'activité de 700,86 euros pour la période du 1er février 2016 au 31 juillet 2018 ;

5°) d'annuler la décision implicite de rejet de la caisse d'allocations familiales de la Manche portant sur les indus en litige ;

6°) d'annuler la décision du 14 décembre 2018 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Manche lui a notifié une pénalité administrative de 1 220 euros et la décision du 2 janvier 2019 portant rejet de son recours gracieux ;

7°) de condamner l'Etat à verser à Me Désert la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de renoncement de Me Désert au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- la créance est prescrite au-delà de deux ans conformément à l'article L. 5453-1 du code de la sécurité sociale ;

- elle ne vit pas en concubinage avec M. B depuis le 1er janvier 2016 ;

- elle doit bénéficier des diverses prestations en tant que personne isolée.

Par un mémoire enregistré le 25 septembre 2020, la caisse d'allocations familiales de la Manche conclut à l'irrecevabilité de la requête pour tardiveté et, à titre subsidiaire, demande au tribunal de valider les indus et de condamner Mme B au paiement de ces indus.

Elle soutient que :

- la requête a été déposée hors délai ;

- la vie maritale a repris le 1er janvier 2016 ;

- Mme B a eu une intention frauduleuse ;

- le dossier a été régularisé au-delà de la prescription biennale ;

- le montant de la retenue mensuelle a été fixé à 250 euros à compter du 1er octobre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Mme B D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 décembre 2020.

Le président du tribunal a désigné M. C, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Hourmant substituant Me Désert, représentant Mme B D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B D a perçu le revenu de solidarité active, l'aide personnalisée au logement et l'allocation de soutien familial à compter de mars 2014. Suite à un contrôle de situation en août 2018, la caisse d'allocations familiales de la Manche a considéré qu'elle avait repris une vie maritale à compter du 1er janvier 2016 et lui a notifié le 18 et 19 octobre 2018 des indus de revenu de solidarité active, de prime d'activité, d'aide personnalisée au logement, d'allocation de soutien familial et de prime de fin d'année résultant de ce changement de situation. La caisse d'allocations familiales de la Manche lui a notifié, le 14 décembre 2018, une pénalité administrative d'un montant de 1 220 euros. Par courriers du 23 novembre 2018 et 19 décembre 2018, elle a contesté le bien-fondé des indus mis à sa charge, la reprise de la vie maritale et la qualification de fraude. Par décision du 21 février 2019, le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Manche a rejeté les recours administratifs que Mme B D avait formés à l'encontre de l'ensemble des décisions du 18 et 19 octobre 2018, et par décision du 2 janvier 2019, elle a rejeté le recours administratif qu'elle avait formé à l'encontre de la pénalité administrative le 23 novembre 2018. Par cette requête, Mme B D conteste le bien-fondé de ces indus et la pénalité administrative qui lui a été infligée.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgences, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Par décision du 17 décembre 2020, le bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme B D à l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle est devenue sans objet.

Sur les conclusions relatives aux indus de revenu de solidarité active, de prime d'activité, d'aide personnalisée au logement, et de prime de fin d'année :

En ce qui concerne l'objet de la requête :

3. Si le silence gardé par l'administration pendant deux mois sur le recours préalable obligatoire formé par Mme B D contre les décisions de la caisse d'allocations familiales de la Manche du 18 et 19 octobre 2018 lui notifiant des indus de revenu de solidarité active, de prime d'activité, d'aide personnalisée au logement et de prime de fin d'année, a fait naître une décision implicite de rejet, la décision expresse de rejet de la caisse d'allocations familiales de la Manche intervenue postérieurement le 21 février 2019, se substitue à la première décision. Ainsi, les conclusions en ce qu'elles contestent la décision implicite de rejet doivent, dès lors, être regardées comme dirigées contre cette décision expresse de la caisse d'allocations familiales de la Manche du 29 août 2018.

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par la caisse d'allocations familiales de la Manche :

4. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". L'article R. 421-5 du même code dispose que : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". En vertu de l'article R. 421-2 du code de justice administrative, sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Selon, l'article L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration, les délais de recours contre une décision implicite de rejet ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception prévu par l'article L. 112-3 du même code ne lui a pas été transmis ou que celui-ci ne porte pas les mentions prévues à l'article R. 112-5 de ce code et, en particulier, la mention des voies et délais de recours.

5. Le principe de sécurité juridique fait obstacle à ce que le demandeur, lorsqu'il est établi qu'il a eu connaissance de la décision implicite qui lui a été opposée, puisse la contester indéfiniment du seul fait que l'administration ne lui a pas délivré d'accusé de réception de sa demande ou n'a pas porté sur l'accusé de réception les mentions requises. La preuve d'une telle connaissance peut résulter de ce qu'il est établi, soit que l'intéressé a été clairement informé des conditions de naissance d'une décision implicite lors de la présentation de sa demande, soit que la décision a par la suite été expressément mentionnée au cours de ses échanges avec l'administration, notamment à l'occasion d'un recours gracieux dirigé contre cette décision. Le demandeur dispose alors, pour saisir le juge, d'un délai raisonnable qui, sauf circonstances particulières, ne saurait excéder un an et court, dans la première hypothèse, de la date de naissance de la décision implicite et, dans la seconde, de la date de l'événement établissant qu'il a eu connaissance de la décision.

6. Si Mme B D fait valoir qu'elle n'a pas été informée des conditions de naissance d'une décision implicite lors de la présentation de son recours gracieux en date du 23 novembre 2018 ni que la décision implicite née du silence gardé par la caisse d'allocations familiales de la Manche sur ce recours gracieux ait, par la suite, été expressément mentionnée au cours de ses échanges avec l'administration, il résulte de ce qui a été dit au point 3 qu'elle doit être regardée comme dirigeant ses conclusions contre la décision du 21 février 2019 rejetant son recours administratif. Il résulte de l'instruction que cette décision, qui comportait la mention des voies et délais de recours, a été transmise à Mme B D par lettre recommandée avec accusé de réception, que le pli a été présenté à son domicile le 25 février 2019 et est revenu avec la mention " pli avisé et non réclamé ". La caisse d'allocations familiales de la Manche indique, par ailleurs, avoir procédé à un second envoi en pli simple. Par suite, à la date de l'introduction du recours contentieux de Mme B D, le 26 mai 2020, le délai du recours contentieux était expiré. Dès lors, la caisse d'allocations familiales de la Manche est fondée à faire valoir que les conclusions dirigées contre les indus en litige sont tardives. Par suite, la fin de non-recevoir de la caisse d'allocation familiales de la Manche doit être accueillie.

Sur la pénalité administrative :

7. Par courrier du 13 novembre 2018, la caisse d'allocations familiales de la Manche a informé Mme B D qu'elle envisageait de prononcer à son encontre une pénalité administrative pour fausse déclaration et lui a notifié, le 14 décembre 2018, cette pénalité administrative d'un montant de 1 220 euros en application des dispositions de l'article L.114-17 du code de la sécurité sociale. Par un courrier électronique du 23 novembre 2018, Mme B D a contesté cette décision. Par courrier du 2 janvier 2019, la caisse d'allocations familiales de la Manche a rejeté son recours administratif.

8. Aux termes de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale : " I.- Peuvent faire l'objet d'un avertissement ou d'une pénalité prononcée par le directeur de l'organisme chargé de la gestion des prestations familiales ou des prestations d'assurance vieillesse, au titre de toute prestation servie par l'organisme concerné : / 1° L'inexactitude ou le caractère incomplet des déclarations faites pour le service des prestations, sauf en cas de bonne foi de la personne concernée ; () / La mesure prononcée est motivée et peut être contestée devant le tribunal judiciaire spécialement désigné en application de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire. () ".

9. Les pénalités administratives prononcées en application de ces dispositions relèvent de la compétence du Tribunal judiciaire. Par suite, les conclusions de la requérante tendant à l'annulation de la pénalité administrative d'un montant de 1 220 euros qui lui a été infligée le 14 décembre 2018 et la décision de rejet de son recours gracieux du 2 janvier 2019 ne relèvent pas de la compétence du Tribunal administratif et doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B D doit être rejetée.

Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme que le conseil de Mme B D demande au titre desdites dispositions soit mise à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Manche qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B D et à la caisse d'allocations familiales de la Manche.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

SIGNÉ

B. C

La greffière,

SIGNÉ

A. GODEY

La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

la greffière,

A. Godey

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