vendredi 30 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2002028 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DESERT |
Vu la procédure suivante :
I. Sous le n° 2002028, par une requête et des mémoires enregistrés les 21 octobre 2020, 19 novembre 2021, 13 janvier et 28 octobre 2022, Mme B A, représentée par Me Désert, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite, née du silence gardé par l'administration sur ses demandes de protection fonctionnelle des 3 avril et 20 juillet 2020, par laquelle la rectrice de l'académie de Normandie a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;
2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Normandie de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle, ou à défaut de réexaminer sa demande, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle est victime d'agissements répétés qui ont dégradé ses conditions de travail ;
- les faits ont porté atteinte à sa dignité et ont compromis sa santé physique et mentale et son avenir professionnel.
Par un mémoire enregistré le 13 décembre 2021, la rectrice de l'académie de Normandie conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
II. Sous le n° 2002053, par une requête et des mémoires enregistrés les 22 octobre 2020, 19 novembre 2021, 17 janvier et 28 octobre 2022, Mme B A, représentée par Me Désert, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 40 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison du harcèlement moral dont elle soutient avoir été victime, ainsi que les intérêts au taux légal à compter de la date de la réception de sa demande préalable par le rectorat ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a été victime de harcèlement moral ;
- elle n'a pas bénéficié du soutien du rectorat ;
- elle a subi, en raison de ces agissements, un préjudice moral estimé à 30 000 euros et un préjudice financier estimé à 10 000 euros.
Par des mémoires enregistrés les 14 janvier et 30 mars 2022, la rectrice de l'académie de Normandie conclut au rejet de la requête.
Vu :
- le jugement avant dire droit du 2 mars 2022 ;
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public,
- et les observations de Me Désert, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, attachée d'administration de l'Etat, a été affectée à compter du 1er décembre 2019 au lycée Jooris à Dives-sur-Mer, pour occuper les fonctions d'agent comptable. Le 3 avril 2020, elle a été placée en arrêt de travail et a sollicité le bénéfice de la protection fonctionnelle. Compte tenu de la prorogation des délais prévue par l'ordonnance du 25 mars 2020, la demande de protection fonctionnelle, reçue au rectorat le 30 avril 2020 doit être regardée comme ayant été formulée le 23 juin 2020. Une décision implicite de rejet est née le 23 août 2020. Par la requête n° 2002028, Mme A demande l'annulation de cette décision. Par la requête n° 2002053, elle demande également au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 40 000 euros en réparation de divers préjudices qu'elle estime avoir subis du fait du harcèlement moral dont elle soutient avoir été victime. Il y a lieu de joindre ces deux requêtes afin d'y statuer par un seul jugement.
2. Aux termes du IV de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983, applicable au litige : " La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté ". Si la protection résultant de ce principe n'est pas applicable aux différends susceptibles de survenir, dans le cadre du service, entre un agent public et l'un de ses supérieurs hiérarchiques, il en va différemment lorsque les actes du supérieur hiérarchique sont, par leur nature ou leur gravité, insusceptibles de se rattacher à l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. En particulier, les agissements de harcèlement moral sont de ceux qui permettent à l'agent public qui en est l'objet d'obtenir le bénéfice de la protection fonctionnelle.
3. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
Sur la demande de protection fonctionnelle :
4. Mme A a pris ses fonctions d'agent comptable alors que le dernier agent comptable titulaire avait été suspendu de ses fonctions le 10 décembre 2018, et alors que deux intérimaires avaient assuré les fonctions entre le 21 décembre 2018 et le 2 décembre 2019. Dès son arrivée, Mme A a alerté les services financiers du rectorat sur des irrégularités et des dysfonctionnements ainsi que sur les difficultés à exercer sereinement ses fonctions. Elle a fait part aux services financiers du rectorat, moins de deux mois après sa prise de poste, d'une " atmosphère de travail délétère qui tient à la méconnaissance des répartitions des responsabilités de l'ordonnateur et du comptable qui dévoie le fonctionnement " (courriel du 27 janvier 2020), dont l'origine tient à la proviseure qui a profité de l'absence d'agent comptable avant son installation et qui critique ses efforts de restauration de la qualité comptable (courriel du 4 février 2020). Mme A évoque, sans toutefois plus de précisions, la dureté des échanges avec la proviseure et l'agressivité de cette dernière qui ne veut pas revenir sur des pratiques que l'agent comptable qualifie d'irrégularités à la comptabilité publique. La proviseure se présente comme la protectrice des agents du lycée et stigmatise l'agent comptable et sa fondée de pouvoir (courriel du 16 février 2020). Ces constats sont corroborés par les conclusions de l'audit mené par la direction départementale des finances publiques du Calvados, qui a rendu un rapport le 20 mars 2020. Ce rapport est critique sur la tenue de l'agence comptable du lycée de Dives-sur-Mer. Des " anomalies significatives " ont été constatées dans l'organisation, le dispositif de contrôle interne, les opérations de dépenses, les opérations en numéraire, les opérations des régies, la gestion de l'actif (opérations patrimoniales) et la gestion des stocks. Des dysfonctionnements ont été relevés dans l'enregistrement des écritures en compte de comptabilité générale et les opérations sur compte de tiers. Seuls trois items n'ont pas fait l'objet d'observation. Le rapport est explicite sur l'existence d'une situation de tensions entre l'ordonnateur et l'agent comptable et relève " une méconnaissance par certains services du lycée des règles de la comptabilité publique " (gestion non rigoureuse du restaurant pédagogique, utilisation de trois cartes bancaires par des professeurs sans constitution d'une régie ). Les qualités personnelles et professionnelles de Mme A ne sont, à aucun moment, remises en cause et elle est invitée à mettre en place une organisation, un pilotage et le contrôle interne. Le rapport relève l'existence de relations " tendues, non sereines qui nuisent au fonctionnement normal de l'agence comptable " et qu'il " appartient au rectorat de prendre en charge cet état de fait qui relève d'une gestion RH ". Le rapport précise par ailleurs : " L'organisation mise en place au sein de l'agence comptable, déjà en place avant l'arrivée du nouvel agent comptable, ne permet pas d'effectuer sereinement l'ensemble des tâches qui lui sont confiées ".
5. Par un courrier du 16 février 2020, Mme A dresse un inventaire de faits qu'elle reproche à la proviseure. Lors de son installation, la proviseure avait organisé les bureaux de l'agence comptable sans tenir compte de ses volontés et sans explication. Elle a pris parti pour défendre une secrétaire qui a tardé à transmettre un courriel. Elle tient des propos très virulents, voire blessants, à l'encontre de la fondée de pouvoir. Elle communique sur des sujets financiers qu'elle ne maîtrise pas, n'organise pas la circulation de l'information au sein de l'établissement et place l'agent comptable devant le fait accompli en matière de dépenses. Cette situation a généré des tensions importantes, notamment lors de voyages scolaires en janvier 2020. L'agent comptable se dit alors " acculé " à trouver des solutions dans l'urgence et à abandonner les efforts de redressement de l'organisation de l'agence et l'apurement des comptes de l'année 2019 dont elle est personnellement responsable. Mme A estime que la fondée de pouvoir et elle-même ne peuvent pas mener à elles-seules, les missions de l'agence comptable, notamment en raison de l'inorganisation persistante et d'un climat de défiance de plus en plus pesant, alors que, selon elle, le lycée pourrait disposer de secrétaires comptables sous-employées.
6. Le 3 avril 2020, Mme A adresse au rectorat un arrêt de travail auquel est joint un certificat médical : un syndrome anxio dépressif sévère est diagnostiqué. La description de l'état de la patiente est alarmante et le médecin constate une " peur au travail " et un grand sentiment d'isolement. Le 5 avril 2020, la fondée de pouvoir, agent de catégorie A et adjointe directe de l'agent comptable, adresse, en particulier au cabinet de la rectrice, au secrétariat général du rectorat et au médecin, un courriel intitulé alerte " danger grave et imminent " dans lequel elle décrit l'état de santé de Mme A, en arrêt de travail, qui a dû quitter son logement de fonction sur recommandation de son médecin qui envisageait une hospitalisation. La proximité de la proviseure nuisait à sa santé. Le courriel n'est certes pas assorti d'élément de preuve, mais il traduit clairement le désarroi et le sentiment d'abandon d'une cadre.
7. En soumettant au juge une description de son environnement de travail gravement perturbé par des actes de la proviseure qui contribuent à dénigrer la fonction d'agent comptable, à l'isoler, à la déstabiliser devant d'autres agents, à créer un climat anxiogène et ayant eu pour objet et pour effet une dégradation des conditions de travail, Mme A apporte des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence de faits de harcèlement.
8. En défense, si le rectorat conteste l'ampleur des dysfonctionnements relevés par Mme A depuis sa prise de poste, il ressort toutefois des pièces du dossier que les services financiers du rectorat n'ont jamais démenti l'existence d'irrégularités au sein de l'agence comptable du lycée de Dives-sur-Mer. La méconnaissance des règles comptables par certains services du lycée, qui serait à l'origine de nombreuses tensions, n'est pas contredite en défense et elle n'a pas fait l'objet d'investigations particulières lors de l'enquête administrative menée par un inspecteur d'académie, inspecteur pédagogique régional, et un agent appartenant aux services financiers du rectorat. Pourtant, dans un courriel du 5 avril 2020, le directeur des ressources humaines de l'académie reconnaissait l'existence d'une " situation difficile de l'agence comptable " et qu'étaient envisagés notamment un suivi de la direction départementale des finances publiques et des rencontres avec les personnels pour résoudre " les importantes difficultés observées ". En s'appuyant notamment sur un avis de classement sans suite en date du 8 septembre 2021 d'une plainte déposée par Mme A pour harcèlement moral et sur le rapport d'enquête administrative, le rectorat n'apporte pas d'éléments d'explication sérieux et objectifs sur le problème de ressources humaines clairement identifié par l'audit de la direction départementale des finances publiques du Calvados. La version tronquée du rapport ne fait pas apparaître les noms et les fonctions des personnes auditionnées, qui ont été occultés. Cette version du rapport ne permet pas de comprendre les relations de l'agent comptable avec les autres membres de la communauté éducative, le fonctionnement de l'agence comptable qui obèrerait les projets de l'établissement, ni l'origine des difficultés relationnelles entre l'ordonnateur et le comptable, alors qu'il est établi par le rapport d'audit externe que des services du lycée méconnaissent les règles de la comptabilité publique. Trente témoignages anonymes sont produits mais les deux personnes qui ont mené l'enquête administrative n'ont entendu ni Mme A ni l'inspecteur d'académie, directeur académique des services départementaux de l'éducation nationale du Calvados, supérieur hiérarchique de la proviseure, ni le directeur des services financiers du rectorat, interlocuteur privilégié de l'agent comptable. Malgré un jugement avant dire droit, le rapport n'a pas été communiqué au tribunal, dans une version intelligible. L'analyse du directeur des ressources humaines datée du 4 janvier 2021 ne saurait pallier ce défaut de production.
9. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, alors que la proviseure semble être à l'origine de l'isolement, du dénigrement des fonctions d'agent comptable et de l'altération des conditions de travail de Mme A, les agissements en cause peuvent être qualifiés de harcèlement moral. Par suite, c'est à tort que la rectrice de l'académie de Normandie a refusé à Mme A le bénéfice de la protection fonctionnelle.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne l'existence d'une faute à raison du harcèlement moral :
10. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, désormais codifié à l'article L. 113-2 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel () ".
11. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
12. Compte tenu de tout ce qui précède, en l'état de l'instruction, notamment des témoignages de la requérante corroborés par le signalement de la fondée de pouvoirs, et en l'absence de réponse utile du rectorat au jugement avant dire droit, Mme A doit être regardée comme fondée à soutenir qu'elle a été victime, de la part de la direction du lycée de Dives-sur-Mer, de mesures d'isolement et de dénigrement qui, par leur nombre et leur accumulation, ont abouti à une dégradation de ses conditions de travail, ce qui a été de nature à altérer sa santé mentale et à rendre impossible la poursuite de son activité professionnelle au sein de l'établissement. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, contrairement à ce que soutient le rectorat, les agissements dénoncés par Mme A constituent des faits de harcèlement moral au sens des dispositions précitées de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983.
En ce qui concerne l'existence d'une faute tenant à un manquement à l'obligation de sécurité :
13. Aux termes de l'article 23 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, désormais codifié à l'article L. 136-1 du code général de la fonction publique : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux fonctionnaires durant leur travail ". Les autorités administratives ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents. Il leur appartient à ce titre, sauf à commettre une faute de service, d'assurer la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet.
14. Mme A fait valoir, indépendamment des dispositions précitées de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983, que la dégradation de son état de santé reconnue imputable au service résulte notamment d'une abstention des services du rectorat à prendre toute mesure de nature à mettre fin aux agissements. A de multiples reprises, au cours du premier trimestre de l'année 2020, Mme A a adressé des courriels et des courriers au service financier et au service des ressources humaines du rectorat, dont les termes explicites traduisaient un profond mal-être et de graves problèmes relationnels. Un audit de la direction départementale des finances publiques du Calvados a corroboré les signalements, en soulignant une difficulté en matière de ressources humaines, et l'auditeur appelait explicitement une action du rectorat. Il résulte de l'instruction qu'aucune suite n'a été donnée à ces signalements. Le directeur des ressources humaines s'est borné à répondre à Mme A le 5 avril 2020 qu'il avait connaissance de ses difficultés, qu'une " démarche permettant d'objectiver l'analyse de la situation " était engagée, qu'il fallait respecter les mesures de confinement dans le travail, sans même lui proposer un échange sur sa situation personnelle. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, alors qu'aucune réponse n'a été apportée en temps utile à Mme A qui était confrontée à des difficultés professionnelles avérées, et dont la situation de souffrance au travail n'est pas sérieusement contestée, la requérante est fondée à soutenir que la rectrice de l'académie Normandie a commis une faute dans l'organisation des services.
En ce qui concerne les conclusions indemnitaires :
15. Ainsi qu'il a été dit précédemment, Mme A a été victime d'une situation de harcèlement moral et de l'abstention de réponse adaptée de la part des services du rectorat, qui constituent des fautes qui sont de nature à engager la responsabilité de l'Etat. La requérante est ainsi fondée à demander la réparation des préjudices directs et certains que ces fautes lui ont occasionné.
16. Il sera fait une juste appréciation de l'entier préjudice moral subi par Mme A, qui a souffert de la situation de harcèlement moral qui l'a, en particulier, contrainte à quitter avec ses enfants son logement de fonction et de l'absence de soutien du rectorat, en lui allouant la somme de 4 000 euros.
17. Si Mme A soutient qu'elle a subi un préjudice financier qu'elle évalue à 10 000 euros du fait de la modification de la carte comptable, elle ne justifie pas le préjudice invoqué alors que cette modification est intervenue le 6 octobre 2020 et qu'elle s'est trouvée en arrêt de travail depuis le 3 avril 2020.
18. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 4 000 euros.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
19. L'annulation de la décision de rejet de la demande de protection fonctionnelle implique que le rectorat de l'académie de Normandie accorde à Mme A, sous réserve de changement de circonstances de droit ou de fait, le bénéfice des dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 pour les faits de harcèlement moral dont elle a été victime. Il y a lieu de l'y enjoindre.
Sur les frais liés au litige :
20. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle la rectrice de l'académie de Normandie a refusé d'accorder à Mme A le bénéfice de la protection fonctionnelle est annulée.
Article 2 : L'Etat versera une indemnité de 4 000 euros à Mme A.
Article 3 : Il est enjoint à la rectrice de l'académie de Caen d'accorder à Mme A le bénéfice des dispositions du IV de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983.
Article 4 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de Mme A est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports.
Délibéré après l'audience du 3 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Mondésert, président,
M. Berrivin, premier conseiller,
Mme Silvani, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
A. C
Le président,
Signé
X. MONDÉSERT La greffière,
Signé
A. LAPERSONNE
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
la greffière,
A. Lapersonne
N°s 2002028-2002053
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026