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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2001634

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2001634

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2001634
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre JU
Avocat requérantPROSPER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er septembre 2020, Mme B A, représentée par Me Souty, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur territorial de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) a rejeté sa demande d'accès au dossier administratif ;

2°) d'enjoindre au directeur territorial de l'OFII de lui communiquer le dossier administratif et les documents pertinents sur lesquels se sont fondés les membres du collège de médecins pour rendre leur avis sur le système de santé en Albanie, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions du code des relations entre le public et l'administration relatives à la communication des documents administratifs, notamment ses articles L. 300-2 et L. 311-1, dès lors que les documents dont la communication est sollicitée sont des documents administratifs non publiés ;

- la fiche BISPO relative à l'Albanie, qui a servi au collège de médecins de l'OFII pour rendre son avis défavorable fondant la décision du préfet du Calvados du 25 mai 2019, n'a jamais fait l'objet d'une mise à disposition du public ; dès lors, l'OFII avait l'obligation de communiquer cette " fiche pays " ;

- la décision attaquée est contraire à l'avis du 17 octobre 2019 rendu par la commission d'accès aux documents administratifs.

Par un mémoire en intervention, enregistré le 10 novembre 2020, la Cimade, le Gisti, l'association Aides, l'association Arcat et l'association Act-Up Paris, représentés par Me Prosper, demandent que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête.

Ils soutiennent que, par un rapport de 2017 rendu par l'OFII au Parlement, l'existence d'un système de fiches par pays et par pathologie est établie, que ces fiches servent au collège de médecins dans l'élaboration de leurs avis et qu'elles n'ont pas été mises à la disposition du public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet au fond.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt à agir, dès lors que l'ensemble des ressources documentaires utilisées par le collège de médecins a été mise à la disposition du public sur son site Internet ;

- aucune fiche actualisée par pays et par pathologie n'existe à ce jour et n'est utilisée par le collège des médecins pour rendre ses avis ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté le 17 décembre 2020 la demande d'aide juridictionnelle de Mme B A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de Michel Bonneu, rapporteur public,

- et les observations de Me Souty, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante albanaise, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en sa qualité de parent d'un enfant malade. Après avoir saisi le collège de médecins de l'Office Français de l'Intégration et de l'Immigration (OFII), le préfet du Calvados a rejeté cette demande par un arrêté du 25 mai 2019. Mme A a demandé, par un courriel du 30 juillet 2020, la communication de la fiche " BISPO - Albanie " qui aurait servi de fondement à l'avis du collège de médecins de l'OFII. Sans réponse à cette demande, Mme A a saisi la commission d'accès aux documents administratifs le 31 août 2020. Dans l'attente d'un avis rendu par la commission, Mme A demande, par la présente requête, l'annulation de la décision implicite du directeur territorial de l'OFII refusant de lui transmettre les documents sollicités.

2. Aux termes de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions, codes sources et décisions ". Aux termes de l'article L. 311-1 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre ". L'article L. 311-2 de ce code dispose : " () Le droit à communication ne s'exerce plus lorsque les documents font l'objet d'une diffusion publique () ".

3. Il résulte des dispositions des articles L. 300-2, L. 311-1 et L. 311-2 du code des relations du public avec l'administration que, d'une part, si elles n'imposent pas à l'administration d'élaborer un document dont elle ne disposerait pas pour faire droit à une demande de communication, constituent des documents administratifs au sens de ces dispositions les documents qui peuvent être établis par extraction des bases de données dont l'administration dispose, si cela ne fait pas peser sur elle une charge de travail déraisonnable, et, d'autre part, que le droit à communication ne s'exerce plus lorsque les documents font l'objet d'une diffusion publique.

4. L'annexe à l'arrêté du 5 janvier 2017 visé ci-dessus, également intitulée " Bibliothèque d'information santé sur les pays d'origine " (BISPO), se borne à recenser, le cas échéant avec leur adresse, les sites internet institutionnels et associatifs français, étrangers et internationaux comportant des informations sur l'accès aux soins dans les pays d'origine des demandeurs de titres de séjour pour raison médicale, ainsi que ceux relatifs aux pathologies les plus fréquemment rencontrées. Cette liste constitue une aide à la décision pour les membres du collège de médecins de l'OFII dans le cadre de l'instruction des demandes de titre de séjour pour soins, ceux-ci ayant cependant la faculté de s'appuyer sur d'autres données issues de leurs recherches. Reprise sous la rubrique " Ressources documentaires internationales de santé " en accès libre sur le site internet de l'OFII, elle doit être regardée comme ayant fait l'objet d'une diffusion publique. Enfin, si Mme A soutient que l'OFII aurait constitué des fiches sur l'état du système de santé des pays étrangers, il ressort d'un avis du 24 septembre 2020 de la commission d'accès aux documents administratifs que ce projet engagé en 2017 a finalement été abandonné. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 300-2 et L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la Cimade, au Groupe d'information et de soutien des immigrés, à l'association Aides, à l'Arcat - Groupe SOS, à l'association Act-up Paris et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

F. CLa greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière,

C. Bénis

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